Prologue
Par la parodos de droite arrive Dionysos. Le dieu est gros et court. Il est chaussé du cothurne oriental et vêtu d'une robe de safran. Mais, sur ce vêtement de femme, il a jeté une peau de lion et son bras traîne une massue. Derrière lui, Xanthias est assis sur un âne et soutient avec peine sur ses épaules une sorte de fourche en bois à laquelle sont accrochés les paquets du dieu. Une série de plaisanteries sur cette étrange façon de porter les bagages remplit toute la première scène (i-3y).
Puis Dionysos s'approche de la porte d'Héraklès et frappe avec sa massue. Héraklès apparaît, éclate de rire devant l'accoutrement de son visiteur et, après quelques facéties, Vexposition commence. Le dialogue des deux acteurs nous apprend que Dionysos descend aux enfers pour en ramener Euripide. Il vient donc chercher d'abord des renseignements et des conseils auprès du seul dieu qui ait déjà fait le voyage. Héraklès répond à toutes ses questions, lui souhaite bonne chance, et Dionysos se remet en marche (38-i64).
Mais Xanthias, fatigué, supplie son maître de louer un mort pour porter les bagages chez Hadès. A ce moment même arrive derrière eux un convoi funéraire. Dionysos, avec force gestes, interpelle le mort étendu sur le lit funèbre qui, tout étonné, se met sur son séant
1. Représentées aux Lénéennes de l'année 4o5. Elles obtinrent le premier rang.
2. On peut se la figurer sous la forme de quelque temple consacre à Héraklès, en Àttique. Je croirais plus volontiers cependant que c'est une maison ordinaire, d'assez pauvre apparence: Héraklès vient lui-même ouvrir sa porte. La maison de Pluton est au contraire une maison de riche.
LES GRENOUILLES l3o
et aussitôt discute le prix du service demandé. Mais la somme qu'offre Dionysos est trop petite pour un mort. Il se recouche avec dignité et ordonne à ses porteurs de continuer leur route. Le cortège se remet en marche et, lentement, fait le tour de l'orchestra, pour disparaître enfin dans la maison de Pluton, tandis que Xanthias recharge sur son épaule les paquets qu'il avait déposés à terre (165-179).
Mais voici justement que la \tifla?rii amène devant les deux personnages une petite barque. Charon s'y tient debout et invite les voyageurs pour l'Hadès à y monter. Dionysos s'approche. Seul, il pourra franchir ainsi les marais infernaux : l'esclave doit faire la route à pied en contournant le bord des marais1. Xanthias, en maugréant, s'apprête donc à faire le tour de l'orchestra qui va, pour un instant, figurer les lacs des enfers. Pendant ce temps la barque de Charon, soulevée par la wyzrr, commence à se diriger vers la maison de Pluton. Dionysos est à la rame, où il s'épuise en mouvements violents, quand tout à coup s'élève le chant de grenouilles invisibles. L'ensemble qui suit est composé de la façon suivante :