‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 1 sur 162 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Deux grands faits dominent toute l'histoire du IV* siècle et la résument à eux seuls ; . c'est, d'une part, le triomphe du christianisme, et, de l'autre, la pénétration de l'Empire par les Barbares.

L'attention s'est portée de préférence du côté de

l'Eglise. Il suffit de rappeler le bel ouvrage où M. le duc de Broglie a mis en pleine lumière l'influence alors prépondérante de la nouvelle religion ^ La politique de Constantin et de Théodose est une politique toute chrétienne ; les plus grandes %ures du temps sont celles des évêques, des Athanase, des Basile, des Ambroise, des Ghrysostome.

* L'Église et VEmpire romain au iv* siècle, 6 yoI. in-8, Paris, 1860-1866.

v!ii INTRODUCTION

Le rôle des Barbares à la même époque n'est pas moins important. Appelés eux aussi à devenir un des principaux éléments de la transformation sociale qui s'accomplit du iv^ au vi* siècle, ils pénètrent de toutes parts la société romaine et préludent ainsi à la conquête par laquelle ils allaient substituer un monde nouveau à l'ancien.

Leur triomphe ne fut pas l'œuvre d'un jour. Préparé de longue date, il s'opéra par l'infiltration lente et progressive, mais continuelle, des Germains dans l'Empire, et n'entraîna la chute de ce dernier qu'après sa complète dissolution. Gomment et par quels degrés a pu se produire une telle transformation ? Quelle était, dès le IV* siècle, la condition des Barbares établis sur le sol romain ? Gette question nous a paru fournir la matière d'une étude intéressante et utile. Nulle part, que nous sachions, elle n'a été traitée directement et dans son ensemble. Souvent abordée par nos historiens et nos jurisconsultes, car elle touche au droit aussi bien qu'à l'histoire, elle a donné lieu à des aperçus généraux, précieux et féconds à certains égards, mais détachés, sans cohésion, et par là même incomplets.

Ge n'est là du reste qu'un côté de la grande question des rapports des Romains avec les Barbares, question qui se rattache étroitement à celle de la poUtiqùe romaine. Rome conquit le monde non-seulement par force des armes, mais encore par l'habileté de sa politique. Les chapitres de Montesquieu sont dan§

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toutes les mémoires *, ainsi que les vers du poète latin :

Tu regere imperio populos, Romane, mémento ; Hœ tibi erunt artes, pacisque imponere morem, Parcere subjectis et debellare superbos *.

Cette politique, on la retrouve à toutes les époques, appliquée aux Barbares comme aux peuples du Latium, de l'Italie, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l'Asie et de l'Afrique.

Les moyens que Rome employa pour subjuguer les Germains ne difiëraient point de ceux auxquels elle avait l'habitude de recourir. Elle cherchait à semer parmi eux les divisions, à entretenir hîs haines, les jalousies, les rivalités dépeuple à peuple, à les opposer les uns aux autres, afin d'épuiser leurs forces dans des luttes intestines dont elle savait profiter. Elle ne négligeait aucune occasion de s'immiscer dans leurs propres affaires, de s'interposer comme protectrice ou comme arbitre de leurs différends. C'était un premier pas vers la conquête. Les rois qui tenaient d'elle leur couronne et leur autorité se montraient généralement dociles, sachant que son abandon leur serait aussi funeste que son appui leur étaif^avantageux. La clientèle romaine comprenait des princes de toutes les nations. Rome ne concluait jamais un traité d'alliance soit offensive, soit défensive, sans se réserver des otages comme garanties

Grandeur et Décadence des Romains^ c. vi-xviii, 2 Virgile, Enéide, VI, v. 852-854,

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