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CHAPITRE, XI

>r ' ^ CONCLUSION SUR LA SOCIOLOGIE

La sociologie est la science des lois qui régissent les phénoinèmes sociaux, comme la physiologie est la science des lois qui régissent les phénomènes vitaux. Pour que ces lois soient /exprimées dans leur généralité, il faut que chaque phénomène y soit considéré partout où il se présente; il n'y a donc pas de physiologie des espèces ni de physiologie des organes ; seulement, comme tout savant a le 'droit de limiter Tobjet de son étude, il pourra y avoir des monographies physiologiques. Pareillement, il pourra y avoir des monographies sociologiques, monographies des races latines, des races slaves, etc., mono* graphie de là famille, de TÉtat, de la religion, etc., mais il n'y aura pas de sociologie séparée des espèces, — aussi bien il n'y a pas d'espèces sociologiques proprement dites — ni de sociologie des organes. Ce que nous avons dit à cet égard de* la physiologie peut être répété de la sociologie : il n'y a pas d'autre sociologie que la sociologie générale.

' . Or la société, c'est l'homme utile à l'homme, ou plus généralement, le vivant utile au vivant; tous les faits sociaux sont des services ; en eux-mêmes les services sont des phénomènes cosmologiques, biologiques ou psychologiques; ils ne sont sociologiques que par la manière dont un vivant les obtient d'un autre vivant. Nous avons vu qu'à ce point de vue, ils sont échangés ou gratuits^ et que les services gratuits sont obtenus soit par la contrainte^ soit par les divers modes àHnfluence. La contrainte, l'influence, l'échange, c'est-à-dire en un mot l'action de l'homme sur l'homme, et en général du vivant sur le vivant, tel est l'objet de la sociologie. •

« La science dont nous avons essayé de déterminer l'objet estelle une science originale, séparable et autonome, ou bien n'estelle qu'un prolongement et une partie de la science de la vie ?

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La question a donné lieu h. des diseussions étendues, et parfois passionnées. Beaucoup se complaisent dans des comparaisons de Torganisme social à Torganisme vivant ; le corps social aurait sa structure, ses fonctions, ses maladies, ses difformités ; il y aurait une anatomie, une physiologie, une pathologie, une tératologie des sociétés. Auguste Comte avait conçu la sociologie comme distincte de la biologie, mais subordonnée à elle, en vertu du principe de la hiérarchie des sciences : c Aucun aperçu sociologique, même fondé sur de très sérieuses considérations historiques, ne saurait être admis s'il est contraire aux lois de la nature humaine ^ » La science est un édifice à étages : Tétage sociologique est superposé à Tétage biologique et s'appuie sur lui. Hais, d'après des sociologues plus récents, il y aurait entre les deux sciences non seulement une dépendance, mais une analogie, et une analogie comparable à la similitude des géomètres, si bien que la sociologie pourrait être édifiée par une simple transposition des divisions et même des lois de la biologie. H. Spencer a donné Texemple des comparaisons bio-sociologiques ; Schftffle les a amplement développées*. On a discuté si la cellule du tissu social est l'individu on la famille. On a. voulu retrouver dans le c superorganisme > une enveloppe protectrice analogue aux téguments des animaux, des organes internes assimilables aux viscères, etc.

Ces comparaisons, souvent fort ingénieuses, ne sont pas san» utilité ; elles rendent les services qu^on peut attendre d'une comparaison. Elles fournissent d'abord un moyen d'exposition commode. Elles aident notamment à bien se pénétrer de cette vérité si importante, que les sociétés ne sont pas des machines artificielles, qu'elles ne s'inventent pas et ne se refont pas ; que l'agriculture, les industries, le commerce, les transports, que la distribution de la population sur le territoire, son agglomération en villages, bourgs, villes et capitales, que les institutions politiques, les lois, les mœurs, les religions, tout cela s'organise, fonctionne, évolue par l'effet d'une vie intérieure et spontanée ; ce ne sont pas des engins fabriqués qu'on puisse remanier, à coups de marteau, de ciseau, de scie, par le fer, par le feu, comme on remet une machine à la forge. Déjà les premiers économistes, Vauban, Boisguilbert, surtout les Physiocrates eurent le sentiment profond que les sociétés sont

(4) Voir 49* leçon.

(2) Bau und Leben des socialen Kôrpers,

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S7S CLASSmCATIOR DBS SOBNGBS

Tirantes, que notre action sur elles ressemble à Thygiène et à la thérapeutique plutôt qu'aux arts mécaniques. Par physiocratie^ Quesnay entendait la yie naturelle et spontanée des sociétés.

Les comparaisons bio-sociologiques peuvent encore rendre ce senrice de suggérer des hypothèses : en général, Tinduction analogique en est l'origine ordinaire et comme la méthode. Mais il faut se garder de prendre des hypothèses pour des certitudes et des analogies pour des preuves. La symétrie donne l'illusion de Tordre; on est tenté de croire qu'une loi est démontrée en sociologie parce qu'une loi analogue est démontrée en biologie. Hais comparaison n'est pas raison.

De là bien des analogiea forcées. G. de Greef compare quelque part la circulation de la monnaie à la circulation du sang. La monnaie circule et le sang, circule ; mais il ne faut pas aller plus loin. Toute cellule a besoin d'oxygène. Dans un organisme composé de beaucoup de cellules agglomérées, les éléments intérieurs ne sont pas directement en relation avec l'air atmosphérique ; il faut pourtant que l'oxygène leur parvienne. Chez les insectes, l'air pénètre dans toutes les parties du corps par les trachées ; chez les animaux qui ont des branchies ou des poumons, il existe des cellules diiFérenciées qui ont la propriété de fixer aisément l'oxygène de l'air et de le restituer aisément. Ces cellules circulent, vont dans des organes spéciaux se charger d'oxygène, et le charrient aux éléments fixes des tissus. Telle est la fonction du sang. Celle de la monnaie ne lui est nullement comparable.

Hais^ si l'on est circonspect, et si l'on ne prend lès comparaisons que pour des comparaisons, il n'y a pas lieu de s'interdire des aperçus intéressants et des moyens d'exposition corn-modes. On trouve dans une société de véritables organes : une assemblée délibérante, un tribunal, une armée, une flotte, un musée, une école, un théâtre, une bourse, une maison de banque, une monnaie, un effet de commerce, une langue, un système d'écriture, etc. Chaque oi^ane naît le plus souvent, ^omme dans un vivant, par différenciation d'un organe ànté* rieur. Chaque élément, dans la société comme dans l'individu^ est adapté à la vie de l'ensemble, souffre, s'il est mal adapté,, périt s'il ne réussit pas à s'adapter suffisamment. La société tout entière, comme le vivant, subit l'influence du milieu et varie avec lui, s'adapte au climat, à la nature du sol, à sa configuration, à ses produits. Dans le vivant, les tissus se régé*

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nèrent sans cesse, les éléments anatomîques vieillissent» meurent, sont éliminés et remplacés par des éléments jeunes, sans que la forme, la structure et les fonctions de Forgane subissent d*autre changement que leur évolution naturelle. De même les cités et les Etats, les institutions et les mœurs demeurent ou évoluent lentement, quand les individus passent. L'élimination des cellules mortes ressemble à celle des cadavres, et je ne vois pas quel inconvénient il y aurait à comparer l'administration des pompes funèbres à l'appareil urinaire et Tempoisonnement d'une ville par les émanations d'un cimetière à un accès de fièvre urémique.

Il y a des phénomènes de parasitisme et de symbiose en sociologie comme en biologie. Les Touaregs du Sahara sont nomades et pillards ; pour emmagasiner leurs réserves de vivres, leur laine, leur numéraire même, ils ont besoin d'un lieu sûr, à Tabri des razzias. Dans les oasis vit une population fixe, agricole, abritée dans des forteresses qu'on appelle des ksours. Les Touaregs font un pacte avec un ksour ; ils y ont leurs magasins et leurs trésors ; en échange ils le défendent. Il y a là, comme dans les faits de symbiose organique, une distribution du travail qui ne s'est pas faite par différencia* tion, mais par association. Les deux sociétés, qui ne peuvent se passer l'une de Tautre, sont différentes de race, de mœurs, d'institutions, et ne se mêlent pas.

Bicbat a défini la vie Yen$emble des forces qui résistent à la mort, et cette définition est encore une des meilleures, pourvu qu'on s'abstienne d'y attacher une signification vitaliste. La plupart des agents extérieurs tendent à détruire l'organisme, mais les énergies internes ou fonctions, le défendent ou le réparent. Le froid et le chaud sont presque toujours funestes : nous ne nous accommodons que d'une température moyenne, comprise entre d'étroites limites ; mais une fonction impor-> tante maintient notre température sensiblement constante. Les agents chimiques sont en général dissolvants, et quand la vie a cessé, ils s'emparent de notre substance organisée et la ramènent graduellement aux formes plus simples de la nature minérale ; mais, pendant la vie, les fonctions de nutrition alimentaire et respiratoire la renouvellent constamment. La pesanteur elle-même est une cause destructive, une influence mortelle : l'homme jeune et sain y résiste, par la vigueur de ses muscles ; mais elle courbe le malade et le vieillard, alourdit et retarde leurs mouvements, comme si déjà ils se défen-

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DigitizecLby

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daient à peine contre la paissance fatale qui doit les coacher pour toujours.

De même une civilisation est Tensemble des fonctions par lesquelles une société se défend contre l'action destructive des forces naturelles. Tant que l'organisme social est sain, il tire sa subsistance de son milieu, il s'en sert et s'en nourrit. Mais quand arrive la décadence, c'èst*à-dire la sénilité sociale, les forces naturelles extérieures reprennent leur empire. C'est ainsi que des pays, autrefois habités et civilisés, sont rendus aujourd'hui aux végétations spontanées et aux animaux sauvages. La plaine de Syrie, aujourd'hui déserte, avait deux millions d'habitants au temps d'Auguste. Nous colonisons et remettons en valeur l'Algérie et la Tunisie : nous refaisons ce que les Phéniciens, puis les Romains avaient fait avant nous, comme l'attestent, tant de ruines imposantes, entourées de régions stériles et désertes.

Lés comparaisons bio-sociologiques sont vivement combattues par quelques auteurs. Leur principal argument, c'est qu'expliquer la sociologie par la biologie, c'est expliquer ce qui est manifeste par ce qui est obscur, c C'est, dit M. Tarde, chercher à éclaircir le connu par l'inconnu, transformer un système solaire en nébuleuse non résoluble pour le mieux comprendre. > En sociologie, nous sommes nous-mêmes les phénomènes ou les forces agissantes qui les produisent, nous les vivons et les pénétrons bien plus que nous ne pourrons jaihais pénétrer un fait de la nature extérieure, c Les faits sociaux, dit M. W. Dilthey', sont intimement intelligibles pour nous, nous pouvons jusqu'à un certain point les reproduire en nous-mêmes, puisque nous avons notre part de la vie sociale... La nature est muette pour nous... La nature peut nous apparaître comme l'expression d'un majestueux repos. Cette expression disparaîtrait, si nous pouvions reconnaître, ou si nous étions forcés de reconnaître dans ces éléments, la vie si variable et si variée qui, à nos yeux, remplit la société. La nature nous est étrangère ; elle est pour nous l'extérieur, jamais l'intérieur. La société est notre monde, nous vivons de sa vie, participons de tout notre être à ses mouvements, en apercevant intimement les situations et les forces dans et par lesquelles elle se développe et s'établit^ >

(1) Einleitung in die Getsteswissenschaften, p. 45.

(2) Traduit et cité par M. Block, Progr. de la ec, écon, t. I, p. 48.

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< En matière sociale, dit à son tour M. Tarde, on a sous la main, par un privilège exceptionnel, les causes yéritables^ les actes individuels dont les faits sont faits, ce qui est absolument soustrait à nos regards en toute autre matière. On est donc dispensé, ce semble, d'avoir recours, pour Texplication des phénomènes de la société, à ces causes générales que les physiciens et les naturalistes sont bien obligés de créer sous le nom de forces, d'énergies, de conditions d'existence, et autres palliatifs verbaux de leur ignorance du fond clair des choses. >

C'est là une grave erreur. Les faits/sociaux ne sont pas plus manifestes que les faits physiologiques. Ils ont des racines profondes que la conscience ne révèle pas. Je suis très attaché à ma patrie, mais je serais fort embarrassé si j'avais à dire pourquoi. Il me faudrait réfléchir, analyser, discuter, découvrir après coup des motifs, qui probablement ne seraient pas les véritables. Quand il s'agit d'expliquer de tels faits, on trouve plus aisément les raisons qui les justifient que les causes qui les produisent. Les fonctions vitales ne sont pas non plus tout à fait obscures ; je sens les pulsations de mes artères, les contractions de mes muscles^ l'air pénétrer dans mes poumons, une boisson fraîche descendre dans mon estomac ; presque toutes les fonctions sont senties dès qu'elles sont un peu gênées. Dire que les phénomènes sociaux sont manifestes, c'est exactement comme si on disait que la biologie peut.se passer d'expériences, de dissections et de vivisections, parce que nous sentons notre corps, et que nous le voyons vivre et se mouvoir; c'est donner le fait à expliquer pour l'explication du fait, nier le mystère qu'il s'agit d'éclaircir ; ce sont là de ces erreurs qui ferment la route, bornent les horizons, voilent les perspectives de la science. Cela est assurément plus grave que de perdre son temps à des comparaisons bio-sociologiques.

Ces comparaisons peuvent pourtant nous égarer : c'est aussi une erreur grave que de considérer l'humanité comme divisée en espèces sociales analogues aux espèces biologiques. Il y a entre un animal et un peuple une différence capitale : l'organisme individuel se reproduit; quand on fait l'anatomie d'un animal, on sait qu'on retrouvera, sauf les différences individuelles qui sont légères, et les anomalies qui sont exceptionnelles, la même structure dans tous les animaux de la même espèce. Tout organisme vivant se transforme sans cesse, depuis

(1) limitation, p. 2.

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la cellule embryonnaire jusqu'à la décrépitude sénile; mais ' chez tous les indiridus d'une même espèce, la transformation s'accomplit sensiblement de la même manière. Il en est autrement des sociétés. On peut prétendre — c'est une idée très digne de considération et féconde' en aperçus intéressants, — que le déyeloppement de toutes les civilisations passe nécessai*. rement par certaines phases identiques; toutefois l'histoire des différents peuples est loin de se répéter avec la même régularité que la succession des âges dans la vie des individus. Il faut un singulier esprit de système pour retrouver en sociologie l'analogue des phénomènes biologiques de reproduction et d'hérédité.

M. Durkheim a pourtant consacré un chapitre, et noîi le moins remarquable, de ses Bigles de la méthode sociologique, à la c morphologie sociale >. Mais il a vu, et prudemment évité recueil où d'autres se sont heurtés, c Chez les animaux, dit-il, un facteur spécial vient donner aux caractères spécifiques une force de résistance que n'ont pas les organismes sociaux : c'est la génération...-, seule, la colonisation pourrait être comparée à une génération par germination ; encore, pour que l'assimilation soit exacte, faut-il que le groupe des colons n*aille pas se mêler à quelque société d'une autre espèce et d'une autre variété * ; les attributs distinctifs de l'espèce ne reçoivent donc pas de l'hérédité un surcroit de force qui lui permette de résister aux variations individuelles. Il en résulte que le type spécifique, au delà des caractères les plus généraux et les plus simples, ne présente pas des contours aussi définis qu'en biologie. > La génération accumule dans l'individu les caractères de toute la lignée des ascendants ; ces caractères, ainsi fortement enracinés dans l'organisme, se maintiennent avec une grande fixité relative, en dépit de la diversité des circonstances extérieures ; au contraire une société se modifie et se' nuance à l'infini sous l'action des circonstances. M. Durkheim avoue d'ailleurs qu'une espèce sociale peut ne compter qu'un individu. Cela n'empêche pas qu'il n'y ait des espèces. < Les sociétés, en effet, ne sont que des combinaisons différentes d'une seule et même société originelle. » Cette société est parfaitement homogène, et composée d'individus semblables ;

(1) Même à cette condition, la colonisation n'est pas assimilable & la génération, car le jeune animal ou le jeune végétal reprend par le commencement révolution organique de ses générateurs, tandis que le groupe des colons continue l'évolution commencée dans la métropole.

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elle est antérieure à la division du travail. En outre, elle est simple et à segment unique ; c*est la horde, c On distinguera autant de types fondamentaux qu'il y a de manières ^ pour la borde de se combiner avec elle-même en donnant naissance à des sociétés nouvelles et pour celles-ci de se combiner entre elles. * On rencontrerait ainsi des sociétés polysegmentaires simples , polysegmentaires simplement composées^, doublement composées^ etc. < Une société ne peut se composer avec elle-même, et les composés qui en résultent ne peuvent, à leur tour, se composer entre eux que suivant un nombre de modes limité. La gamme des combinaisons possibles est donc finie, et, par suite, la plupart d'entre elles, tout au moins, doivent se répéter. Il se trouve ainsi qu'il y a des espèces. >

M. Durkbeim ne considère dans tout ceci qu'une des manifestations de la vie sociale, la formation du groupe. Si nous faisons consister la sociologie à savoir ce qu'il faut entendre par les mots peuple, nation, État, et autres semblables, nous pourrions bien en effet, parvenir à une classification qui embrasse tous les groupes possibles, les distingue les uns des autres, et parfois les assimile ; il y a bien, en ce sens, des espèces; il n'est pas même nécessaire pour cela que les modes possibles de groupement soient en nombre limité. Mais ce sont là des e&fhces politiques, et non des espèces sociales en général. Une. nation peut bien être considérée comme ayant une individualité et même une personnalité véritable, et deux nations peuvent être assez semblables pour qu'on les considère comme de même espèce ; mais on n'entend par nations que des groupes politiques, et à un autre point de vue, il faudra un autre mode de groupement. Les limites d'une- langue, celles d'une religion, ne coïncident pas avec celles d'une nation. Il faut assurément considérer les inclinations sympathiques comme des phénomènes sociaux ; elles ont les limites les plus diverses, depuis l'amitié, l'amour, qui sont une sympathie entre deux personnes, jusqu'aux sentiments patriotiques, humanitaires. Au point de vue économique , la limite qui correspond aux frontières d'une nation , au territoire d'une langue , c'est la limite du marché; elle est variable, et infiniment multiple, puisqu'il y en a une différente pour chaque produit. Les Économistes ont insisté sur ce point que l'échange international ne diffère pas de l'échange intranational, quUl n'y a pas, à proprement parler, d'échange international, mais seulement

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des échanges entré personnes de nationalités différentes; la nationalité n'a pas de rapport aVec le fait de l'échange; tout au plus peut-elleaceidentellement l'influencer, comme beaucoup d'autres circonstances.

Une société n'est pas un groupé organique séparabte comme , un indiyidu rivant, distinct à tous les points de vue des groupes organiques voisins, ayant en son intérieur toutes ses fonctions, sa vie indépendante et complète. La société est formée jpar des liens de diverses natures, et les solidarités qui en résultent n'ont pas U même étendue^ Il y a autant de sortes de limites qu'il y a de sortes de faits sociaux. A mesure que le travail est plus divisé, ces diverses sortes de limites deviennent plus indépendantes les unes des autres. Il n'y a donc pas à proprement parler d'espèces sociales ; il y a des espèces politiques, des espèces linguistiques, des espèces économiques, etc.

Nous sommes maintenant en mesure de préciser la relation de la sociologie avec la biologie.

Il est impossible de considérer en une science une relation déterminée, sans l'envisager partout où elle se trouve. Or on a souvent remarqué que plusieurs lois sont communes à la biologie et à la sociologie, celles de la concurrence, de la division du travail, par exemple ;i les comparaisons bio-sociologiques ont fait ressortir que révolution sociale se fait d'après les mêmes lois que l'évolution organique : spécialisation et concentration des fonctions. Si ces deux sciences ont des lois communes, c'est qu'elles sont des subdivisions d'une seule et même science. La science étant le système des lois, il ne saurait y avoir deux sciences, Ih, où il n'y a qu'un système de lois.

Un organisme est déjà une société de cellules; on parle couramment de colonies animales. On a montré que les animaux supérieurs sont des colonies très différenciées, parvenues à un haut degré de concentration. L'individualité d'un organisme n'est que la solidarité d'une collectivité : le problème sociologique se pose au sein de la biologie même.

L'idée qu*il y a une science des individus et une science des sociétés est donc inexacte : individus et société sont des termes corrélatifs. M. Durkheim a combattu avec raison cette erreur, que la société est faite avec les individus comme un mur avec des moellons. « M. Spencer compare quelque part^ l'œuvre

(i) Inirod. à la se. soc, ch. i.-

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