‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 67 sur 142 · Cf. Paix · texte numérisé non relu

Cf. Paix

seul personnage qui ne voulût la paix ? Comment donc a-t-on pu tarder si longtemps à la conquérir ? voilà plutôt ce qui est fait pour étonner. L'homme ne renonce pas si vite à des sentiments qui l'ont guidé pendant de longues années et il veut toujours justifier à la fois sa conduite passée et ses revirements... « Pourquoi luttions-nous donc jadis avec tant d'acharnement ? » telle est l'idée immédiate qui traverse l'esprit des spectateurs athéniens et c'est la réponse à cette question qui doit être le centre même de la pièce et remplacer une discussion, un àywv, qui n'a pas cette fois de raison d'être. Cette réponse, ce n'est pas Trygée qui la donnera, car il est trop partial ; ce sera Hermès, mais Hermès parlant au nom de la Paix elle-même. Le premier épirrhème ramène l'auditeur athénien en arrière et lui montre qu'il fut dupe d'une illusion, qu'il n'obéissait qu'aux calculs intéressés de ses chefs, quand il croyait avoir toute la Grèce contre lui. C'est la thèse des Acharniens reprise avec plus de précision et étendue aux Lacédémoniens '. Trygée, par un brefTcvïyoç, rapide oraison funèbre de Cléon, écarte d'un geste définitif tout ce passé douloureux. Le second épirrhème est consacré à l'avenir : la paix se renseigne sur ceux qui gouvernent la cité. Trygée rougit d'avouer que le parti démagogique est toujours au pouvoir. Mais il ne veut pas s'arrêter à cette idée ; il dédaigne trop Hyperbolos pour croire qu'il puisse rester populaire- quand Athènes aura avec le calme retrouvé son bon sens. La guerre a troublé même les esprits les plus sains : Sophocle est devenu avare ! Quant à Cratinos, c'est un homme mort depuis qu'il a vu une jarre pleine brisée par les Lacédémoniens, et le vin qu'elle contenait perdu ! Cette dernière plaisanterie soulignée par un jeu de scène ■' remplace Vo^r.'.-^oç. La déesse fait un geste d'horreur, et Trygée, abrégeant son énumération, termine simplement par ces deux vers :

XaTepa toV àrr' ofct ysyavrlaO' Èv Tfj nôXei ;

i. Au vers 6a5, les mots toï; vîtopyoï; désigne aussi bien les laboureurs du Péloponnèse que ceux de l'Attiquc, comme le montrent les vers suivants, a. Cf. Paix, 685 : aXX' oùxsV aù-to •/prjsof.uO' oùSev ...st. t. ï.

3. Voyez la sebolic : côofttp ÈxîTXayîteTiç t»j; EîprJvTj; im^ayE xô xal STêpa TOiaûia yîYovc'va'. Èv -rt nôXet.

4. 11 n'y a rien dans tout cela qui prouve un remaniement quelconque du texte

L'ôywv est terminé. Suivant l'usage, une courte scène en trimètres (706-728) va à la fois servir de conclusion à la première partie et de prologue à la seconde. Hermès donne à Trygée Opôra pour lui-même et Théôria pour le Conseil. Trygée réclame son escarbot, mais il est remonté chez les dieux (entendez que la jxr^/av^, aussitôt après avoir déposé Trygée à terre, a emporté la nacelle et a disparu). Il suit donc le chemin que lui indique Hermès ; il pénètre dans la grotte où était cachée la déesse, frôle la statue en passant1 et disparaît derrière elle. Hermès rentre dans la maison de Zeus.

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