‹ Essai sur la certitude dans le droit naturelChapitre 2 sur 9 · ANT- CHRISTOPHE & COMPAGNIE, LIBRAIRES -ÉDITEURS · texte numérisé non relu

ANT- CHRISTOPHE & COMPAGNIE, LIBRAIRES -ÉDITEURS

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Comme loules les sciences philosophi(|ues, le droit naturel est peu répandu. Les ignorants ne voient dans son étude que des spéculations inutiles, et quant à ceux qui, pénétrant plus avant dans les choses, ont entrevu tous les trésors qu'il livrera peut-êlre un jour aux besoins de Thumanilé misérable, enchaînés la plupart du temps parles nécessités de la vie pratique, obligés de conformer leur conduite à cette multitude d'usages arbitraires qui règlent les sociétés actuelles, ils se résolvent à délaisser une élude dont aujourd'hui l'unique avantageest de jeter de loin en loin un pâle reflet sur les réformes des législations positives. Car, de notre temps, on ne peut compter pour un avantage la satisfaction de l'âme, heureuse d'avoir cherché et découvert la vérité.

Ce délaissement presque généi al de la science du droit naturel, ce dédain, empreint souvent de moquerie, que Ion af*

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fecte pour ceux qui, sortant des rangs de la foule, en entreprennent courageusement Tétude, sçnt cependant une faute et une injustice. Qui dit droit naturel dit en effet la perfection du droit ; mépriser cette perfection est une folie; ridiculiser ceux qui se dévouent pour tenter de la découvrir dans les en- { trailles mystérieuses de Tinconnu, est une iniquité. Le droit naturel est la seule source où Ton peut puiser légitimement le droit positif; celui-ci n'a de valeur que lorsqu'il est con- p' forme à celui-là ; dès qu'on s*imagine,à tort ou à raison, qu'il v le viole, il sort une protestation de la conscience indignée. ^ C'est dans le droit naturel que les réformateurs du droit cher- 'chent la justification de leurs doctrines nouvelles, et jamais t peut-être autant qu'aujourd'hui ce litre de son utilité n'a pu paraître meilleur, puisque jamais l'homme ne s'est montré plus altéré de progrès, et n'a marché d'un pied plus impatient j^, sur la route profonde de l'avenir.

En choisissant le droit naturel pour objet du travail dont ^ je soumets le résultat au public, j'ai donc cru faire une œu- x vre utile : je contribue, en effet, dans les limites de mes forces, | à réparer les outrages de la foule envers une science qui devrait ï être sacrée pour elle; ma première récompense sera peut-être d'obtenir pour cet essai l'intérêt qui se donne volontiers à qui r^ sort des chemins battus.

Mais ce n'est pas non plus sans motifs que parmi tant de sujets, les uns curieux, les autres importants, que m'offraitla science à laquelle je me suis arrêté, j'ai choisi la question de savoir si la certitude dans le droit naturel était possible pour l'homme, et dans quelles limites. En lisant les ouvrages où il

a été trâilé de celle science, en écoutanl ceux qui s'en occupent, j'ai presque toujours pu conslaler que Ton confondait les principes dont la légitimité n'est que possible ou vraisemblable avec ceux dont la légitimité est certaine, et que dans un corps de doctrine on les plaçait tous sur la même ligne on leur attribuant la même valeur. Il semble permis de dire qu'il suffit d'ouvrir au hasard un traité quelconque de droit naturel pour y découvrir celte erreur, à savoir une hypothèse plus ou moins heureuse présentée comme le dernier mot de la science. Or celle manière de procéder, en même temps qu'elle explique les contradictions des écoles (car tandis que la certitude suppose l'unité, la vraisemblance laisse, au contraire, place à la diversité), celle manière de procéder, dis-je, est dangereuse dans ses résultats. Elle expose le droit naturel aux risées et au mépris du public qui se refuse à prendre au sérieux une science où la vérilé certaine de l'un est le contrepied de la vérité certaine de l'autre; où celui-ci exalte ce que bafoue celui-là. Elle peut de plus causer des erreurs regrettables quand, sur la foi des allégations téméraires d'un philosophe qui se prétend arrivé à la certitude, les nations mettent en pratique le système qu'il a formulé; système qui n'est souvent qu'une hypothèse funeste déguisée sous l'apparence du bien, et que les événements condamnent par les calamités qui en résultent pour l'humanité trop confiante.

Il importe donc pour que la science du droit naturel conserve celle dignité à laquelle elle peut prétendre, pour que ses apôtres ne soient pas humiliés par des démentis donnés a leurs doctrines, pour que l'homme ne souffre pas de l'appli^ ealion étourdie d'une organisation équivoque, mais présentée

coaioieiocontestable, quechaquefois qu'un penseur se décidera à semer parmi les hommes les fruits de ses travaux, il veille a\ec le plus grand soin à n'affirmer comme certain que ce qui Test en réalité, et à déclarer sans hésitation dans quels cas il n'y a que de la possibilité ou de la vraisemblance. S'il reconnaît que le champ de la certitude est étroit, s'il voit infliger cette douleur à son orgueil d homme et à sa soif de connaitie, au moins pourra-t-ii se dire qu'il ne trompe plus sous le couvert de la vérité.

C'est pourquoi, animé du désir de faire un nouvel effort pour mettre un terme à celte confusion où les connaissances certaines, vraisemblables et possibles sont mêlées dans une promiscuité Tàcheuse, j'ai voulu tenter de réunir en un groupe sépaié les premières, el de contribuer ainsi à un triage qui, s'il réussit, sera une victoire remportée sur le mensonge et un nuage de moins sur le droit naturel. Certes ce que je dirai ne recevra pas de ma part tout le développement que l'on y peut donner el qui est sans doute nécessaire pour que Ton en comprenne toute la justesse. Bien des explications seront écourtées, bien des démonstrations ne seront qu'ébauchées. Mais un travail du genre de celui que j'entreprends ne peut être considérable^ et je devrai le maintenir dans les bornes resserrées d'un simple essai. Le lecteur verra que j'ai indiqué les vérités capitales de la matière, et que je ne les ai pas épuisées.

Pourtant j'espère que tout informe qu'est cette étude, elle atteindra le but que je me suis proposé.

Aux philosophes je rappellerai une distinction importante

trop souvent oubliée; à ceux qui ne le sont pas je révélerai une vérité capitale qu'ils ignorent peut-être. Ils seront en petit nombre, car la foule dédaigne les noms obscurs. Il m'importe peu : stérile ou féconde, c'est à la science que je dédie mon œuvre. Toutes les prières, même les plus humbles, plaisent à la Divinité ; ainsi toutes les tentatives pour répandre la vérité doivent éJre agréables à la science.

ESSAI

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