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LE POÈTE ROMANOS

appliquer l'idée jusqu'au bout : si l'on ne comprend que ce que l'on aime, un chrétien orthodoxe devra s'abstenir déjuger des écrivains païens, anciens ou modernes.

Nous ne connaissons les noms que de quelques auteurs d'iiymnes. Cela est tout-à-fait d'accord avec le manque de personnalité de ces poètes, qui n'aspiraient pas à la gloire temporelle, amis au bonheur céleste. Les premières lettres des différents couplets de leurs hymnes forment souvent acrostiche et donnent leur nom avec une seule épithète comme celle d' « humble » ou de « serviteur de Dieu » ; toute autre indication sur leur personne manque pour ainsi dire complètement.

Il en est ainsi pour le plus grand d'entre eux, « le Q prince des mélodes », Romanos. L'Église grecque Ta^^^^*^ admis au nombre de ses saints, et cette circonstance '^ ^.^ nous a valu quelques minces renseignements sur sa ^^^^^ personne. Nous ne savons pas même avec certitude à quelle époque il a vécu. Le caractère général de sa poésie, et quelques allusions contenues dans ses œuvres, ont amené plusieurs auteurs à conclure qu'il a été le contemporain de Justinien ; d'autres le font vivre deux siècles plus tard. Nous nous rangeons à la première de ces deux opinions.

Il y a dix ans, rares encore étaient ceux qui, en Occident, connaissaient le nom de Romanos ; car on n'avait publié qu'une minime partie de ses œuvres, dans des livres qu'il était d'ailleurs difficile de se procurer. Mais les quelques lettrés qui avaient lu le

poète s'accordaient unanimement à admirer ses dons extraordinaires. On l'a vanté comme le premier poète religieux de tous les temps ; on l'a qualifié de Pindare de la poésie ecclésiastique ; on a dit qu'il était l'un des plus grands poètes, et l'un des plus méconnus. Pour confirmer des panégyriques aussi enthousiastes, il faudra que l'édition complète de ses hymnes innombrables nous fasse connaître des chefs-d'œuvre capables de justifier cette admiration. Gomme, actuellement, notre jugement ne se fonde que sur les pièces relativement peu nombreuses qu'on a tirées de quelques manuscrits, on peut exprimer, au sujet de la valeur de ces éloges, quelques réserves et quelques doutes.

Quand on lit attentivement les hymnes de Romanes et qu'on s'efforce loyalement de faire sienne sa u façon de penser, on sent tout de suite qu'on a affaire 'là un artiste qu'inspirait une profonde conviction. Il possède cette intime sincérité qui est indispensable et essentielle dans tout art. Il raconte plutôt qu'il ne chante, avec une simplicité sans fard, la majesté de la Divinité, les faits et gestes de tous les héros et de tous les saints de l'Ancien et du Nouveau testament, ainsi que les traditions sur lesquelles se fondent les fêtes de l'Église. Cette poésie est très riche en pensées sublimes et en images grandioses, mais, à peu d'exceptions près, ce sont des paraphrases de passages de la Bible ; de plus, l'auteur ne cherche pas une interf prétation personnelle des caractères et des événe- \ ments, car le subjectivisme mène tout droit à l'hérésie.

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