GÉNÉRALES
Appliqitéeê,
Ordre
(Sciences des espèces.)
Ordre dans l'espace.
Ordre dans le temps.
Physique.
Chimie.
Géographie physique.
Géologie.
Arts mécaniques.
L'usage est de diviser et de ranger par ordre hiérarchique Tétude des phénomènes naturels de la manière suivante : cosmologie, biologie, psychologie, sociologie. Mais jusqu'à quel point ces divisions sont-elles profondes et définitives?
La cosmologie est primitivement Tétude du monde sensible. Hais la distinction s'est faite de plus en plus profonde entre les propriétés organoleptiques de la matière et ses propriétés physiques et chimiques. Celles-ci sont les causes de celles-là. La lumière, en tant que lumière, est une sensation; l'étude en appartient à la psychologie. Ce que le physicien étudie, c'est l'ondulation lumineuse, comment elle se produit, se propage, se réfléchit, se réfracte, est absorbée, se transforme, détermine des réactions chimiques. Mais si l'onde de l'éther vient agir sur une membrane rétinienne et se révéler dans une conscience, le physicien se déclare incompétent pour expliquer ce phénomène, et donne la parole au physiologiste et au psychologue.
Or il n'y a pas d'autres phénomènes que les phénomènes psychologiques; rien ne saurait être donné que dans et pour une conscience. Il en résulte que la physique n'a pas pour objet des phénomènes. Les phénomènes que le physicien observe dans son laboratoire ne sont que les signes visibles et tangibles du monde invisible' et intangible qu'il s'efforce de découvrir. Ce monde, il ne peut le concevoir que sous la forme du mécanisme. La théorie de l'unité des forces physiques et celle des atomes.
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.;{< : ' la* réducUoa des phénomènes chimiques à la statique^t à la A ^ ,;> dynamique moléculaires ont pour résultat de dégager la phy- £: :. ' . sique de la psychologie,- ayec laquelle ell^.est primitiyenient ^J. { V confondue; et encore'aujourd'hui c'est seulement dans lamesurer
f.^'[ où la théorie mécanique est construite et démontrée que le physicien peut distinguer l'objet de la physique des données psychologiques à travers lesquelles il le voit.
i: '.. Avec le mécanisme, la cosmologie doit-elle s'absorber dans
V -^ ^ la mécanique, ou en rester distincte? Cest un problème qui ne
P^u^ guère être résolu, tant que les obscurités inhérentes à la notion d'atome n'auront pas été dissipées. Mais ce qu'il est important de remarquer, c'est que l'atomisme et le mécanisme \. ; ne peuvent être rien de plus qu'une conception de l'esprit, sains
. aucune signification ontologique. La conception atomo-méci^-
'c ; • i nique n^a pas besoin, pour être vraie, d'être l'expression de la :/, ; réalité objective des choses. Le physicien n'a pas plus à se
:;j- poser le problème ontologique que le géomètre n'a à se
demander si l'espace euclidien est bien Y espace réeL II suffit , ' . . dans les deux cas : l"* que la conception soit de tout point cohérente en elle-même ; 2^ qu'elle se prête dans tous les cas à rendre compte de rexpérience.
La cosmologie pure ou générale, c'est la physique. Elle est encore aujourd'hui divisée en Barologie (étude de la pesanteur, ' ' . ' ou plus généralement de la gravité, c'est-à-dire de la loi de / Newton, avec toutes ses conséquences) ; — Acoustique; — /.- Optique; — Thermique; — Eleclrologie; — Magnétologie ; —
science des Actions Moléculaires (à cette branche appartiennent les changements d*état, qu'un usage peu rationnel fait rattacher à la chaleur). Cette division, fondée surtout sur des ^:' propriétés organoleptiques, est destinée à disparaitre,.à mesure
V que la science perdra son caractère empirique, pour devenir
déductive. Elles ne sont, déjà plus de mise dans les traités de >.. physique mathématique.
Les lois générales des transformations chimiques sont com- -. prises parmi celles des actions moléculaires : le Traité de mécaniqtie chimique de M. Berthelot est un ouvrage de physique. La chimie, ainsi que Chevreul l'a montré, est l'étude des diverses espèces de matière, et la détermination de toutes les propriétés, physiques, chimiques, organoleptiques de chacune d'elles. C'est la cosmologie spéciale ou systématique. ' La distribution dans l'espace des phénomènes cosmologiques est l'objet de l'astronomie. Parmi les astres, il en est un, dont
Dfgrtizedby VjO.OQIC .
CONCLCSIONS
nous pouvons acquérir une connaissance plus précise et plus détaillée, c'est le nôtre : la géographie physique est une branche de l'astronomie.
Hais comment, par quelle évolution le monde physique est-il parvenu à son état présent, c'est un problème auquel on ne saurait répondre que par des hypothèses plus où moins probables comme celles de Kant et de Laplace. Nous sommes mieux renseignés sur Thistoire de l'astre que nous habitons, et la géologie nous en raconte les transformations, sans réussir pourtant à pénétrer bien avant dans son écorce, ni à remonter bien haut dans son passé.
Les arts mécaniques répondent aux sciences cosmologiques^ et non à la mécanique, parce que, dès qu'il s'agit de choses réelles, on a affaire non. à des mouvements et à des forces, mais' & des mobiles et à dés agents.
SCIENCES THÉORIQUES
SCIENCES PRATIQUES
ou
ARTS
PURE
OU
GÉHÈRAUt
Appliquées.
Spéciale.
Ordre
Géo^qoe.
d«D8 Tetpaoe.
OrdrT dans le temps.
Physique.
Chimie (et minéraio-
gie).
Astronomie.
Géographie
physique.
Origine du système' solaire.
Géologie.
Arts mécaniques.
' La biologie se divise, comme la cosmologie, en pure et appliquée. La biologie pure ou générale^ c'est la physiologie, ' étude des fonctions, considérées chacune à>part et dans tous les êtres qur la présentent. La biologie spéciale, ou systéma* tique : botanique, zoologie, est Tétude des espèces vivantes. L*anatomie est contenue dans la physiologie, car la structure a dans la fonction sa raison d'être et son principe, sa cause efficiente aussi bien que sa cause finale. La géographie biologique ne se borne pas à déterminer Taire de chaque espèce animale et végétale, elle s'efforce d'en rendre compte; en d'autres, termes, après avoir constaté la limite qu'une espèce ne franchit pas, et la fréquence avec laquelle elle se rencontre dans les diverses régions de son territoire, elle déterminé la nature de
GOBLOT. 19
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29r . ' CLASSmCATION DIS SCIEIfCBS
cette limité, VobsUcIe que lé sol, le climat, la coneurrence des autres espèces, en un mot le milieu, opposent à l'extension de cette espèce. Gomment la faune et la flore des terres, des airs et des mers tont^Ues deTcAués ce qu'elles sont aujourd'hui? C'est le problème de là paléontologie. Parmi les arts ou sciences pratiques, ceux qui répondent le plus exactement à la biologie sont l'hygiène et la thérapeutique, végétales, animales, humaines : l'agriculture, l'élevage, l'acclimatation, l'art médical; etc.
La biologie est-elle radicalement distincte de la cosmologie? Non, disent les partisans du mécanisme vital ; les phénomènes de la vie ne sont rien de plus -que des phénomènes physicochimiques. — Il est vrai que les lois physiques et chimiques trouvent leur application dans les êtres vivants : jusqu'à présent, presque tout ce qu'on a fait en physiologie se réduit à la physique biologique et à la chimie biologique, qui ne sont pas différentes de la physique et de la chimie en général. Cela digni&e seulement que la véritable physiologie n'est pas encore, ou est à peine commencée. La fonction par excellence, la fonction dont toutes les autres dérivent par différenciation, c'est l'irritabilité. Or, si on étudie les phénomènes du dehors, on n'y trouvera certes rien autre chose que de la physique et de la chimie, c'est-à-dire du mécanisme, mais rien ne prouve qu'on réussisse jamais ainsi èi les expliquer complètement. Il y a dans l'irritabilité un élément interne qui parait bien être l'élément essentiel, seul et véritable objet de la physiologie. La sensibilité est la caractéristique de la vie, et là où elle est absente, c'est qu'elle a disparu : Tautomatisme est de la sensibilité éteinte.
Si l'on s'en tient au mécanisme vital, il faut faire de la biologie un prolongement, sans solution de continuité, de la cosmologie. Hais le mécanisme vital conduit inévitablement au dualisme cartésien de la matière et de l'esprit, et aux difficultés inhérentes à cette doctrine. Il faut donc se rallier, comme à l'hypothèse la plus satisfaisante pour le présent, à l'identité de la physiologie et de la psychologie, non pas à la manière des matérialistes, qui absorbent la psychologie dans la physiologie, mais en élargissant la psychologie jusqu'à y comprendre la physiologie tout entière. Il y a non seulement une psychologie de l'animal, mais une psychologie du végétal, une psychologie de la cellule, peut*ètre même une psychologie de Tatome, une monadologie. liais il faut bien se garder ^e confondre la sen-
sibilité avec la conscience, l'être qui sent et qui l'ignore, avec Tètre qui sent, et qui sent qu'il sent. La cosmologie c est-à-dire le mécanisme, est la conception du monde tel qu'il se présente à l'expérience externe ; la physio-psychologie est la science du dedans de l'être.
La sociologie doit aussi être divisée en pure et appliquée. La sociologie pure est l'étude des lois qui régissent en général les faits sociaux ; leur distribution dans l'espace est l'objet de lagéograpbie sociologique (géographie des langues, géographie économique, géographie des religions, des littératures, des sciences, des arts, etc., géographie politique) ; leur évolution dans le temps est l'objet de l'Histoire. Mais il n'y a pas de sociologie spéciale, parce qu'il n'y a pas d'espèces sociales. L'hygiène et la théra* peutique sociales, l'art du légiste, celui du soldat, celui du prince, celui du citoyen, celui de l'artiste, du poète, de l'orateur, celui du savant même (car la logique est une branche de la sociologie, et la vérité est un fait social), l'Art de l'artiste, enBn l'art au sens le plus général du mot, l'art de vivre, c'est-à-dire la morale, s'ils ne doivent pas être rangés parmi les sciences sociales, doivent être mis en regard des sciences sociales correspondantes. En sociologie, comme en général dans les sciences peu avancées, les préceptes pratiques sont mal distingués des vérités théoriques : les traités d'économique sont remplis de préceptes sur le gouvernement des peuples ; la distinction est fort imparfaite entre la morale théorique et la morale pratique, et tous les logiciens discutent, en tête de leurs traités si la logique est un art ou une science. Il y a une science des conditions de la vérité, et un art de conduire sa raison.
Mais quelle est la position de la sociologie à l'égard de la physio-psychologie ? L'analogie de certaines lois (lois de l'évolution, de la concurrence vitale, de la division du travail) a conduit les sociologues à chercher d'autres analogies et à établir une sorte de parallélisme entre la biologie et la sociologie. On a voulu trouver dans le groupe social, famille, tribu, nation, l'équivalent de l'organisme individuel, dans Tindividu social celui de la cellule, dans la colonisation le mode de reproduction des sociétés. On a vu une sorte de progression entre ces trois termes : cohésion, organisation, solidarité. On aété conduit ainsi à faire de l'union des individus en un groupe social le fait social par excellence, et à absorber toute la sociologie dans la politique. Ces analogies peuvent parfois suggérer de bonnes idées : elles rendent service puisqu'elles font chercher ; néan-
v^Bdins elles sont trompeases, et plus propres à provoquer des constmctîons iàgénieuses que des recherches méthodiquemeat
^eoodttiies» : •' '• .. ,.". .; ■ ... - :"••.■• \ .-.,:.• ^
/ Pour comprendre dans une ^ôme définition non seulement
. les phénomènes de groupement politique, mais tous les phé*abmènes généralement considérés comme sociaux, il faut dire que toute relation entre des individu^ est, xomme telle, un phénomène social. Cette relation a toujours le caractère d^un . service;, à moins qu'elle ne soit le contraire d^un service (vol, meurtre, mensonge). Elle est alors un phénomène antisocial ; ;mai& les phénomènes antisociaux appartiennent à la même étude que les phénomènes sociaux* Les services peuvent être
-échangés ou gratuits, et ces caractères sont plus importants, au point de: vue de l'expression des lois sociales, que les carac* -tères relatifs à la nature même des services (langage, commerce, gouvernement, etc.)-
. La sociologie étant ainsi définie, il se trouve qu'elle est déjà eommencée, et fort avancée, dans la physio-psychoiogie. Un 'organisme «s t déjà une société, une société d'organes et de cellules ; et là est la raison des analogies bio-sociologiques tant de fois signalées. Les fonctions. d'une cellule prise isolément, ou d'un vivant unicellulaire, apparaissent déjà comme des phé-. .pomènes sociaux. On les divise ordinairement en fonction de velation et fonctions de nutrition. Les premières rentrent naturellement dans la définition des faits sociaux ; mais les secondes aussi : ne les appelle-t-on pas communément des échanges nutritiCs et respiratoires? Quant aux fonctions de reproduction, quelques-uns les rattachent aux fonctions de nutrition, d'autres aux fonctions de relation, précisément à cause de leur caractère de faits sociaux, qui est évident.
.. ' Il y a donc continuité entre la biologie, la psychologie et la sociologie. Celle-ci n'est pas parallèle à la première, elle en est lé prolongement. Le passage de Tune à l'autre est insensible. Que penserait-on d'un anatomiste qui voudrait faire la physio- ^
logie du cerveau sans avoir recours à la psychologie ? d'un psychologue ({ui dédaignerait l'étude du langage?
On comprend dès lors pourquoi il n'y a pas de sociologie spéciale ou systématique,- pas plus d'ailleurs qu'il n'y a de psychologie spéciale ou systématique. C'est qu'il n'y a pas d'es-
* pèces en sociologie ni en psychologie ; du moins pas d'espèces nahtrelles. L'étude d'une espèce vivante embrasse toutes ses propriétés, toutes les manifestations de sa vie, physiologiques,
CONCLaSIONS 295
psychologiques, sociologiques. D'ailleurs comment y aurait-il une science de l'individu et une science du groupe social? Ces' deux termes, ainsi que M. Durklieim Ta si bien montré, sont corrélatifs et n'ont de sens que Tun par rapport à Fautre; Tin? dividu n'existe et ne se conçoit pas plus sans le groupe que le groupe sans les individus.
Nous réunirons donc en un seul tableau la biologie, la psychologie et la sociologie :