Trochées et jicons
Il était difficile au poète d'introduire dans sa comédie le Conseil lui-même. Chez nous, la représentation (nécessairement inexacte) d'une de nos assemblées parlementaires serait-elle possible? Seraitelle même plaisante ? La chose est au moins douteuse. D'autre part, représenter le Conseil par un personnage allégorique, une femme, BouX'r), dont on eût vu le charcutier et le Paphlagonien se disputer les faveurs, c'eut été affaiblir par avance la force comique du personnage si vivant de Démos, en lui donnant un double, dépourvu probablement de vie et de vérité. Enfin, devant ce personnage même, il eût fallu faire jouer à Cléon et à Agoracrite exactement le même rôle que devant Démos. C'est pourquoi le poète a eu recours à un long récit, dans lequel il a mis d'ailleurs toute sa verve et tout son esprit, et, bien que ce récit, ainsi placé au centre même de sa pièce, soit une chose à peu près unique dans son théâtre', il est justifié par les exigences scéniques du sujet. Puisque Aristophane voulait peindre la conquête successive, par le charcutier, du Conseil et de l'Assemblée, il fallait varier par des artifices dramatiques ce qui, dans la réalité, ne pouvait être que répétition monotone des mêmes procédés de basse flatterie.
Le Paphlagonien reparait plein de colère et de haine. Mais la lutte d'insultes et de menaces ne recommence pas entre Agoracrite et lui. Le charcutier se sent plus fort depuis son premier succès. A la première menace de son ennemi, il ne répond que par un danse ironique (G97). Il ne cherche plus à couvrir la voix de son adversaire, il se contente de le railler de sa suffisance. Cléon en appelle à Démos. Les deux adversaires frappent à sa porte. Démos paraît et, sur la demande du Paphlagonien, il consent à écouter les deux parties, pourvu que ce soit dans son domaine propre, sur la Pnyx. Il s'avance donc dans l'orchestra et va s'asseoir sur un banc de pierre. — Ces deux scènes qui servent d'introduction à toute la seconde partie de la pièce, sont en trimètres iambiques.
1. La seule exception est dans le Philus, 653 sqq. Mais le Plu^is n'a presque rien d'une comédie ancienne.
Un nouvel ocy&t commence :
( 756-760. 'ûtôrj.
) 761-763. KataxcXauaiJio;, 2 tétram'etres anapestiques.
) 763-823. *E7Rppi)[ia, 60 tétram. anapestiques.
f 8ai-835. nvtyo;, système anapestiqve (11 éléments).
I 836-84o. 'Avtwôt]'.
\ 84i-842. 'Avtaa-axcXEuaao;, 2 tétram. iambiques.
\ 843-910. 'ÀVTCXippT)(xa, 67 tétram. iambiques. •
[ 911-940. 'AviOTvtyoî, système iambique (3o éléments).
94 1 • Sopay'?.
Cette structure de ràywv est des plus courantes. Elle prête cependant ici à plus d'une remarque de détail.
L'wStq est ainsi composée: ~56, tétramètre iambique; 767-758, tétramètres iambo-trochaïques ; 759-760, tétramètres iambiques. Ce ne sont pas là des mètres chantés l. On peut donc supposer qu'ils sont débités suivant le mode de récitation que les anciens appelaient zapaxa- TaXrpl- Mais est-il vraisemblable, d'autre part, qu'ils soient dits par le coryphée? Ils se distingueraient trop peu, dans ce cas, du xoraxe- Xcuopéç qui suit. On est donc amené à se demander s'ils ne seraient pas récités mélodramatiquement à l'unisson par tout un demi-chœur. La rareté de ce mode de récitation souligne peut-être ici un jeu de scène : les choreutes du premier demi-chœur entourent Agoracrite, comme les amis et les parents entouraient sans doute l'athlète avant qu'il entrât dans l'arène, et, tous ensemble, à haute voix, lui adressent leurs derniers conseils -.
Le xâtrçQteXsuaFpÂ; s'adresse à Agoracrite. Cependant c'est Cléon qui parlera le premier. Cela n'est pas conforme aux usages de l'àywv. Mais, dans notre pièce où le chœur joue un rôle militant, il est clair qu'il ne peut exhorter Cléon. L'èx{ppv3;j.a n'en appartient pas moins en propre à Cléon. C'est lui qui y joue le premier rôle, qui en donne le ton, et, comme il commence avec solennité et emphase, il emploie le