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I. Obscurités et difficultés de l'art médical

I. — Avant de songer à prolonger la vie en conservant la santé» il faut que la santé«xiste; et si, au lieu de la santé, le médecin rencpntre une maladie, il doit d'abord k gu^r.

Ce raisonnement parait évident, évident jusques à la niaiserie; mais pour ceux qui ont sondé les profondeurs de la science, il soulève déjà des difficultés. L'ignorance est heureuse de ne pas se douter de toutes les arguties dont les savants ont entouré les mots les plus simples.

Les auteurs ne sont pas bien d'accord sur la définition de la maladie : par conséquent, ils sont tout aussi embarrassés pour bien préciser la difiTérence entre la maladie et la santé. Ces obscurités tiennent au vague des opinions sur la nature de rhomme et l'essence même de la vie.

Galien a donné, la définition la plus célèbre, celle qui, avec quelques modifications, a servi de base à bien d'autres chez les modernes : « La maladie, dit-il^ est un état contre nature, « dont la principale condition est de nuire à l'exercice des « fonctions. »

Cette définition de l'oracle de Pergame laisse beaucoup à désirer. Il n'y a pas de doute que la maladie est, pour l'être humain, un état exceptionnel et momentané ; tous les hommes n'ont pas été créés pour passer leur vie entière dans leur lit, ou bien en robe de chambre et en bonnet de nuit; mais il n'en résulte pas que la maladie soit un état contre nature; car, si l'on veut bien réfléchir, on s'aperçoit que toutes les

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maladies soDt le résultat d'une ou de plusieurs de ces causes que l'on est conveau d'appeler lois de la nature. Enfin, si la maladie était un état contre nature, il faudrait nier l'existence des crises fayorables, ces luttes de la résistance vitale pour revenir à ta santé. Il est yrai que certains oracles de l'enseignement officiel ont nié cette force médicatrice naturelle; ils refusent d*adxxiettre Texistence de ces crises qu'on pourrait appeler curatrices ; mais les praticiens de toutes les époques ont été forcés de les reconnaître, parce que les faits dominent les théories.

Par exemple , après qu'un poison acre a pénétré dans Torganisme, il se manifeste divers accidents occasionnés par le poison lui-même ; mais aussi il s'en manifeste d'autres qui sont évidemment Teffet de la force médicatrice. Cette nouvelle maladie, qui complique la pr^mière^ ne peut certes pas plus s'appeler un état contre nature, que les troubles artificiels des fonctions occasionnés par le vomitif ou le drastique ordonnés par le médecin. Dans les afiections chroniques, on observe un phénomène du même genre ; il arrive souvent que la maladie change tout à coup de caractère et qu'elle est remplacée par une nouvelle maladie de solution dont l'issue est quelquefois^ funeste, souvent aussi favorable. Peut-on appeler un état contre nature cette nouvelle maladie dont la cause est encore un effort de la force médicatrice naturelle ? Évidemmebtnon.

Il n'est pas exact non plus de dire qu41 y a maladie toutes les fois que les fonctions normales scmt troublées. A ce compté, on serait malade parce que :l'on a éternué un peu fort, ou bien, parce qu'après s'être refroidi, on sera couvert d'une abondante transpiration I

Ces critiques sont dirigées contre^la définition de Galien par une sorte de précaution oratoire; elles pourraient s'adresser à plusieurs auteurs modernes ou contemporains; mais, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, il ne convient pas de trop multiplier les polémiques. Établissons seulement un fait : la

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science médicale est embarrassée pour bien définir la santé et la maladie, soit parce qu'elle n*a ni idées claires, ni doctrines arrêtées sur les premiers principes, soit parce qu'elle prend des erreurs pour des principes.

Peut-être un profane est-il plus exact que ^son médecin, quand il dit : a Je me sens malade» » ou « Je me porte bien. » Les définitions les plus scientifiques ne seront jamais aussi claires que celle du dictionnaire de l'Académie : « La santé est l'état de celui qui se porte bien. » « La maladie est une altération de la santé (1). » A quoi bon, cette manie de définir des mots dont chacun a le sens intime : c'est méconnaître l'utilité des langues et s'exposer à tomber dans des confusions et des obscurités, sans avancer d'un seul pas vers le véritable but de la science. Ici, il ne peut en exister qu'un seul, la guérison des maladies, la conservation de la santé ; et chacun sait parfaitement s'il est malade, ou s'il se porte bien.

Mais s'il est oiseux de vouloir définir l'essence même de la maladie dans un sens trop général, il est éminemment utile de bien préciser la nature de chaque maladie, les causes qui Font occasionnée, les symptômes qui la caractérisent et de décrire exactement ces divers phénomènes morbides, qui sont pour les médecins éclairés des indications curatives. Tel est l'objet des diverses branches de cette vaste science que l'on désigne, dans sa généralité, sous le nom de pathologie, et qui se subdivise en divers rameaux, nosologie, étiologie, séméiotique, thérapeutique ; chacune de ces subdivisions ccmstituant une science tout entière et ayant donné naissance à quelques quintaux de volumes. Prolixité inévitable, car, si l'abus des définitions est un inconvénient, d'un autre côté, les classifications sont indispensables pour éclaircir toute science compliquée. Aucune ne Test autant que la médecine, parce que l'homme est une machine très-complexe, parce que son exis-

(1) Dictiùnnaire de l'Académie française, édition de 1761.

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tence est liée à une multiplicité de causes et de circonstances qui l'influencent, parce qu'enfin il est sujet à une innombrable diversité de maladies. Une yie entière suffirait à peine pour étudier tous les faits qui se rattachent à cette science, tous les systèmes qui ont, tour ^ tour^ dominé son enseignement et ses applications pratiques. L'étudiant en médecine n'a pu cependant y consacrer qu'un petit nombre d^années ; il a bien fallu, pendant ce temps, classer les faits les plus importants, les grouper autour d'une théorie quelconque, afin de les graver dans sa mémoire. On réduira, pour lui, la multitude des maladies à un petit nombre d'affections que l'on appellera essentielles; on lui enseignera que ces éléments morbides peuvent être réunis chez le même malade, ce qui demande des soins infinis dans l'application des traitements; on lui dira que les mêmes symptômes peuvent indiquer des maladies différentes; et, quand on arrivera aux traitements, on lui apprendra que, très-souvent, les malades ne peuvent pas supporter le médicament approprié à leur maladie, qui, alors, s'aggrave au lieu de guérir : phénomène que les auteurs expliquent par ce qu'ils appellent les idiosyncrasies individuelles, et dont on pourrait peut-être donner une explication plus générale et surtout plus claire.

. Voilà sans doute bien des difficultés, bien des complications ; mais, quand le jeune docteur les a toutes surmontées, quand il se trouve face à face avec les malades, il s'aperçoit que les maladies réelles ne sont plus les maladies théoriques des livres et des professeurs; il trouve. celles des campagnards d'une autre nature que celles des citadins : les unes et les autres différentes de celles qu'il a étudiées dans . les hôpitaux. Enfin quand l'expérience a fait de lui ce que l'on est convenu de nommer un bon praticien, c'est-à-dire un médecin complet, alors il arrive à reconnaître la profonde vérité de ce mot de Bordeu : a II y a autant de maladies qu'il y a de malades. »

Ce rapide examen des difficultés de l'art médical peut donner à réfléchir aux esprits sérieux, il conduirait à se de-

mander si la direction imprimée aux études, dans les écoles de médecine, est yraiment propre à former des adeptes dans ht science de la vie. Mais ce n^est pas ici le lieu de discuter cette question. Nous nous bornerons à répéter un vœu déjà exprimé au commencement de cet ouvrage. La médecine moderne a besoin d'un réformateur qui, unissant le savoir et le génie, ose, comme Hippocrate le fit pour son époque, réunir en un seul code les lois de la vie et en préciser les applications à la maladie et à la santé.

En attendant Tarchitecte qui élèvera un jour ce glorieux édifice, nous nous bornerons, humble manœuvre, à réunir des matériaux ; et c'est, dans ce but, que nous allons essayer d'exposer quelques idées sur la nature des maladies et l'art de les guérir.

Mais avant de nous livrer à ce rapide exammi de la science médicale, il convient d'indiquer Tordre que nous comptons suivre dans cette étude. Cet ordre logique résultera des théories exposées dans le chapitre précédent et va nous permettre d'établir une classification qui peut-être éclaircira quelques obscurités.

La vie humaine se manifeste et s'entretient par des fonctions ; ces fonctions sont régies par des forces; Téquilibre ou, pour mieux dire, l'harmonie de ces forces, c'est la santé ; leur perturbation, c'est la maladie.

Là où la maladie existe, le médecin cherche à rétablir la santé ; c'est l'application la plus usuelle de la science de la vie; application qui est devenue une science tout entière et que l'on peut appeler médecine ccrativb.

Souvent aussi le médecin aura à combattre ces commenceifaents de troubles dans les fonctions et cet état particulier de l'être humain que l'on est convenu d'appeler' pi^ispositions maladives ; c'est l'objet d'une branche de la science désignée sous le nom de prophylactique ou^médegihb pu^

VENTIVE.

Enfin, les infirmités de la vieillesse demandent une hygiène

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el des précautions spéciales qui rentrent dans le système général de conservation de la vie ; mais qui, pour plus de clarté, demandent une étude spéciale, dont Tensemble pourra être appelé MÉDECINE sénile.

Après un rapide coup d'oeil sur ces trois branches de la science, nous pourrons enfin arriver à résumer nos idées sur Tapplication des forces naturelles à la conservation de la vie. Ce dernier chapitre que Ton pourrait, avec un peu d'ambition, intituler MiDECiHE conservatrice, ce chapitre, disonsnous, sera trèsHsourt, parce qu'il ne nous restera plus que des corollaires à déduire.

Mais, avant de T^border, nous allons essayer d'indiquer quelques applications de nos théories aux branches les plus usuelles de Tart médkal. Si cette théorie se trouve conforme aux faits généralement admis, si elle se prête à l'explication des phénomènes de la santé et de la maladie, si enfin les applications dont elle est susceptible, se trouvent conformes à la pratique des grands médecins de toutes les époques, il nous semblQ qu'ellô aura été suffisamment démontrée. En s'appuyant sur cette base, il deviendra possible de combler une lacune de la science et l'on pourra, sans risquer de passer pour insensé» s'occuper des moyens de conserver la vie humaine en développant l'intégralité de toutes les fonctions organiques ou intellectuelles.

Tel est ie but de nos tr;ivaux ; nous espérons en approcher dans les chapitres suivants, pour lesquels nous sollicitas encore l'indplgente attention de nos lecteurs. Dans de telles matière^, il est impossible d'être clair pour ceux qui ne veulrat pas être attentifs.

]. Classification des maladies. — II. Idées patbologiques

ET THÉRAPEUTIQDES. — III. MALADIES AIGDES

ET AFFECTIONS CHRONIQUES. — IV. MaJLADIES ESSENTIELLES ET MÉDICAMENTS

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