‹ Essai sur la composition des comédies d'AristophaneChapitre 80 sur 142 · Parodos · texte numérisé non relu

Parodos

La parodos est compos ée d'une longue scène en tétramètres trochaïques qui peut se diviser en deux parties :

267-293. Le chœur n'entre pas tout de suite. Il semble qu'Aristophane ait voulu graduer ses effets et, comme dans une féerie, préparer le public au spectacle merveilleux qu'il va lui offrir. Un oiseau étrange apparaît à une des parodoi, puis deux autres successivement surgissent sur des rochers1 au fond de l'orchestra, un quatrième se

1. Les mots Xôpov xaTSiXr)s>ai; sont évidemment à double sens, ainsi que sjt'i Xôçtov

OtXOJÇflV.

100 tES OISEAUX

montre à l'autre parodos. Tous ont sur la tête une immense aigrette et des costumes luxueux et bizarres. Ce sont très vraisemblablement des musiciens, des flûtistes, qui, dans quelques instants, accompagneront l'entrée du chœur du babillage ininterrompu et criard de leurs instruments1.

2()/i-326. Ce n'est qu'avec le vers 294 que commence la véritable parodos. Les 2/1 choreutes entrent dans l'orchestra2 et Pisétaire les nomme au fur et à mesure. Ils sont divisés en deux demi-chœurs, en mâles et en femelles3. Tous s'agitent au son des flûtes bavardes qui imitent leur gazouillement confus. Quand ils sont tous assemblés, ils interrogent' la Huppe. Celle-ci leur montre Evelpide et Pisétaire qui s'étaient jusque-là dissimulés contre un rocher.

La scène qui suit est, dans ses grandes lignes, construite comme un T(w. Mais, cette fois, il faut prendre le mot dans son sens le plus matériel, car c'est une véritable bataille qui se livre à ce moment dans l'orchestra entre le chœur et les deux Athéniens, et ceci détermine certaines particularités de structure qu'il importe de noter:

f 327-335. 'ÛtSrf.

} 336-3/j2. IIpo£7î;ppT)[i.a, 7 tétramètres trochaïques.

( 343-35i. 'AvTu>8rf.

352-353. KaTaxEXsuajJid;, 2 tétramètres trochaïques. 354-386. 'Entpprjpa, 33 tétramètres trochaïques. 387-399. n^iyoç, système trochaïque (i3 éléments).

1. M. Willems (Bull, de l'Acad. royale de Belgique, 3" série, t. XXXII, n° 11, 1896) croit que ce sont que des chefs de chœur. Mais ces coryphées qui apparaissent d'abord seuls sur des cimes, qui descendent ensuite dans l'orchestra, sans que rien dans le texte indique ce mouvement, et surtout qui restent si longtemps muets et comme indifférents, me semblent peu vraisemblables. D'autre part, ce ne sont ni des choreutes, puisqu'ils se présentent individuellement et en dehors même du cercle de l'orchestra, ni de simples figurants, car de quelle utilité seraient ici ces figurants impassibles? S'ils sont des musiciens, on comprend au contraire qu'ils puissent rester à la place où ils se sont montrés pour la première fois et d'où ils accompagneront, sans les gêner, les évolutions du chœur.

2. Probablement par la parodos de gauche. Au v. 29G, sVaoSo; doit avoir le même sens que napo8o;.

3. Cf. Sch. Cav. 589: outo; â^yjpiOfirjacv sv "Opvtatv à'ppeva; p.Èv ôpviç t6', 6r,À£!a;

4. Probablement les deux chefs de demi-chœurs. Les vers 3io et 3i5 semblent devoir être mis dans deux bouches différentes.

LES OISEAUX IOI

L'wor,1 se préservte ici sous une forme assez semblable à celle que nous avions déjà remarquée dans les Cavaliers (3o4 sqq.) et dans les Guêpes (333 sqq. ; 52Ô sqq.): deux morceaux lyriques y sont séparés l'un de l'autre par un court épirrhème trochaïque. Il y a pourtant cette différence qu'ici il ne s'agit pas à proprement parler de deux strophes, comme dans les Cavaliers, mais d'une strophe et de son antistrophe. C'est qu'ici l'àywv est simple : l'w&rç ne doit point avoir d'àvTwcr,, et, à la fin de l'àywv, les sentiments du chœur ayant complètement changés ne donnent pas lieu à une reprise du même thème. Quant au développement assez étendu de cette wStq, il s'explique sans peine par le mouvement scénique. A la réponse de la Huppe, le premier élan du chœur le porte à maudire son roi qui l'a trahi : c'est le thème de la strophe ; le second le lance contre l'ennemi héréditaire qu'il provoque et menace. Mais, entre les deux mouvements, le poète place un bref et plaisant dialogue des deux Athéniens, Evelpide gémissant, Pisétaire raillant toujours.

Le y.2-x/,z.Kij-[xi: mérite bien son nom cette fois : il est un ordre de marche. Et Yk-zippr^x n'est qu'une description active du combat. Le chœur, en bon ordre, s'avance contre Pisétaire et Evelpide. Assez rapidement ceux-ci repoussent leurs adversaires et campent sur leurs positions. Le -v.yoq s'achève par une sorte de chant enflammé de Pisétaire qui, la broche au poing, monte la garde autour d'une marmite et de deux plats.

A cette scène toute de mouvement et d'action, Aristophane adonné pour conclusion un ensemble lyrique assez étendu ". Il eût été peu vraisemblable que la colère du chœur s'apaisât brusquement. Les choreutes reculent d'abord en bon ordre : un court système anapestique marque leur retraite. Puis un dialogue chanté entre eux et la Huppe laisse voir leurs inquiétudes. Us font quelques concessions. Ils consentent à interroger et, quand la Huppe leur a révélé ce qu'apportent les deux étrangers, ils bondissent de joie. Le mètre traduit fidèlement ces diverses phases :

i. Anapestes et péons? La scansion de ce passage est difficile: cf. R. et YV., p. 749 et 170.

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