‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 30 sur 122 · LES HYMNES · texte numérisé non relu

LES HYMNES

sentir, surtout à la fin des vers, et lajrime^ qu'on employait de temps en temps, donnaient de la vie et du mouvement ; mais, avanttout, cette poésie s^appuyait^urja musique qui J'accompag^nait.

Nous rencontrons donc ici un retour inconscient, non aux formes extérieures, mais à l'essence même de l'antique poésie mélique. Comme jadis, on parlera de chanteurs (aèdes, les mélodes de l'époque dont nous nous occupons) et non plus de compositeurs (poètes), qui laissent à d'autres le soin d'exécuter leurs œuvres.

Ces nouvelles formes poétiques ont été produites pa^radaptatiqn de la prose rythmique à la phrase imisicale. Il y aurait donc ici une création spontanée du génie grec, comme semble le prouver l'histoire de la poésie rythmique chez les Grecs, et non un emprunt à des peuples hellénisés. Car nous croyons qu'on a eu tort de prétendre que les Sémites de l'Asie mineure auraient transporté dans la langue grecque les formes qui leur étaient familières dans leur langue maternelle.

Les Byzantins eux-mêmes rangeaient^ les hymnes non dans la poésie mais dans la prose ; apparemment parce qu'ils étaient d'avis que les chants d'église revêtus du mètre antique avaient seuls une forme artistique. Cette idée des Byzantins a certainement contribué à faire prendre jusqu'à nos jours les hymnes, pour de la prose qu'on éditait comme tell-. Il est visible pourtant qu'elles sont écrites dans une langue rythmée , soumise à des règles très fixes .

Après un ou deux courts couplets d'introduction (proëiala), vient le couplet principal proprement dit, que suivent plus de vingt ou trente divisions revêtues de la même forme. Pour plus d'une hymne, le premier couplet, avec sa mélodie, servit de modèle à d'autres ; car on cessa bientôt de créer, comme on avait eu l'habitude de le faire dans les premiers temps, une forme particulière et une mélodie spéciale pour chaque cantique, les airs menaçant de devenir beaucoup trop nombreux.

Toute la communauté chantait le refrain de la fin du premier couplet ; c'était, à l'origine, une réponse à ce qui venait d'être dit, une réplique à ce que le cantique exprimait. Dans les poèmes d'une certaine longueur, comme le sont la plupart des hymnes, cet usage devient souvent fastidieux, sans compter que l'obligation de terminer chaque couplet par le même vers amène toutes sortes de raffinements, et fatigue le lecteur.

A notre connaissance, il n'y a, dans notre langue aucun exemple d'imitation de cette forme poétique originale, la seule où la poésie byzantine ait produit quelque chose qui mérite attention, et il serait difficile d'en trouver une traduction dans d'autres langues. Une version cependant peut donner seule une idée exacte de cette nouvelle création. Aussi placeronsnous ici la version du proëmium et de deux couplets d'une hymne sur le jugement dernier. Dans une langue germanique, on pourrait, grâce aussi à la prolixité du texte, assez bien imiter le mètre de

Page 1