LA LITTÉRATURE ET LA LANGUE POPULAIRE
milieu de ces monuments gothiques ou de la renais-^ y sance, est fort insignifiant ; quelques coupoles entre ^ les toits pointus, des terrasses ménagées près des tours ajourées ou des flèches des églises gothiques, les ornements qui stylisent la flore et la faune de Chypre donnent seuls, à l'observateur attentif, la preuve que ces monuments architecturaux sont nés en Orient.
Sans doute, celui qui ne connaît pas la langue de la population doit déduire de ce qu'il voit du passé que l'élément grec a été entièrement éliminé ; si l'île était inhabitée, il est plus d'un savant qui se croirait autorisé à conclure qu'il se trouve ici tout simplement dans un territoire français ou italien situé hors des frontières de l'Europe. Mais^la langue, si nous la consultons, nous apprend tout autre chose. Voyons d'abord la tradition écrite, qui est celle qui mérite le moins de confiance. Nous constatons que l'administration de la justice du royaume de Chypre était tout à fait organisée à l'instar de la France, mais aussi que les codes de lois sont rédigés dans le grec du quatorzième siècle.
Les cérémonies des noces ou des funérailles des Français de distinction rappellent les usages de la Grèce moderne, comme nous l'apprennent les relations de voyageurs occidentaux. De plus, un grand nombre de poésies en grec médiéval ont dû être composées dans l'île de Chypre ; toute une littérature grecque florissait donc à côté^de^la littérature franque et nombreux sont les manuscrits cypriotes,
que les paléographes distinguent facilement des autres.
Consultons maintenant la tradition orale, c'est-àdire la langue et la littérature de l'île actuelle de Chypre. Presque toutes les chansons populaires sont celles qu'on entend dans toute la Grèce ; il n'y a qu'un seul chant qui trahit son origine cypriote, parce qu'il célèbre une aventure d'amour de l'un des rois francs ; mais tout le récit est grécisé et cette pièce, ainsi travestie, ne diffère sous aucun rapport des ballades chantées ailleurs par les Rhoméens. Le dialecte de l'île, ne présente, dans ses formes, qu^ine seule particularité qu'on puisse avec certitude attribuer à l'influence romane.^Dans les documents datant du moyen âge, surtout dans les livres de droit, on trouve un assez grand nombre de mots empruntés au français; la plupart ont disparu de ridiome actuel, qui est plus riche en mots d'origine italienne ou turque. Ainsi, l'étude des mots montre aussi que, l'une après l'autre, les dominations étrangères ont communiqué aux Cypriotes une partie de leurs richesses intellectuelles, mais que cette partie n'est guère importante. On peut prédire à coup sûr que, dans quelque temps, plus d'un vestige de la domination des Turcs, les avant-derniers maîtres de l'île, disparaîtra de la langue ; le nombre des mots qui témoignent de l'occupation anglaise est extrêmement insignifiant.
Les quelques pages que nous venons de consacrer à l'île de Chypre peuvent servir de conclusion à