‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 130 sur 142 · ïambes (le premier élément semble un phérécratien · texte numérisé non relu

ïambes (le premier élément semble un phérécratien

l'assemblée des femmes 161

l'entreprise qui semblait être le sujet même de la pièce est achevée. A quoi sert donc l'àywv? Praxagora ne fait qu'y justifier son succès ; son discours n'est pas un discours de « combat », c'est la proclamation d'un vainqueur qui va organiser sa conquête ; c'est un exposé, ce n'est pas un « débat ». L'exodos trahit aussi une singulière incertitude dans la pensée du poète, car, tandis que toutes les scènes précédentes semblent vouloir montrer le ridicule des conceptions féministes, la fin de la comédie semble au contraire admettre que le nouveau régime a du bon : tous les personnages se précipitent joyeux au festin. C'est qu'en réalité l'exodos est maintenant presque en dehors de la comédie proprement dite : c'est un y.w;j.oç bruyant que l'on coud artificiellement à la pièce ', parce que l'usage veut que toute comédie se termine par un spectacle de ce genre, mais qui n'a pas avec la pièce de lien plus solide que la Cérémonie avec le Malade imaginaire. Avec sa structure si simple en apparence, Y Assemblée a donc beaucoup moins d'unité réelle que des pièces plus compliquées, mais logiquement construites, comme les Cavaliers et les Guêpes. Et nous en avons une preuve matérielle et frappante : c'est que chaque partie de la pièce est jouée par des personnages différents 2 : Praxagora et Blépyros quittent l'orchestra à la fin de l'àywv et n'y reparaîtront plus. De nouveaux acteurs viennent ensuite tour à tour jouer une courte saynète, puis disparaissent de même. Il est vrai que chacune de ces saynètes, prise isolément, est développée avec beaucoup d'art: la petite pièce spirituelle et piquante semble vouloir remplacer la longue comédie d'autrefois où se mêlaient, dans un ensemble complexe, mais solide et vivant, la satire la plus violente, la parodie la plus fine et le lyrisme le plus bouffon.

i. On fait appel, pour ce spectacle, à des danseurs à la mode, comme nous l'avons vu pour les Guêpes; comme je l'ai conjecturé pour Y Assemblée (cf. p. i5g, n. a).

2. Le rôle de l'awjp a' a été le seul effort tenté par Aristophane pour lier les deux moitiés de sa comédie : avant le premier intermède il prononce deux vers (738-729) pour avertir le spectateur que la pièce n'est pas finie et qu'il va revenir dans un moment.

Au fond de l'orchestra, la maison de Chrémyle.

i-252. Prologue.

Par la gauche entrent trois personnages. Le premier est aveugle. Il s'égare dans l'orchestra en détours tâtonnants. Chrémyle et Carion, une couronne sur la tête, le suivent dans tous ses mouvements. Enfin, après quelques allées et venues, Carion éclate et, dans une sorte de r.ionologue destiné aux spectateurs, il nous apprend qu'à Delphes, une folie subite a saisi son maître, qui s'est attaché aux pas d'un aveugle. Chrémyle le fait taire : c'est le dieu lui-même qui lui a ordonné de suivre le premier homme qu'il rencontrerait au sortir du temple. Il a rencontré un aveugle, il l'a suivi. Mais, puisque ce guide ne semble pas vouloir parler le premier, il convient de l'interroger. On arrête donc l'aveugle qui continuait à errer dans l'orchestra et on lui demande son nom. Il refuse d'abord de répondre. Les menaces enfin le décident à parler: il est Plutus, dieu des richesses. Zeus l'a rendu aveugle pour qu'il ne pût distinguer les justes des méchants. Chrémyle et Carion ne songent plus dès lors qu'à une chose : il faut le guérir. Asklépios a déjà fait plus d'un miracle, il rendra la vie à Plutus. Mais celui-ci a peur de Zeus et de sa foudre : il refuse la guérison qu'on lui offre. C'est à ses deux compagnons de l'encourager, de lui montrer qu'il est plus puissant que Zeus et tous les dieux et qu'il n'a personne à redouter. Il cède alors et Chrémyle l'entraîne dans sa maison. — Ce prologue est donc fait d'une scène unique. On peut cependant y retrouver, si l'on veut, les éléments essentiels du prologue comique :

i . Représenté en 388 : on ignore à quelle fête et avec quel succès.

PLUTOS I 63

un jeu de scène plaisant, un récit-prologue, une scène d'exposition et d'action tout ensemble. Cela se rapproche assez de ce que nous avons analysé ailleurs. Mais le jeu de scène du début est plus rapide que de coutume et ne s'accompagne d'aucun dialogue, c'est une courte scène muette ; le récit-prologue est court ; le dialogue d'exposition est au contraire très développé avec des revirements et des péripéties : ce dernier point est entièrement nouveau \

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