‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 113 sur 142 · a55. Les grenouilles, Dionysos: système trochaïque · texte numérisé non relu

a55. Les grenouilles, Dionysos: système trochaïque

257. Dionysos : système iambique (acatalecte). 258-26i. Les grenouilles: système trochaïque (et refrain). 262. Dionysos : système iambique (acatalecte). 263-265. Les grenouilles, Dionysos: système trochaïque i. 266-267. Dionysos : trimètre iambique entre deux refrains.

1. La véritable raison, c'est probablement que la nacelle est trop étroite pour porter trois personnages à la fois.

2. Pour les détails de la scansion, cf. Extraits d'Aristophane, par L. Bodin et P. Mazon, p. lxxiv.

3. Je crois qu'il faut donner à Dionysos le refrain du v. 25o : le dieu répète avec colère le cri des grenouilles, en l'accompagnant d'ailleurs d'un autre bruit. Lisez donc, avec M. Allègre (Bibl. de la Fac. des Lettres de Lyon, 1888): AION. Bpîy.£Xcx;£ xoiÇ xocEÇ' tout', rztxp' ujxwv Xa;o.6àvco.

4- Le vers 263 bis: oùSà [i.Tjv GjxeTç y' htd, que le sens fait déjà suspecter, est

I /jO LES GRENOt II.LES

Voici comment il faut peut-être interpréter les particularités métriques de ce morceau :

Les grenouilles commencent par une strophe iambique. Dionysos y répond par un système iambique, dont la déclamation tranche sur le chant du chœur. Mais le dernier vers n'est pas catalectique : le système, en effet, n'est pas achevé, les grenouilles coupant brusquement la parole au dieu par leur refrain (225). — Dionysos répond de nouveau par un système iambique (226-227), qui reste encore inachevé, parce que les grenouilles lui répondent aussitôt avec vivacité : « Sans doute, et c'est bien mon droit. » Et, en même temps, elles entonnent une strophe trochaïque chantée d'une seule haleine (car elle ne contient pas de catalexe avant le dernier vers) dans un mouvement rapide qui va s'accélérant encore progressivement, ainsi que le montrent les résolutions du vers 282. — C'est précisément cette vivacité du rythme qui épuise Dionysos, car il veut ramer en mesure. Il répond alors comme plus haut par un système iambique inachevé (236-238). — Les grenouilles lui coupent la parole avec leur refrain (23g). L'impatience gagne Dionysos et il chante rageusement sur le rythme même du premier chant des grenouilles (211 sqq.): «Mais, race trop éprise de chant, taisez-vous donc ! » Et les grenouilles d'achever le vers : « Au contraire, nous n'en crierons que davantage. » (2/4o-2/ii.) Et, en effet, elles continuent, triomphantes, par une longue strophe trochaïque (2/j2-25o). — Dionysos répond (dans le mètre de ses précédentes répliques, cf. 221): « Brékékékex, coax, coax ! ah! celui-là, je vous le prends!» Et, en même temps, il se soulage bruyamment. Les grenouilles poussent un cri d'effroi : « Dieux ! nous allons en voir de belles ! » C'est un commencement de système trochaïque : Dionysos l'achève ironiquement. Les grenouilles gémissent leur refrain (256): Dionysos répond froidement dans son mètre habituel (système iambique): « Gémissez, je n'en ai cure. » — Les grenouilles tentent alors un dernier ctîort (système trochaïque, 258- 260): Dionysos les défie tranquillement (262, début d'un système iambique). Les grenouilles enfin commencent un dernier système

encore condamné par la métrique. Dionysos, dans toute la scène, achève les systèmes trochaïques des Grenouilles. Il en commencerait un ici avec le mot oÛSsjtote, ce qui serait assez étrange.

trochaïque (2Ô3) : c'est encore Dionysos qui l'achève (264-265), et il termine la scène en reprenant pour son compte le refrain des grenouilles et en le soulignant d'un trimètre iambique (267) mordant et têtu.

Ainsi, dans toute cette scène, Dionysos n'emploie que des systèmes iambiques, qui distinguent ses réflexions plaisamment triviales du chant joyeux des grenouilles. Il ne se sert d'un autre rythme que pour imiter ou achever ironiquement les paroles des grenouilles. Les grenouilles, au contraire, chantent leurs trois strophes sur les rythmes iambique et trochaïque. Puis, quand la scène s'anime, devient une lutte vive et acharnée entre le dieu et le chœur, la déclamation partout remplace le chant et elles recourent, elles aussi, à la forme plus familière du système, comme Dionysos. Mais, même alors, elles conservent le rythme trochaïque, tandis que Dionysos a fait sien le rythme iambique.

La barque dépose Dionysos près de la maison de Pluton. Là le dieu attend son esclave qui n'a pas encore achevé le tour de l'orchestra. Il le hèle, va même à sa rencontre. Mais à peine l'a-t-il rejoint qu'il croit entendre des bruits effrayants, apercevoir des monstres étranges. Xanthias qui se joue de la poltronnerie de son maître prend plaisir à l'épouvanter. A un moment, Dionysos éperdu court même jusqu'à son prêtre qui est assis au premier rang des spectateurs et se réfugie à ses genoux. Enfin, un bruit de flûtes et une clameur de fête parviennent à eux : c'est le chœur des initiés qui s'approche. Le dieu et son esclave se blotissent derrière le mur de droite de la maison de Pluton. Le chœur qui entre par la parodos de gauche ne pourra donc les voir.

Ce prologue diffère peu des autres prologues d'Aristophane. Il commence par un tableau imprévu, une parade : l'apparition de Dionysos traînant la massue d'Héraklès et de Xanthias porté sur un âne et por tant néanmoins sur ses épaules les bagages du dieu. Il se continue par une scène d'exposition, mais où le récit-prologue est très heureusement remplacé par un dialogue varié et animé. La troisième scène enfin doit engager l'action ou du moins exposer le thème comique. Or, le thème, c'est ici le voyage d'un personnage burlesque et peureux aux demeures d'Hadès. Les trois scènes du mort, de Charon, des fantômes, ne sont que des tableaux fantaisistes se rattachant à ce thème.

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