Prologue
Praxagora sort de chez elle et suspend une lampe au coin de sa maison le plus rapproché de la parodos de droite 2. C'est le signal qui ralliera les femmes d'Athènes. Puis, seule, dans l'orchestra, elle commence à monologuer comme un héros tragique sur les origines les plus lointaines... de sa lampe. Elle la suit depuis sa naissance sur la roue du potier jusqu'au moment où elle rend aux femmes les services les plus intimes. Cette parodie des prologues d'Euripide, qui commencent si souvent par une généalogie et une autobiographie du personnage principal, ne manque ni d'esprit ni de gaité. Elle est, à vrai dire, en dehors de l'action, mais, par là-même, elle se rapproche de ces jeux de scène imprévus qui ouvrent la plupart des autres comédies (1-27).
Un groupe de femmes arrive lentement par la droite. Praxagora, par prudence, se retire dans la ruelle où elle se dissimule un moment. Quand elle a reconnu des conjurées, elle s'approche et les salue. Puis elle va gratter à la porte de la maison qui fait face à la sienne.
1. Représentée probablement en 3()2 (d'après la scholie du v. 198).
2. Il n'y a pas à suspecter les mots fort intelligibles : sv iùtaqko'.iv/ , dans un endroit bien en vue.
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La voisine sort. D'autres femmes arrivent aussi par petits groupes. Toutes portent des manteaux d'hommes, de grosses chaussures laconiennes et s'appuient sur des bâtons noueux ; elles tiennent à la main d'énormes barbes postiches qu'elles mettront tout à l'heure pour se rendre à l'Assemblée. Pour le moment, elles doivent d'abord répéter les rôles qu'elles joueront sur la Pnyx. Une femme veut s'essayer à la parole. Mais elle révèle son sexe au premier mot en demandant à boire. Une autre se trahit en jurant par les déesses. Une autre s'adresse au peuple en lui disant : « Femmes qui m'écoutez. . . » Tant de maladresses indignent Praxagora. Elle parlera donc seule, et elle prononce en effet un long discours où elle demande pour les femmes la direction des affaires de la cité. Son succès est complet. Tout est donc réglé au mieux maintenant. Il ne reste plus qu'à se rendre à l'Assemblée. Le coryphée1, d'une voix forte qui accentue à dessein le mot wvopsc, donne le signal et les deux demi-chœurs 2 tour à tour défilent dans l'orchestra, puis sortent par la parodos de droite en affectant une démarche lourde qui fait sonner sur le sol leurs grosses chaussures et leurs bâtons (28-3io).
Deux scènes parallèles en trimètres succèdent à cette première exposition. Blépyros sort de chez lui : un besoin pressant l'a fait sauter hors de son lit. Ne trouvant ni son manteau ni ses souliers, il a pris la robe et les sandales persiques de sa femme. Il s'accroupit, gémissant, à l'entrée de la ruelle, contre le mur de sa maison. Son voisin, lui-même vêtu d'une tunique courte, sort de chez lui et le reconnaît. Us causent, Blépyros toujours accroupi, le voisin debout devant lui. Le voisin se plaint de ne plus retrouver sa femme ni surtout son manteau, car il en aurait besoin pour aller à l'Assemblée. Blépyros geint toujours et s'épuise en vains efforts sans pouvoir se soulager (3n-37i). — Au moment où il y parvient enfin, le voisin vient de s'éloigner : c'est un autre de ses amis, Chrêmes, qui entre dans l'orchestra par la droite. Blépyros s'est relevé. Tous deux causent quelques instants. Chrêmes vient de l'Assemblée. Il fait le récit
i . Quatre télramètres iambiques (280-288).
2. Le premier vers est un tétramètre iambique acatalecte avec une tenue à la fin du 4e pied. Le reste de la strophe est composé de prosodiaques logaédiques. Cf. R. et W., p. 65o.
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de la séance singulière à laquelle il a assisté : la Pnyx était pleine dès le point du jour ; on ne voyait que visages inconnus et plus blancs que ne le sont généralement ceux des gens de la campagne. Un orateur a proposé de remettre le pouvoir aux femmes. Le décret a été aussitôt voté : ce sont les femmes qui désormais gouverneront la cité. La nouvelle cause peu d'émotion à Blépyros : c'est un sceptique et un résigné. Il sait d'ailleurs qu'à Athènes les lois les plus absurdes finissent par tourner toujours au bien de tous1. Il s'en remet à Pallas et aux dieux et rentre tranquillement chez lui (372-477).