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De la causalité abstraite

Il ne faudrait pourtant pas prétendre que le concept de Cause n'ait aucun rôle dans l'explication théorique des phénomènes naturels. Mais le mot Cause a une seconde acception bien différente de la première. En ce nouveau sens^ la cause n'est pas un phénomène concret, réellement séparable, capable d'intervenir à la manière d'un cheval qu'on attelle à une voiture, d'un levier qu'on actionne, d'un réactif qu'on verse. C'est une propriété abstraite, qui, dans des conditions que nous allons préciser, apparaît à l'esprit comme la raison intelligible d'un fait ou d'une autre propriété. Je distinguerai deux cas, selon qu'il s'agit d'un événement^ fait individuel actuellement observé, dont une circonstance est dite cause d'un certain effet,

(1) Voy. V* Egger, art. Induction. Dict. cncycl. des se. méd.

OU bien d'uae loi, relation constante, dont le premier terme est cause du second et l'explique.

1® Abandonné à lui-même, le corps que voici tombe dans l'air. Pour quelle cause? Un ancien eût répondu : Parce qu'il est; pesant.. Le poids de ce corps lui eût semblé être la cause de sa cbute. C'est qu'il croyait que les corps lourds se dirigent en bas, les corps légers en haut. C'était là pour lui une loi. Étant donné que tous les corps lourds tombent, le corps que voici, qui est lourd, doit tomber. Le fait individuel apparaît nécessaire en vertu de la loi, qui en est l'explication ; la proposition singulière qui exprime celui-là peut se déduire, par un syllogisme, de la proposition universelle qui exprime celle-ci.

Expliquer un fait par sa cause, c'est connaître la loi en confoi*mité de laquelle il ai^ive.

Un moderne s'exprimera autrement. Il sait qu'un corps pesant peut s'élever dans l'air, un ballon, une vapeur par exemple. La cause de la chute est pour lui la différence entre la densité moyenne du corps qui tombe et celle du milieu fluide où il tombe. Il conçoit la cause d'une manière différente et plus exacte, parce qu'il sait que Tair est pesant, et que le principe d'Archimède est ici applicable. Le jugement de causalité consiste donc encore à ramener le fait à la loi.

Toute loi peut servir à former des jugements de causalité, même les lois empiriques. Tous les métaux sont conducteurs de l'électricité. Pourquoi ce fil que voici est-il conducteur? Parce qu'il est métallique. La propriété désignée par le mot métal, telle est, en vertu de la loi, la cause de la conductibilité, ce qui la rend nécessaire, ce qui permet de la déduire. — Quand un liquide est en ébuUition sous une pression constante, sa température est stationnaire. Voici un liquide en ébuUition ! la loi étant connue, ce fait qu'il bout et que la pression est constante apparaît comme la cause de cet autre fait, que la température est stationnaire. — Le sang des vertébrés se coagule peu d'instants après qu'il est extrait de la veine de l'animal. Voici du sang coagulé ; la cause de la coagulation, c'est qu'il est, depuis un temps sufQsant, extrait du vaisseau.

S"* Considérons maintenant le cas où la proposition qui exprime un rapport de causalité abstraite est déjà une proposition générale, et prenons pour exemple cette loi : L'attraction de la Lune est la cause du phénomène des marées.

Le synchronisme des mouvements de la Lune et de l'Océan ne pouvait échapper aune observation même. super*

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