‹ Essai sur la colique de plombChapitre 3 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quelque nombreux que soient les écrits publiés sur la colique de plomb, on est forcé de convenir cependant qu’il n’est aucun point de cette maladie qui ne puisse être éclairé par de nouveaux faits.

Je ne prétends pas dans ce tribut académique résoudre toutes les questions d’hygiène, de pathologie, de thérapeutique jusqu’ici encore en litige : je veux seulement donner une analyse complète et exacte de cinquante-huit observations de maladies saturnines que j’ai recueillies en i834 à l’hôpital Beaujon, dans les salles de M. Martin-Solon ; elles appartiennent pour la plupart â des ouvriers qui nous arrivaient des fabriques de céruse du Pecq et de Courbevoie.

J’ai rassemblé moi-même tous ces faits sans idée précon-

eue, et dans le but seulement d’apprendre la vérité : j’ai visité plusieurs fois les ateliers ; j’ai suivi avec intérêt les divers travaux de fabrication, afin de connaître les influences diverses auxquelles les ouvriers sont exposés. Auprès des malades, j’ai étudié avec tout le soin dont j’étais capable les antécédens, les symptômes, et l’influence exercée sur eux par les divers moyens thérapeutiques tour à tour employés. Rapprochant ensuite les divers faits, je les ai comparés entre eux, j’ai noté leurs rapports comme leurs dissemblances, et enfin j’ai tiré des conclusions. C’était là, je crois, la seule marche à suivre pour ne point s’égarer ; car, comme le dit Bichat : Observer la nature, rassembler beaucoup de faits , prendre leur ensemble pour principes.

Qui sommes-nous pour nous détourner de cette voie ?

Dans tout mon travail, je n’en ai appelé à aucuns souvenirs, quelque exacts qu’ils me parussent ; et, craignant toujours quelque erreur involontaire , je ne me suis fié qu’aux détails que j’avais eu soin de noter moi-même; aussi je crois pouvoir affirmer qu’aucune de mes observations n’est

inexacte- Il en est certainement quelques-unes d’incomplètes , c’est-à-dire qui ne répondent pas également à toutes les questions que j’ai pu me faire; aussi ai-je éloigné celleslà lorsqu’il s’agissait de résoudre un problème qu’elles ne pouvaient éclairer. J’ai voulu parfois suppléer à ce qui me manquait par les faits consignés dans divers recueils scientifiques ; mais ils sont pour la plupart si vides de détails, qu’il en est peu parmi eux qui aient dû me servir à éclairer les questions que je m’étais posées.

J’eusse désiré présenter à la Faculté de médecine un travail plus complet et plus digne d’elle ; je le lui devais par reconnaissance, puisqu’elle m’admet aujourd’hui aux honneurs de la réception gratuite, par suite de concours à l’École Pratique.

Une larme de regret à la mémoire de Dupuytren, mon premier maître.

Je prie MM. Breschet, Gaillard, Martin-Solon, mes

chefs de service pendant mon internat dans les hôpitaux, de recevoir un témoignage public de ma gratitude pour les bons conseils qu’ils m’ont donnés, comme pour la bienveillance dont ils n’ont cessé de m’honorer.

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