II. n'a pas de pi*opr%éiés sensibles
Il n*a ni température, ni couleur, puisque la chaleur et la lumière sont dues à des mouvements. Nous ne dirons pas non plus qu'il est résistant ; la résistance des corps est une sensation du toucher, et le toucher est le moins connu et peut-être le plus complexe de tous les sens : un jour sans doute on saura distinguer pour les sensations tactiles, comme pour les sensations auditives, thermiques et lumineuses, le fait physiopsychologique de l'agent physique qui le produit. La résistance des corps est assurément dans la dépendance des attractions et répulsions intermoléculaires dont la nature nous échappe encore à peu près complètement ; elle n'est pas une propriété intrinsèque de l'atome. On s'est demandé s'il ne pourrait pas être fluide aussi bien que solide] Il n'est pas plus solide que fluide : ces deux propriétés, effets de la cohésion, concernent les relations des atomes entre eux. Ce qui le dérobe à nos sens, ce n'est pas son exiguïté ; c'est que nos sens sont excitables, non par ses qualités propres, mais par ses combinaisons et ses mouvements.
Il est indivisible.
Non pas qu'il soit doué d'une cohésion invincible ; une telle hypothèse est doublement impossible : d'abord on ne saurait concevoir une force inûiiie ; ensuite, si toute force est la possibilité d'une communication de force vive, toute force est interatomique et non intra-atomique. La conception atomistique implique donc que toute division effective consiste à séparer des atomes, et tombe dans leurs intervalles.
Il est étendu.
Beaucoup de savants sont encore disposés à réduire, avec Boscovich, les atomes à des points géométriques, centres de forces attractives et répulsives ; ils seraient situés, mais ils ne seraient ni étendus ni figurés. A la notion d'étendue et de figure se substitue celle de la c sphère d'action > des forces attractives et répulsives. Hais nous avons vu que l'analyse ne saurait s'arrêter à la notion de force comme à un terme premier et irréductible. Etrange conception qui fait d'une force une entité, qu'on lie mystérieusement à une autre entité, qui est un point! Ajoutons que, d'après la théorie cinétique des
154 CIASSIFIGATION DE8 SCIENCES
gaz, les atomes ont à la fois des mouvemeats de translation et des mouvements de rotation ; il ne semble pas qu'on puisse se passer de ces mouvements de rotation pour expliquer certains faits, par exemple l'élasticité. Or la rotation d'un point est inconcevable. Il faut donc admettre que l'atome est étendu.
Enfin il est impénétrable.
Ce n'est pas l'expérience qui nous apprend que l'impénétrabilité est une qualité essentielle de la matière. Nous voyons constamment les corps se pénétrer : les mélanges et les dissolutions sont des pénétrations apparentes ; mais nous aimons mieux croire que les. éléments sont juxtaposés, et demeurent distincts, quand il nous est devenu impossible de les distinguer. La résistance est une notion expérimentale, l'impénétrabilité non. Les corps sont résistants, mais pénétrables ; les atomes ne sont pas résistants, mais impénétrables.
Deux êtres, coiiçus sous la forme de l'étendue, ne sont deux pour l'esprit que si l'esprit peut les distinguer. Leibniz a raison de penser que toute dualité, toute pluralité est différence. On peut pourtant imaginer deux êtres entièrement identiques à tous égards : au moins faut-il, pour qu'ils soient deux, qu'ils diffèrent de situation, qu'ils soient en dehors l'un de l'autre. Ce principe que l'atome est impénétrable n'est donc au fond que cette proposition identique : deux atomes sont deux atomes.
Nous pouvons sans peine faire coïncider deux formes purement géométriques. Une fois transportées Tune sur l'autre, elles ne sont plus deux figures coexistant dans le même lieu, mais une seule figure ; et c'est précisément parce que deux figures peuvent, sans se déformer, se confondre en une seule, qu'elles sont égales. Au lieu de deux figures^ supposons deux êtres figurés. Il n'est plus possible de les faire coïncider, parce qu'il n'est pas possible que deux êtres soient un être. C'est la propriété la plus fondamentale et la plus générale de l'être de ne pouvoir s'absorber et se fondre en un autre. L'idée d'impénétrabilité n'est autre chose que l'idée d'être, réduite à son attribut le plus général et le plus simple.
Le corps élémentaire, ou l'atome, est donc Yétre étendu^ Vétendue impénétrable ^ en quoi ii se distingue du non-être, ou du vide, qui est l'étendue pénétrable. Ainsi conçu, et bien qu'il se définisse par l'idée d'être, l'atome n'a pas de réalité ; affirmer son existence par la raison que Tidée d'être est contenue dans sa définition, c'est renouveler l'argument ontologique. L'exis* tence qui est contenue dans une idée ne peut être que l'idée