CONSTITUTION ASOMIQUE DE LA MATIÈRE
tances initiales du problème. On peut dire à priori qu'elle sera telle, que chaque atome constitnant se placera de manière à satisfaire le mieux possible à l’ensemble des actions auxquelles il se trouvera soumis. Les formes extérieures des molécules seront donc en général des formes polyédriques aussi régulières que le comportera le nombre des atomes composants ; et les sommets de ces polyèdres seront déterminés par le lieu moyen d'autant d'atomes vibrants.
Les molécules ainsi constituées ne seront pas également stables, c'est-à-dire qu'elles exigeront plus ou moins de force extérieure pour être brisées. Cette différence de stabilité dépendra du mode de vibration interne de chaque groupe et surtout du nombre d’atomes composants. Pour un mode analogue de vibration interne, il est facile de prévoir que, en général, plus la molécule sera simple, plus elle sera stable ou fixe, c'est-à-dire plus il faudra de force extérieure pour la briser. La forme la plus stable sera celle dans laquelle les affinités mutuelles seront le plus identiquement satisfaites pour chaque atome du groupe; or cela aura lieu lorsque tous les atomes composants seront maintenus à des distances égales les uns des autres. Cette condition est réalisée dans le cas de quatre atomes occupant les sommets d'un tétraèdre régulier; comme c’est en même temps le groupement le plus simple, puisqu'il est impossible de déterminer un solide avec moins de quatre points, on peut affirmer d'avance que ce groupement forme la molécule à la fois la plus petite et la plus stable.
Partant de là, en s'aidant de la géométrie, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des calculs compliqués, on peut se rendre compte assez aisément des chances plus où moins grandes de stabilité que présenteront des groupes successifs de 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11... # atomes. Evidemment plus les nombres d’atomes composant les groupes sont considérables, plus les calculs se compliquent, mais il suffit de voir que ces calculs sont possibles, si ce n’est dans l'état actuel de la science, au moins in se. Heureusement l'étude des nombres les plus simples suffit pour donner une idée de la loi générale. Ainsi il est aisé de voir que certains groupes plus nombreux sevont cependant plus stables que d’autres qui le sont
moins, bien qu'en général la plus grande stabilité doive appartenir aux groupes les plus simples. On peut même comprendre que certains nombres ne pourront pas faire de groupes réguliers stables, et que si de tels groupes se sont formés, la moindre force extérieure a dû les briser. De là 1. us pouvons déjà conciure que, vu les forces en jeu dans la nature depuis l'origine du monde, il n’y a plus maintenant que les groupements se prêtant aux combinaisons les plus stables qui aient pu persister.
Supposons donc qu'il fût possible, non seulement d'isoler, mais de voir toutes les molécules différentes qui existent actuellement dans la nature, et de les ranger par ordre croissant de nombre d’atomes constituants ; que constaterions-nous ? — D'abord nous trouverions que la série n’est pas complète et qu'il y a des vides: ces vides correspondraient aux groupements très peu stables dont nous avons parlé, et qui n’ont pas pu subsister, si tant est qu'ils se soient formés. Fuis, en suivant la série croissante, nous trouverions des groupes
(a) dont le nombre d’atomes serait exactement ou le multiple de quelque autre groupe xrécédent, ou la somme de deux ou plusieurs groupes plus simples dans la série; tandis que certains autres groupes (b) ne jouiraient pas de cette propriété, et joueraient, parmi les molécules, un rôle qu’on pourrait comparer à celui des nombres premiers en arithmétique. Il est clair que les groupes (a), sous l'influence de forces convenablement choisies, pourront
Sec. IIT, 1884. 13.
se dédoubler exactement dans les groupes plus simples dont ils sont les sommes, et qui sont compris dans les groupes (b), ce que 1e pourront pas faire ces derniers. Inversement, à l'a’de de forces suffisantes, on pourra, en combinant ensemble les groupes plus simples (b), cariver à former les groupes plus compliqués qui en sont les sommes (a). Nous voilà donc en présence de deux espèces de molécules cor ‘espondant exactement à ce que les chimistes appellent les corps composés et les corps simples.
Mais voici où se montre la supériorité de la théorie présente. Les molécules composées (a) sont aussi homogènes en elles-mêmes que les molécules plus simples (b). Ce que l'on appelle combinaison se distingue nettement et complètement du simple mélange: ce n’est pas une juxtaposition plus intime ou plus régulière que dans le mélange; c'est une transformation complète. Dans ia molécule composée résultant de la combinaison de deux ou trois molécules plus simples, il n’y a plus aucune trace de ces dernières : la somme de leurs atomes se trouve bien dans la molécule résultante ; mais cette somme d’atomes a pris son arrangement spécial conformément aux actions mutuelles de ces atomes, sans qu'il reste rien quj puisse rappeler la forme des groupements précédents. Bien plus, si après avoir fait une molécule composée par la combinaison de deux molécules plus simples, on vient ensuite à redécomposer la première, il pourra fort bien arriver (et même il est natt ‘1 de supposer qu'il arrive généralement) que les deux molécules plus simples résultant de la décomposition, ne seront pas composées des mêmes atomes que la première fois. Cela n’empêcherait pas les deux molécules simples d'être identiques à ce qu'elles étaient auparavant, puisque leur identité, ou plutôt l'identité de leurs propriétés ne vient pas de l'identité matérielle des atomes composants, mais uniquement du #ombre et du mode de groupement de ceux-ci. On explique ainsi parfaitement la différence radicale qui existe entre la combinaison chimique et le simple mélange; on explique en même temps la différence si grande de propriété entre le composé et les composants. Enfi: on comprend comment il se fait que le composé, tant qu'il reste tel, ne manifeste aucune trace de composition, et est aussi homogène que s’il était corps simple.
Comme on le voit, dans cette théorie, les différentes espèces de corps simples ne diffèrent que par la forme de leurs molécules, et celle-ci dépend du nombre d'atomes qui les compose et de leur mode de vibration interne. Tous les atomes sont identiques, tant ceax qui composent l’éther que ceux qui constituent les corps pondérables. Cette identité de nature de tous les corps est conforme à ce que l'expérience nous apprend sur l'identité des effets produits sur tous les corps par l'attraction, la chaleur, la lumière, l'électricité, les forces diverses. La masse, qu'il est impossible de définir physiquement lorsqu'on n'admet pas l'identité ultime de nature des différentes espèces de corps, et que le bon sens cependant cblige constamment de dire proportionnelle à la quentilé de matière, la masse, dis-je, se trouve nettement définie conformément au sens commun et à la croyance populaire: c'est le nombre des atomes qui se trouvent dans un corps ; la masse croit proportionnellement à ce nombre d'atomes. Les molécules conservent leur sens et leur signification avec leurs propriétés caractéristiques telles que les exigent les lois de la chimie et de la cristallographis ; ayant, par conséquent, tous les avantages que l’on croyait trouver dans les molécriles, solides invariabies de l’ancienne chimie, sans en avoir les inconvénients; rendant bien mieux compte et des équivalents chimiques et des proportions multiples. De plus, ces molécules n'étant pas invariables, peuvent se scinder sans qu'il y ait là rien d’extraordinaire; et, pour se rendre compte de la loi des volumes d'Avogrado, il n’est