LES COLONIES MILITAIRES MODERNES
qui existait pour désigner les terres militaires concédées par les empereurs, fîit adopté par les Barbares déjà fiamiliarisés avec la langue et les institutions de Rome. Cette coïncidence ne suflSt point pour autoriser à confondre le bénéfice mérovingien avec le bénéfice romain et à lui attribuer une origine romaine. Ce n'est pas du reste la première fois qu'on retrouve ainsi, chez des peuples plus étrangers les uns aux autres que les Germains ne Tétaient aux Romains, dés institutions en apparence de la même famille, mais nées spontanément dans différents siècles et sans aucun lien de parenté ^
Le système des colonies militaires n'est pas exclusivement propre aux Romains ; il a été adopté par certains peuples de l'Europe moderne, notamment par l'Autriche et la Russie ; les régiments-frontières de la Hongrie, de la Croatie et de la Slavonie, les colonies militaires de la Russie méridionale sur les bords de la mer Noire, offrent plus d'une analogie avec les Lœti de l'Empire. Le maréchal Marmont, duc de Raguse, nommé après la paix de Vienne, en 1809, gouverneur général des provinces illyriennes, avait été chargé par Napoléon de lui présenter un mémoire sur les régiments-frontières ; ce mémoire a été publié plus tard dans la Remie rétrospective ^. En outre, il nous a laissé dans ses Voyages ^, le meilleur sans contredit et le moins connu de ses ouvrages, une appréciation fort remarquable de ces établissements militaires qu'il avait
* Guérard, Polyp, d'Irm, — La milice feudataire ou bénéficiaire des Timariotes chez les Turcs (militia beueficiaria) offre un curieux exemple de ces analogies. (Voir pour plus de détails sur les Timariotes notes et éclaircissements n° 6.)
2 Le duc de Raguse, Mémoires sur les régiments-frontières. Revue rétrospective, 2* série, t. I.
' Voyages du duc de Raguse en Hongrie^ en Transylvanie y dans la Russie méridiomAey etc,,,, 1. 1, p. 82-103, 5 vol. in-8. Paris, 1837.