‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 27 sur 142 · Xcpixcv · texte numérisé non relu

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Chanson satirique sur Cléon. — Strophe: quand il aura disparu, on ne trouvera plus dans Athènes « de pilon ni de cuiller». Antistrophe: Quand, jeune encore, il apprenait la musique, il n'a jamais pu apprendre à jouer que « le mode de la corruption ». — Chaque strophe est donc faite pour « le mot de la fin » .

Cléon et Agoracrite reviennent tous deux, ployant sous un faix d'oracles. Ici commencent deux scènes en trimètres iambiques. Elles sont de longueur à peu près égale (n3 et ni vers). C'est le procédé des scènes symétriques que nous avons déjà noté dans les Acharniens. Les thèmes de toutes deux sont analogues. Dans la première, Agoracrite et Cléon flattent la vanité de Démos par des oracles qui lui promettent gloire et bonheur ; dans la seconde, ils flattent sa gourmandise en lui servant tour à tour les plats les plus fins. — La première (997-1 no) donne lieu à un effet rythmique des plus plaisants2. Les oracles sont naturellement écrits en hexamètres dactyliques. Mais les deux concurrents ne se contentent pas d'en lire, ils en improvisent au besoin pour renchérir chacun sur les prédictions de son rival ; le rythme dactylique finit ainsi par s'imposer à eux, et les voilà brusquement qui se contredisent et pérorent en hexamètres ! — La seconde (1 161-1262) fournit matière à des jeux de scène plus vifs encore. Les deux rivaux entrent en courant, se bousculent, s'empressent autour de Démos et l'accablent de prévenances. Enfin, quand la corbeille pleine de Cléon a marqué sa défaite, la scène

1. Glyconiques. La strophe est faite de trois périodes rigoureusement égales: trois glyconiques et un phérécratien.

a. Nous le retrouverons dans la Paix, io63 sqq.

change de ton et s'élève à la parodie tragique. Le Paphlagonien refuse de rendre sa couronne à tout autre qu'au vainqueur prédit par l'oracle. Mais, comme l'Œdipe de Sophocle1, alors qu'il veut, en interrogeant le charcutier, le confondre et se rassurer lui-même, tous les mots de l'oracle se trouvent au contraire confirmés par les réponses d'Agoracrite. Il se laisse alors tomber à terre et emporter dans la <jv.r,rrn en parodiant deux vers charmants de VAlceste. Et les choreutes saluent le charcutier, qui entre en vainqueur dans la maison de Démos.

Entre ces deux scènes se place un intermède chanté. Il se présente sous la forme de quatre strophes égales (iiii-n5o), alternativement données à Démos et au chœur. Le mètre en est le prosodiaque logaédique*, qui, dans Aristophane, semble toujours associé à un défilé. Il est probable qu'il en est encore de même ici. Démos se promène dans l'orchestra : chaque demi-chœur tour à tour lui fait cortège en chantant. Le texte se prête bien à cette hypothèse. Démos, flatté des hommages qu'on lui rend et plus fier encore de révéler les roueries de son égoïsme ingénieux se rengorge en contant ses ruses et se pavane triomphant3.

1263-1315. Seconde parabase.

Elle est tout entière consacrée à la satire.

1 263-1 2-3. 'Q<2rr Contre Thoumantis. Le rythme est dactyloépitritique. Les premiers mots sont le début d'un poème de Pindare (IV. 89 Christ). Le ton même rappelle la grâce aisée de Pindare dans ses passages de spirituelle familiarité 4.

127/1-1289. 'E^pprjiJix. Contre Ariphradès.

1 290-1 299. 'Av-o)$^. Contre Cléonyme.

i3oo-i3i5. 'AvreirfppiQjju. Contre Hyperbolos (sous forme de conte : « La conjuration des trières »).

1 . L'allure générale de la scène rappelle l'Œdipe Roi (et un peu aussi Y Odyssée, IX, 5o7 sqq); mais les deux vers ia'ioet 12A9 sont empruntés l'un au TéVephe, l'autre au Dellérophon d'Euripide.

2. Chaque strophe est composée de deux périodes inégales (4 et G x<oXa).

3. On trouve un intermède de mouvement analogue dans la Paix, 856 sqq.

4. Remarquez surtout l'ironique gravité du début de l'antistrophe.

La pièce est finie après la défaite de Cléon. Tl ne reste plus qu'à montrer l'apothéose d'Agoracrite et l'humiliation de son adversaire. Les portes de la maison de Démos s'ouvrent toutes grandes. Comme un héraut de fête, Agoracrite vient proclamer solennellement que l'heure est à la joie et que Démos a retrouvé sa jeunesse et sa raison (i3i6-i334, tétramètres anapestiques). Démos apparaît, en effet, rajeuni, radieux. Au souvenir de ses faiblesses pour Cléon cependant, il rougit et baisse la tête. Publiquement il affirme son repentir et ses résolutions pour les jours qui suivront (i335 sqq., trimhtres iambiques). La comédie s'arrête là dans nos manuscrits. Mais il n'est pas douteux qu'elle ne soit inachevée. Cléon était sans doute traîné dans l'orchestra. Là, on le traitait peut-être comme une victime expiatoire (i4o5, çap[/r/.éç); on lui mettait dans la main un fromage, une galette, des figues, et le chœur le suivait en le huant et en le flagellant avec des scilles et autres plantes sauvages1.

Les Cavaliers ne sont donc pas conçus sur le même plan que les Acharmens. Ils ne se divisent pas en deux moitiés égales, la première étant la peinture d'une lutte, la seconde nous montrant, en une série de tableaux, les conséquences de la victoire. Jusqu'à la seconde parabase, les Cavaliers ne sont que la représentation d'un long combat. Cléon était, à ce moment même, au plus haut point de sa puissance. Son succès à Sphactérie avait accru encore sa popularité. Quand on s'en prend à de pareils hommes, il faut frapper fort et longtemps. Un assaut bref et courtois serait vain et paraîtrait ridicule. C'est l'àpreté et l'obstination de l'attaque qui la rend efficace : la violence n'échappe à l'impuissance que par son excès même. La seule difficulté était pour le poète d'éviter la monotonie dans la violence. Aristophane a donc divisé sa pièce en deux parties très distinctes (terminées chacune par une parabase). La première, toute en combats, met aux prises Cléon et Agoracrite : elle tient presque entièrement dans la scène de bataille (3o3-456) assez complexe et libre d'allure,

i. Cf. Tzctzès, Chil., V, 726: xjcdv ts So'vts; tîJ jçip\ xa\ [xàÇav xai la^âSa;, l"i/.i; pam'aavTs; Èxsîvov (tov 9ap;j.axo'v) sic xô tzbo; ax:'XXai; auxaî; à-foia-.; tô xal aXXot; Tôv àyotav. Voyez aussi Hipponax, fr. 5 et 7.

dont nous avons analysé la composition plus haut. La seconde montre les deux adversaires devant Démos luttant à coups de flatteries et de bassesses : elle se développe en un Srpa* régulier suivi de deux scènes symétriques. Entre ces deux parties, un récit. Enfin, pour conclure la pièce, un tableau brillant et plaisant à la fois nous montre Agoracritc triomphant et Démos rajeuni. La structure de la comédie peut donc se résumer ainsi :

i-a4a. Prologue.

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