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CHAPITRE IV

Les mathématiques^ y compris la mécaniqîie ratiomielle, sont des sciences déductives ; pour être toujours d'accord avec l'expérience, elles n'ont pas besoin de se fonder sur Texpérience. Un fait qui ne serait pas conforme aux lois mathématiques est une impossibilité.

Au contraire, les sciences physiques sont expérimentales et inductives dans leur état actuel ; mais elles sont destinées à devenir déductives ; il faut pour cela qu'elles dégagent leurs concepts fondamentaux, ceux qui permettent de formuler les déflnitions essentielles ; et nous allons voir que tel est précisé* ment le but le plus élevé auquel tendent plus ou moins consciemment les physiciens et les chimistes.

Mais auparavant, il est nécessaire de s'étendre sur la distinction de la physique et de la chimie, fort confuse dans la plupart des traités. En pratique, nul ne confond un phénomène physique avec un phénomène chimique; pourtant, on se contente souvent, pour les caractériser, de remarques un peu vagues, ou d'exemples. Les phénomènes chimiques, dit-on, consisitent en des modifications de la nature intime des corps ; les phénomènes physiques sont ceux que les corps peuvent présenter sans éprouver de changement dans leur composition.

Mais qu'appelIe*t-on nature intime d'un corps ? Et à quoi reconnait-on qu'un changement éprouvé par un corps n a pas altéré sa composition ? Il est d'ailleurs inexact que les corps puissent toujours être échauffés, électrisés, éclairés, etc., sans que leur composition en soit altérée.

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On arrive à un meilleur résultat en illustrant par des exemples la différence d'un mélange et d'une combinaison. La poudre grise qu'on obtient en porphyrisant ensemble de la fleur de soufre et de la limaille de fer est un mélange : c'est du soufre et du fer. Sous Tinfluence de la chaleur, les deux corps mélangés se combinent, un corps nouveau apparaît ; ce n'est ni du soufre ni du fer, c'est du sulfufe de fer. L'oxygène et l'hydrogène, d'abord mélangés dans l'eudiomètre, sont combinés quand Tétincelle électrique a passé : ce n'est plus de l'hydrogène ni de l'oxygène, c'est de leau. En un mot, il y a combinaison ou décomposition quand les corps considérés se transforment en d'autres corps caractérisés par des propriétés différentes.

Hais jusqu'à quel point les propriétés doivent-elles être différentes pour que Ton admette la formation d'un corps nouveau? Tout changement n'est-il pas l'apparition ou la la disparition de quelque propriété?'

Les changements d'état et les dissolutions sont des modifi* cations profondes. Les premiers sont pourtant considérés comme des phénomènes physiques. On peut souvent hésiter si une dissolution^ est un mélange ou une combinaison. Les dissolutions se font ordinairement avec absorption, les combinaisons avec dégagement de chaleur (c'est une raison qu'on invoque souvent, pour dire que l'union de l'acide sulfurique et de l'eau est une combinaison et non un mélange) ; mais cette distinction ne suffit pas dans tous les cas, car il y a des combinaisons endothermiques.

C'est seulement la loi des propartions définies qui donne um sens précis à la notion de combinaison chimique. Il convien* drait donc d'en renverser les termes ; au lieu de dire : Quand divers corps se combinent, ils s'unissent en proportions définies, il faudrait dire : Quand divers corps s'unissent en proportions définies, leur union est une combinaison.

Nous savons maintenant ce qu*est un phénomène chimique ; mais les phénomènes physiques ne sont guère définis que par exclusion : sont phénomènes physiques ceux qui ne sont pas phénomènes chimiques. Hais alors pourquoi l'usage a-t-il fait de la physique et de la chimie deux sciences distinctes? La physique comprend déjà plusieurs divisions :

(1) Le mot dissolution est souvent employé avec peu de rigueur ; xm dil couramment que le zinc d'une pile se dissout dans l'eau acidulée.

GOBLOT.

Barologie, étude de la gravité ou attraction mutuelle des masses ;

Thermique, étude de la chaleur ;

Optique ;

Acoustique ;

Electrologie, xians laquelle il faut comprendre depuis Ampère, le magnétisme ;

Etude des actions moléculaires.

' Pourquoi n'y joindrions-nous pas la chimie? ou plutôt n'eslelle.pas une simple subdivision de la science des actions moléculaires ? Les forces attractives intermoléculaires s'appellent cohésion quand elles s'exercent entre des atomes ou molécules de même nature ; elles prennent le nom d*afftnité chimique quand elles tendent à unir des atomes ou molécules de nature différente (Chevreul).

Cependant l'usage a raison : la physique et la chimie sont deux sciences distinctes. Mais la chimie n'a pas pour objet les phénomènes chimiques ; elle est la science des enpèces chimiques. Chevreul en a donné la meilleure déûnition, et il est étrange qu'appuyée d'une telle autorité, elle ne soit pas plus usitée : « L'objet qu'elle se propose, dit-il, est de distinguer la matière en types appelés espèces chimiques^ caractérisées chacune par un ensemble défini de propriétés physiques, chimiques et organoleptiques ^ » L'hisloire d'une espèce chimique comprend « toutes ses propriétés, toutes ses qualités, tous les rapports qu'elle a avec quoi que ce soit, en un mot, tous les attributs qu'elle possède ». La chimie ne se borne donc pas à déterminer, pour chaque corps, ses propriétés chimiques, mais aussi ses propriétés physiques et organoleptiques.

Le physicien, au contraire, prend une à une les diverses propriétés de la matière ; et il les étudie partout où elles se rencontrent. S'il veut connaître, par exemple, la densité, c il va l'étudier dans des espèces chimiques prises à l'état solide, à l'état liquide, à l'état gazeux ; il l'étudiera comparativement dans chacune d'elles... L'étude du physicien étant comparative pour la même propriété existant dans tous les corps soumis à son examen, on voit que le but qu'il se propose d*atteindre appartient essentiellement à Vabstrait, c'est-à-dire à une propriété considérée, à l'exclusion des autres ». C'est donc là ce qui distingue la physique de la chimie,.. Ces deux sciences

(1) Chevreul. De la méthode a posteriori expérimentale j § 9, p. 30.

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