COMPARAISON AVEC LES HYMNES LATINES
Dans les manuscrits, ces chants d'églises sont accomj3agnés de notes qui ne donnent, il est vrai, que la liauteur relative du ton ; mais cela suffît pour que IckS gens du métier puissent aisément les transcrire d'après notre système de notation. Pour se faire une juste idée de la valeur de ces hymnes, on ne doit naturellement pas les étudier sans tenir compte de leur accompagnement musical.
On est tenté d'étahlir une comparaison entre ces chants et les hymnes latines, qui sont beaucoup plus généralement connues. Il nous est bien moins difficile d'en apprécier la beauté que celle des hymnes grecques. Gela tient d'abord à la forme des poésies latines, que le lecteur embrasse aisément d'un coup d'œil ; puis leurs sons pleins, parfois une rime riche nous font une impression plus profonde. Il ne serait certainement pas équitable de mettre les hymnes grecques du septième et du huitième siècle de notre ère en parallèle avec le chef-d'œuvre d'un poète italien du treizième siècle, le Stabat mater. Car ce poème, qui est déjà plus près de nous par la date de sa rédaction, supporte plus facilement cette mesure des sentiments universels de l'humanité que nous aurions tort d'appliquer quand il s'agit d'étudier les poèmes byzantins : ces poèmes, en eifet, ne sont pas nés de tendances esthétiques ou d'émotions personnelles ; ils doivent le jour au besoin de glorifier une croyance très positive, une vérité figée dans des formes immuables.
Dans les strophes émouvantes du Stabat mater^
ce n'est pas le dogme qui parle, mais bien l'humanité et nous avons devant nos yeux non la Sainte Vierge, mais la mère en deuil. C'est sa douleur que le poète veut partager; tout à la fia seulement il énonce l'espoir que l'âme jouira de la gloire céleste après avoir vécu comme ceux qui craignent le Seigneur. Un moine grec du sixième siècle eût probablement trouvé impie cette poésie occidentale, de même que, de nos jours, un théologien moderne hésiterait à considérer comme un sentiment religieux l'indicible terreur du jugement dernier qui se dégage de mainte hymne.
Quand on cherche des modèles chez les Latins, il convient de faire attention à ce que le milieu religieux soit le même, et il ne faut pas non plus perdre de vue que beaucoup d'hymnes latines, telles par exemple que le célèbre « Dies irae » sont des imitations de modèles grecs, mais revêtues d'une forme qu'il nous est plus facile de comprendre. Il convient avant tout de se rappeler qu'on ne peut détacher une hymne grecque de la musique ; elle y est plus indissolublement liée que ne le sont les cantiques latins. Ainsi seulement on pourra porter un jugement équitable sur la poésie sacrée des Grecs, qui, malgré l'extension qu'elle avait prise, était restée presque tout à fait inconnue en Occident jusque dans ces derniers temps.
Cet équitable jugement n'est-il possible qu'à ceux qui sont en communauté de sentiment avec les poètes? Pour le prétendre, il faut consentir à