Avec quelques éléments trochaïques. Cf. R. et W., p
2. Trochées et crétiques. Les épirrhèmes de Trygée sont des tétramètres trochaïques. Voyez notre édition de la Paix, p. n4 sqq.
3. Systèmes anapestiques (464-466, 469-472) avec quelques exclamations de rythme crétique.
4. Le changement de rythme du vers 426 correspond à la soudaine résolution d'Hermès, qui passe brusquement du côté du chœur. — Je donne aussi à Hermès
s'écarte des acteurs ; quelques choreutes entrent ' dans la grotte, d'autres, à l'entrée, préparent cordes et leviers.
Alors Trygée commence l'invocation aux dieux (43 1 sqq.). Hermès, héraut du ciel, prend le rôle de héraut des hommes. La coupe d'or que Trygée vient de lui donner servira aux libations rituelles. Il se campe donc dans l'attitude des crieurs publics d'Athènes et d'une voix indifférente et criarde clame les formules sacrées : chacune de ses invocations est plaisamment complétée par Trygée qui l'achève en souhait burlesque.
Quand les prières sont finies, les manœuvres commencent. Les choreutes glissent leurs épaules sous les cordes et tendent l'échiné : de brèves exclamations et de courts systèmes anapestiques rythment l'effort des travailleurs2. Deux fois cet effort est vain et deux fois, tandis que tout le monde s'interrompt et souffle, Trygée et Hermès accusent la mollesse ou la malveillance de tel ou tel groupe de choreutes. La symétrie de ces efforts et de ces repos alternés est soulignée par un jeu de scène qui se laisse aisément deviner sous les mots du texte. A la fin de sa première tentative, le chœur invite aigrement Trygée et Hermès à mettre, eux aussi, la main aux cordes. Trygée veut faire du zèle, il saisit une corde, tire avec une ardeur affectée, et, en s'arc-boutant, heurte du pied un choreute : il chancelle et tombe en invectivant l'auteur involontaire de sa chute. Au moment de la seconde tentative, Trygée se trouve cette fois près de choreutes pleins d'ardeur qui, en se plaignant de la mauvaise volonté de leurs camarades, donnent intentionnellement un brusque coup d'épaules en ayant, et renversent Trygée. Il se relève en murmurant, non sans quelque mauvaise humeur : « Vous, en tout cas, les affamés de paix, vous tirez bravement ! »
La conclusion de ces deux groupes symétriques est faite de quatre tétramètres trochaïques suivis d'une strophe iambique (5o8-5io,). Le coryphée prend une brusque résolution : il écarte du chœur tous ceux
les vers 433-438, d'accord avec les manuscrits et les scholies. Voyez notre édition de la Paix, N. C, p. n6.
i. Cf. 427» eîaidvTï?.
2. Cet effort haletant est traduit par l'accumulation des longues dans les systèmes anapestiques.
qui se sont fait remarquer par leur mauvais vouloir ; les vrais laboureurs de l'Attique à eux seuls sauront bien venir à bout du labeur entrepris. Un dernier effort est tenté, et la Paix en effet sort de sa grotte. Trygée longuement la salue en évoquant toutes les images gracieuses qu'elle rappelle à la mémoire de tous. Il signale dans les rangs mêmes des spectateurs la joie qui se peint sur le visage des vignerons et des laboureurs, le dépit et la colère qui éclatent dans les traits des marchands d'épées et de cuirasses (trimètres iambiques). Puis il donne le signal du départ ' (tétramètres trochaïques avec Ttviycç) : les choreutes se rassemblent et défdent en masse compacte ; leurs pioches et leurs fourches sur leurs épaules resplendissent au soleil. Comme Trygée le leur a ordonné, ils chantent un hymne à la déesse reconquise2.
Les deux vers (601-602) qui succèdent au chant du chœur ont l'allure d'un xrcax£}v£uqj.sç et ouvrent un àywv :
( 601-602. Kata/EXsuapLO;, 2 tétramèlres trochaïques. < 6o3-65o. 'Empp7\[nx, l\~] létramètres trochaïques. ( 65i-656. rivtfo;, système trochaïque (6 éléments).
) 657. 'AvT'.xaTa/.£À£uafjio;, 1 trimetre iambique.
( 658"7o5. 'AvT£Juppr)[j.a, !\~j trimètres iambiques.
Cet àywv présente de nombreuses irrégularités qui peuvent faire douter de sa nature : il n'y a pas de correspondance rigoureuse entre les deux parties ; les mètres ne sont pas ceux qu'on trouve en général attribués à l'ôyaiv: enfin — et c'est là l'objection la plus grave, car elle touche au fond et non plus seulement à la forme — il n'y a point là de discussion : doit-on donner le nom d'àywv à un simple dialogue ? Avant de répondre non, il convient du moins de se demander si une discussion était à sa place dans une pièce comme la Paix : il faut donc comprendre quelle était l'intention du poète en écrivant sa comédie.
1. Trygée, dans le texte traditionnel, invite par trois fois le chœur à chanter (555. 56o, 58 1). La chose est inadmissible. Je crois qu'il faut attribuer au premier parastate les vers 556-559 c* au second 56o-56i. A ces vers correspond un mouvement du chœur qui se masse devant la statue de la Paix pour chanter le péan, quand Trygée en donnera le signal (ce qu'il fait au vers 58i).
2. Le chœur devrait ensuite sortir. Mais, par une invraisemblance nécessaire, il reste dans l'orchestra ses outils en main (cf. 729).
Depuis trois ans déjà Athéniens et Spartiates étaient las de la guerre : le désastre de Pylos (425) avait abattu le courage de Sparte ; les combats de Délion (J\i(\) et d'Amphipolis (A22) avaient porté de rudes coups à l'orgueil d'Athènes. La mort de Cléon et de Brasidas vint donner une autorité nouvelle aux partisans de la paix : Nicias à Athènes, Plistoanax à Sparte, travaillèrent aussitôt avec ardeur à conclure une paix durable. Mais rien n'était plus difficile que d'arriver à s'entendre. Certaines cités grecques trouvaient avantage à la continuation de la guerre : Argos qui voyait Sparte s'affaiblir dans cette lutte, Thèbes qu'avait enivrée d'orgueil sa récente victoire à Délion, enfin Corinthe et Mégare qui haïssaient profondément Athènes et craignaient sa puissance envahissante. A Athènes même on élevait des prétentions de nature à faire échouer les négociations, et Sparte, de son côté, en proclamant partout qu'elle allait établir des forts en Attique, au lieu d'effrayer sa rivale, ne faisait que l'exaspérer. C'est pendant les mois où les négociations de paix se poursuivaient et où des heurts continuels menaçaient de les faire échouer qu'Aristophane écrivit sa comédie.
L'intention du poète n'était plus comme à l'époque des A charniens de faire seulement accepter l'idée de la paix : tous maintenant la souhaitaient avec ardeur. Ce qu'il voulait, c'était célébrer par avance cette paix si longue à venir, si chèrement payée, et faire disparaître dans un immense mouvement de joie et de délivrance tous les sentiments mesquins et dangereux d'amour-propre qui retardaient l'apaisement. La paix était toute proche : il ne fallait que montrer aux Athéniens combien elle était facile à acquérir et quelle joie ce serait partout de la revoir enfin. Pour cette ville où, depuis dix ans, se pressait une population rurale qui s'énervait loin des champs, le suprême bonheur ne devait-il pas être de voir les portes s'ouvrir, chacun courir à ses vignes et les robes des femmes aux plis gracieux se répandre à travers les champs1 ?
Dans ces'conditions était-il possible à Aristophane d'instituer une discussion en règle sur les avantages de la paix? Mais qui eût représenté le parti de la paix, alors qu'il n'y avait pas dans l'orchestra un