Trochées et dactyles. Cf. R. et \V., p. 3g
3. Pour la scansion, comme pour l'analyse des thèmes poétiques de tout ce morceau, voyez la remarquable étude de Wilamowitz, Texlgeschichte, p. 91 sqq.
4. Tétramètres iambiques (i3i6 sqq.). Ils sont très probablement chantés: les deux premiers commencent par un dactyle.
5. Cf. Pollux, IV, 102: EStt Ôà âXXïaQa'. y.a;. |aueiv toi$ Ttoai spôc "i; nyyaç.
La composition générale de Lysistrata est d'une grande simplicité. Un prologue nous fait connaître le complot des femmes ; une bataille nous montre leur esprit de décision et leur audace, un àywv nous expose leurs raisons d'agir. La seconde partie de la pièce nous dépeint en deux groupes de tableaux successifs les conséquences de leur révolte. Enfin nous assistons à leur triomphe : Athéniens et Lacédémoniens, dansant tous ensemble, leurs femmes à leurs côtés, se réconcilient et se jurent alliance éternelle. Considéré isolément, chacun de ces groupes est aussi d'une structure fort claire. Le prologue est rapide, logique et net ; les tableaux de la seconde partie sont ordonnés et gradués d'une façon simple et prévue. Mais, quand on y regarde de plus près, certains détails trahissent l'incertitude et la gêne. L'iyoV/ ne remplit pas son cadre. La parabase n'exprime ni plaintes ni conseils sérieux. On sent dans tous les chants du chœur un parti pris de bouffonnerie qui manque de franchise et de sincérité. Toutes les formes lyriques ont été compliquées à plaisir pour produire des effets faciles : la parabase, la parodos se terminent toutes deux par des combats entre les deux chœurs, les yopteâ de la seconde partie par des provocations grossières. Tout ce luxe d'effets scéniques ne sert, au fond, qu'à faire dévier la pièce, à en dissimuler le véritable objet. La question principale ne semble plus être : « Faut-il faire la paix ? » mais : « Faut-il céder aux femmes ? » La comédie est bâtie tout entière sur cette équivoque et Vàyw lui-même ne développe que ce thème : « La femme traitera mieux que l'homme les affaires de la cité. » On sent là une ambiguïté voulue. On devine la préoccupation, la fatigue un peu découragée du poète. L'ensemble de la comédie n'est pas véritablement gai. Les Acharniens, composés dans des circonstances analogues et d'après des procédés tout semblables d'équivoque volontaire, étaient d'une bouffonnerie jeune et franche : Lysistrata est d'une bouffonnerie inquiète et lasse.
Deux autres particularités différencient encore Lysistrata des pièces précédentes. On y trouve une action continue qui ne s'arrête pas à la première parabase, mais se prolonge jusqu'à la scène finale, où elle trouve son dénouement. Les tableaux de la deuxième partie nous peignent sans doute les conséquences d'une entreprise du protagoniste, comme dans les autres comédies, mais l'entreprise cette fois n'est pas
achevée ; un intérêt de curiosité subsiste jusqu'à la fin de la pièce : Lysistrata triomphera-t-elle des Grecs? La comédie d'Aristophane semble donc ici tendre vers la pièce d'intrigue. D'autre part, le rôle de la scène de bataille a été fort amoindri. L'âywv de Lysistrata est bien précédé d'une bataille, mais cette bataille est courte ; elle n'est pas réglée musicalement par des rythmes comme les grandes scènes analogues des Acharniens, desCavaliers, des Guêpes, des Oiseaux : elle n'est qu'un saisissant coup de théâtre qui vient animer brusquement une scène jusque-là toute en discours ; elle ne fait pas elle-même le sujet d'une scène. C'est que le chœur n'a plus dans la pièce le rôle qu'il avait autrefois. Il n'est plus un véritable acteur, il n'est qu'un auxiliaire des acteurs. Ceux-ci vont peu à peu le réduire au rôle de confident, puis de simple spectateur.