C0SM0L06IB
« traitent des mêmes propriétés, Tune au point de vue concret, l'autre au point de vue abstrait ^ >.
Par contre, Taffinité chimique, envisagée abstraitement, est du domaine de la physique, et non de la chimie, c Une propriété chimique, à Texclusion de toutes autres, peut être étudiée dans une suite d'espèces chimiques qui la possèdent, au point de vue abstrait, et comme Test une propriété physique par le physicien. L'étude de la propriété chimique faite à ce point de vue permet de distinguer les chimistes qui s*y livrent, d*avec les chimistes dont Tétude est restreinte, soit à l'analyse, soit à la recherche d*un certain nombre de propriétés chimiques, qu'ils examinent sans les séparer par l'esprit de l'espèce; cette dernière étude rentre évidemment dans le concret. Scheele, MargraiT, Vauquelin ont particulièrement envisagé les espèces chimiques sous cet aspect, tandis que Berthollet, dans sa Statique^ en considérant plutôt des propriétés générales chimiques, que les propriétés spéciales aux espèces chimiques, s'est ainsi rapproché de l'étude du physicien '. > Osons dire plus : l'af&nité chimique est une puissance naturelle, au même titre que la chaleur, la lumière, l'attraction ; c'est une espèce d'attraction moléculaire ; c'est une forme de l'énergie : elle peut se transformer en chaleur, en lumière et réciproquement. Il est donc juste de la considérer comme une force physique ; étudier l'afOnilé chimique en elle* même, la suivre partout où elle se rencontre, la saisir sous toutes ses formes avec les circonstances qui la produisent, la détruisent, ou la modifient, comme on étudie la lumière ou la chaleur, ce n'est pas faire de la chimie, mais de la physique. Les systèmes périodiques inventés par Lecoq de fioisbaudran, Mendeléef, Lothar Meyer, le groupementdes métaux en familles d'après leurs atomicités, la relation générale entre les poids atomiques et les chaleurs spécifiques, le classement des composés organiques en séries, d'après la constitution des hydrocarbures dont ils semblent dériver, la distinction des composés cycliques et acycliques, la thermochimie, la stéréochimie, toutes ces conceptions d'ensemble, qui ont plus d'une fois conduit à prévoir l'existence de corps non encore observés, et que l'on réunit souvent sous le titre de chimie générale ^ doivent être attribuées à la physique. Ce sont encore des lois
(1) Ghevreul. De la méthode a posteriori expérimentale, p. 39.
(2) Ibid,, S 19, p. 41.
132 GUSSIFICATIOSC DES SCIENCES
empiriques, dont quelques-unes sont contestables, mais elles tendent à rendre compte de toutes les combinaisons et décompositions par des vues générales surla constitution de lamatiëre.
Etudier une espèce chimique, en déterminer toutes les constantes, poids spécifique, chaleur spécifique, module de dilatation, point de fusion, point d'ébullition, température et pression critiques, tension de vapeur, indice de réfraction, pouvoir absorbant, formes cristallines, affinités, etc. ; — étudier ainsi une à une toutes les espèces de matière, tel est Tobjet de la chimie.
Dans chacune des grandes divisions de la science de la nature, biologie^ sociologie, nous retrouverons la même distinction entre le point de vue abstrait ou général et le point de vue concret ou spécial. L'analyse expérimentale dégage d'abord des relations constantes, puis la raison aperçoit les relations nécessaires, les lois auxquelles les faits doivent se ramener pour être intelligibles, mais à côté de la science abstraite ou ffure, subsiste la science concrète ou appliquée ; elle consiste à envisager les faits dans Tordre qu'ils présentent réellement. La science pure n'est pas directement utilisable ; un intermédiaire est nécessaire, c'est la science appliquée, que nous ne conlondons pas avec la science pratique.
Elle se subdivise en trois groupes :
1^ Sciences systématiques ou spéciales^ classification des êtres naturels en genres et en espèces ;
2*^ Sciences descriptives, distribution des êtres dans l'espace ;
3^ Sciences historiques, évolution des êtres dans le temps.
Le classement des espèces est fondé sur la subordination des caractères et les relations abstraites des propriétés ; c'est donc une application de la science pure. La description et l'histoire ne se bornent pas à exposer dans quel ordre les phénomènes sont juxtaposés et successifs; elles prétendent, autant qu'il est possible, rendre compte de cet ordre, c'est-à-dire montrer qu'il résulte tout entier de lois générales qui sont celles de la science pure. Toutes les lois appartiennent aux sciences abstraites ou pures, et nous sommes fondés à donner aux sciences concrètes le nom de sciences appliquées.
. Ainsi la cosmologie pure, abstraite ou générale, la physique, déduira quels systèmes matériels sont possibles et quelles sont les propriétés de chaque structure moléculaire.
La cosmologie appliquée ou concrète fera connaître à quels systèmes matériels nous pouvons avoir affaire dans notre expérience et dans notre pratique.
las
Elle s'occupera de les classer en genres et en espèces ; c^est la cosmologie spéciale ou systématique, la chimie.
Elle décrira leur distribution dans Tespace ; c^est la cosmologie descriptive. La structure de Tunivers matériel est Tobjet de I'âstronomie; elle rend compte de Taspectdes corps célestes, de leurs mouvements, de leurs phénomènes lumineux, thermiques, magnétiques, etc., par application des lois physiques. Un astre nous intéresse plus que les autres et peut-être mieux connu, c*est le nôtre. La géographie physique est un chapitre restreint, mais particulièrement fouillé de Tastronomie générale, et, comme elle, une application de la physique et de la chimie.
Le ciel et la terre se transforment; leur aspect actuel est le résultat transitoire de leur évolution antérieure. L*astronomie et la géographie sont étroitement liées à Tbistoire du monde. Tout notre savoir sur révolution du système des astres se borne à des hypothèses plus ou iOQoins plausibles ; la cosmologie historique ou cosmogonie est plus ou moins conjecturale, mais l'histoire de la terre, ou plutôt de Técorce terrestre est mieux documentée : c'est la GÉotooiE. Est-il besoin de remarquer qu'elle est purement cosmologique : les fossiles n'y interviennent que comme signes distinctifs des terrains qui les con* tiennent; ils sont étudiés comme espèces biologiques en paléontologie.
Les arts dits mécaniques utilisent surtout des connaissances cosmologiques ; on ne saurait les faire dépendre de la seule mécanique rationnelle, toutes les forces données étant des forces physiques, c'est-à-dire des agents plutôt que des forces.
COSMOLOGIE théorique
PURE