‹ Essai sur la condition des barbares établis dans l'empire Romain auChapitre 2 sur 162 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

du traité ; ces otages étaient choisis parmi les personnages les plus considérables du pays ; c'étaient les fils, les plus proches parents du roi, du chef de la nation, les héritiers futurs de son nom et de sa puissance. On les conduisait à Rome où ils passaient les années de leur jeunesse., où ils recevaient une éducation toute romaine, et ils ne rentraient dans leur première patrie que pour y apporter les idées dont ils avaient été imbus. Tacite ne craint pas de nous dire que cette coutume de donner des rois aux peuples, aux cités conquises, remontait à une haute antiquité chez les Romains, et qu'elle était entre leurs mains un instrument de domination ^

Il y avait une hiérarchie dans l'amitié romaine, des amis de différents degrés, selon les services rendus, selon les preuves de dévouement et de fidélité données à la cause de la République. Chacune de ces classes avait ses privilèges, ses obligations particulières. Elles ne se confondaient point entre elles. L'habileté souveraine de cette politique consistait à assurer le maintien de rinfluence et de la prépondérance romaines tout en professant le respect des institutions, des mœurs, des traditions locales. Rome accordait une place dans son organisation sociale, politique et militaire, à tous ceux qui voulaient y entrer comme elle avait ouvert son Panthéon à tous les dieux de l'univers. Il suffisait de

1 Tacite, Vita Agricoiœ, c. xiv.> Vetere acjampridem recepta

populi Romani consuetudine, ut haberet instrumenta servitutis et reges. >»

INTRODUCTION xi

reconnaître sa suprématie et d'obéir à certaines de ses lois.

Les Barbares, eux aussi, entrèrent dans TEmpire à des titres divers; ils servirent à le peupler et à le défendre avant d'en devenir les maîtres. Rome, en les attirant à elle, en les mêlant aux populations déjà soumises, à ses anciens sujets, ne s'écarta point de la ligne de conduite qu'elle avait suivie jusque alors. Ne pouvant triompher des Germains par la seule force des armes, elle chercha à les vaincre par sa politique, à se les assimiler comme elle s'était assimilé le reste du monde. Le succès cette fois ne répondit plus à son attente ; elle ne fit que précipiter sa chute. Il ne pouvait en être autrement, car, si la diplomatie des Romains n'avait pas changé, la constitution intérieure de l'Empire s'était profondément modifiée. Cette force d'assimilation , si puissante , si féconde , tant que l'élément romain était resté l'élément prépondérant, tourna contre Rome le jour où, ayant plus à recevoir qu'à donner, elle se trouva à la merci des étrangers et ne put subsister que par eux. Les Barbares, supérieurs par le nombre, par la valeur personnelle, initiés à toutes les faiblesses d'une société amollie et corrompue comme celle au milieu de laquelle ils vivaient, n'eurent pas de peine à la dominer, à y occuper le premier rang. Dès lors, il advint ce qui devait infailliblement arriver : la domination romaine fit place à celle des Barbares ; la révolution politique fut accomplie en fait comme en droit.

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