INFÉRIORITÉ DE L\ POÉSIE LAÏQUE
notre période. L'Orient ne manquait pas de poètes qui maniaient les mètres antiques, mais on sent qu'ils ne sont guère en contact avec leur milieu. On composait des poèmes épiques, en prenant Homère comme modèle pour la forme et pour le fond, ou bien on faisait de prolixes amplifications ayant pour sujet les miracles de Dieu et des héros. Rarement, par exemple dans le poème de Nonnos sur Dionysus écrit en l'an 400, on constate que les dieux ont des sentiments de bienveillance, et l'on s'aperçoit ainsi que le christianisme est en train de transformer l'antique conception du monde ; mais ce ne sont là que de bien faibles indices d'une ère nouvelle. On ne peut distinguer les poètes païens des poètes chrétiens qu'au sujet qu'ils traitent, non à la manière dont ils le conçoivent, moins encore k la forme qu'ils adoptent.
Ij^est certain gne la différence de quantité des {[^/o. voyelles grecques, base dejaniétric[ue des anciens', ^{^ s'était déjà effacée au quatrième siècle de notre ère ; par contr^, l'accent, qui jadis indijquaiy/él^^ du ton avec un peu d'emphase, détermine maintenant le plus ou moins de foi;çe de la^proiionciation d'une syllabe clomiée ; on ne pourrait mieux figurer, pour cette époque, la marche d'une phrase grecque que par une ligne brisée dont les ondulations sont peu sensibles ; c'est, du reste, ce que, de nos jours encore, nous pouvons entendre dans différentes parties de la Grèce, en Crète, par exemple, où l'intensité de l'accent est minime. Celajit, on comprendra combien il a fallu de travail, combien on a dû faire appel à" la
mémoire pour produire j avec de tels matériaux, des vers composés de syllabes longues et brèves d'après le système antique. On y réussit cependant, de même qu'on est parvenu à le faire pendant tout le moyenâge et jusqu'à nos jours.
La virtuosité, naturellement, varie beaucoup de l'un à l'autre ; on rencontre tous les degi*és de maladresse, mais on trouve aussi des prestidigitateurs qui domptèrent si bien la langue, qu'on a pu se demander sérieusement «qui d'Euripide ou de Pisidès a le mieux su faire les vers ? » Ce Pisidès a d'ailleurs atteint vraiment un haut degré d'habileté dans son métier ; de tous les poètes, non seulement du VU® siècle, au début^duquel il vivait, mais de toute l'histoire de Byzance, il est celui qui a fourni le meilleur modèle de ce que peuvent la dextérité, l'intelligence et la persévérance mises à la place de la vraie poésie.
Certains auteurs de chants religieux ont cru aussi devoir s'astreindre à ce travail de patience ; mais le contact inévitable de la pratique devait nécessairement amener la modification de cette théorie insensée. Ces formes artificielles n'étaient d'aucun usage pour la communauté, ni surtout pour les chants d'église ; la nécessité, qui apprend à prier, fit aussi trouver des chants qui pussent édifier. On écrivit des vers pour lesquels on ne se souciait plus de ce qui avait jadis été long ou bref, mais qui reposaient sur l'égalité du nom])re des syllabes ; ces vers, grâce à une alternance régulière, formaient des couplets. Un certain accent, qu'on devait rigoureusement faire