PRÉFACE
UouYrage que je mets sous les yeux du public est le fruit de quatre années de séjour dans les Pyrénées.
J^anivai dans ces montagnes en août 1808 ; je m'arrêtai en premier lieu dans la vallée de Baigorry, 'département des Basses -Pyrénées". JTy passai onze mois, pendant lesquels j'ai fait de firéqaentes excursions dans les diverses contrées de cette partie des Pyrénées, principalement
" Cest à mon ami M. Lardy, directeur général de l'administration forestière du canton de Yaud , minéralogiste distingué , que je suis redevable de l'occasion d'avoir pu visiter les Pyrénées. Connaissant le désir que j'avais de voyager pour me fivrer à l'étude de la géognosie, il m'engagea à quitter la place qne j'occupais dans le conseil des mines de la Silésie, pour accepter celle de directeur des mines de cuivre de Baigorry, dont on se proposait^ après une longue interruption, de reprendre les travaux. Cependant des événements imprévus et malheureux se sont jusqu'à présent opposés à cette reprise.
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sr leur constitution géognos-
qrvy en juillet 1809 pour me
', dans le département de TAr-
diriger la construction d^une
S avec martinet, fenderie et
ler les divers gîtes de minerais
connus dans le pays. J*y fis un séjour de treize
mois, pendant lequel j*ai eu occasion d^étudicr
la plupart des montagnes situées entre la vallée
de la Garonne et celle de FArriége,
Je quittai Angoumer à la fin d^août 18 10; mais je restai encore deux ans dans les Pyrénées, presque uniquement occupé à parcourir les contrées que je n'avais pas encore visitées, et à revoir celles qui m'avaient offert les faits les plus importants à constater, ou les plus difficiles à saisir. Fendant ce temps, Toulouse était en quelque sorte le point de départ de mes excursions : j'y ai passé presque en entier les hivers de 1810 et de 181 1, occupé à mettre en ordre mes notes et à rédiger mes observations.
<Jatî)iqûè lé birt principal de mon séjour dans lés Pyrénées fût Tétude de leur constitution géognostique , je n'ai pas négligé de porter mon attention sur d'autres objets intéressants que
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présente ce pays. Je me suis procuré des renseignements exacts sur sa topographie , sur le trai^ tement du fer selon la méthode dite catulaney et même sur les langues qu^on parle dans les diverses contrées des Pyrénées '.
Je n^ai pas cru convenable de réunir dans un seul corps d'ouvrage ces diverses observations, non seulement parce que cet ouvrage serait devenu ti'op volumineux , mais surtout parce qu'il aurait renfermé des objets trop hétérogènes et d'un intérêt trop spécial. Pour obvier à ces inconvénients, j'ai classé toutes mes observations, en réunissant celles qui se rapportent au même objet, ou bien à des objets qui ont entre eux une
* Parmi les langues qu'on parle dans les diverses parties des Pyrénëes, le basque y usité dans la partie occidentale de ces montagnes , est celle qui offre le plus d'intérêt par son génie particulier , preuve évidente de sa haute antiquité et de son indépendance complète du celuque et de toutes les autres langues connues. Le peu de mots étrangers qui se sont glissés dans la langue basque se rapportent tous à des objets et k des idées qui y dans Torigine , étaient inconnus aux Ibériens , et qu'ils n^ont reçus et adoptés que tard , lorsqu'ils ne pouvaient plus se refuser à entrer en relation avec les nations environnantes plus civilisées qu'eux. Personne n'a mieux saisi et plus clairement développé l'esprit et la structure de la langue basque que M.Guillaume de Humboldt. (Voyez BerichtigungenundZusaetze zum Milhridates , etc., pag. 277 etsuiv.)
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certaine connexion. De -cette manière, j'ai formé trois ouvrages entièrement distincts , dont Tun a pour objet l'examen de la constitution physique et géognostique des Pyrénées; c'est celui que je publie actuellement. Un autre traite de la partie topographique de ces montagnes ^ et des mœurs, des usages et des langues des habitants ; sa rédaction, quoique très avancée, n'est pas encore entièrement achevée. Le troisième enfin contient la description des divers procédés pour traiter le minerai de fer, confondus sous le nom de méthùde à la catalane; ce travail est terminé depuis long-temps.
L'ouvrage que je livre dans ce moment au public est, comme je viens de le dire, le recueil de mes observations sur la constitution physique et géognostique des Pyrénées; mais, désirant de réunir dans un seul travail tout ce qu'on sait de plus certain et de plus intéressant sur la structure extérieure et sur la composition minéralogique de ces montagnes, je n'ai point négligé de consulter les ouvrages qui ont été publiés sur ce même sujet par les savants qui ont visité les Pyrénées avant moi. J'ai eu soin de citer leurs observations ou leurs opinions, chaque fois qu'elles se rapportent à quelque fait important.
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Parmi les nombreux écrits qui traitent des Pyrénées ' sous différents points de vue, les ouvrages ou mémoires de MM.Palassou, Lapeyrouse, Ramond, Reboul, Vidal, et Cordier, sont ceux qui offirent le plus d'intérêt aux géognostes'. Parmi
* On trouve une liste chronologique de presque tous les écrits relatifs aux Pyrénées, publiés jusqu'à i8i3 , â la fin del'intro^ duction à la Description des Pyrénées de M. Dralet.
> Les travaux de ces savants sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans de grands détaib k leur sujet. Je rappellerai seulement que M. Palassou a reconnu le premier le parallélisme qui existe entre la direction de la chaîne des Pyrénées, et celle de la stratification des roches qui la composent ( voyez son Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées) ; que M. de Lapeyrouse est le premier naturaliste français qui a distingué le calcaire primitif du calcaire secondaire ( voyez son Traité sur les mines de fer et Us forges du comté de FoiXy et sesfrag^ menis sur la minéralogie des Pyrénées, insérés dans le 3" volume des Mémoires de l'académie de Toulouse ) ; que M. Ramond a démontré le premier l'existence du terrain de transition dans les Pyrénées (voyez son Foyage au Mont-Perdu , Journal des Mines , n® 83 ) ; et enfin que MM. Reboul et Vidal ont fait connaître par des opérations trigonométriques l'élévation des principales cimes des Pyrénées , et ont prouvé que la Maladetta est la montagne la plus élevée de cette chaîne , et non le Mont-Perdu comme on l'avait cru ( Voyez V Exposition d'un mveUement fait dans les Pyrénées pendant les mois de juâlet et d'août 1787, inséré dans lés Mémoires de l'académie des sciences de Toulouse , tome IV, et le Nivellement des principaux sommets des Pyrénées, dans les Annales de chimie et de physi-* que, tome V, juillet 1817. )
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les autres auteurs qui ont traité des Pyrénées , les uns ont passé entièrement sous silence là géognosie ; les autres , s'étant laissé entraîner par leur imagination, se sont liyi*és à des spéculations géologiques, et ont négligé l'observation directe ; ou bien, ayant écrit à une époque où la science était encore en quelque sorte au berceau , ils se sont bornés à discuter des faits et des opinions sur lesquelles tout le monde est aujourd'hui d'accord ; d'autres enfin se sont contentés de répéter ce qui avait été dit avant eux, sans y ajouter aucun fait nouveau'.
Quant au plan de la rédaction de mes observations, j'ai préféré à tout autre celui qui avait été adopté par M. de Buch dans sa Description géognostique des erwirons de Landeck; par M. Brochant de Villiers dans son Mémoire sur le terrain de transition de la Tarentaise ; et par M. d'Aubuisson dans sa Statistique minéralogique du département de la Doire : c'est-à-dire que j'ai rapporté mes observations, non dans un ordre géogra-
< La Description des gîtes de minerais des Pyrénées par M. de Dietrich n'est même d'aucun secours pour le gëognoste , parce que cet ouvrage ne traite des gîtes de minerais que sous le rapport de leur utilité et de leur exploitation , sans indiquer leur gisement ni aucune des cii^constances géognostiques qui les accompagnent.
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phique, ni dans Tordre suivant lequel je les ai faites pendant mes yoyages, mais dans Tordre des idées mêmes qui résultent de Tensemble de ces observations., /
Cette manière de rédiger la description géognostique d^un pays me parait préférable à toutes les autres, parce qu^elle me semble être la plus propre à présenter au lecteur Tensemble des faits aussi-bien que leurs détails, et à lui faire saisir les rapports qullsont entre eux. Elle offre encore le grand avantage d^abréger singulièrement le récit sans rien omettre d^essentiel, et de ne point entraîner à des répétitions qui , dans tout autre genre de rédaction, sont inévitables, plus ou moins fréquentes, et toujours ennuyeuses.
Je n'ignore point que pour le voyageur qui, le livre à la main, désire vérifier les faits qui y sont consignés, le mode de rédaction qui rappoiteles observations dans un ordre géographique, ou dans Tordre du voyage qui les a fait faire, est infiniment plus commode que celui que j'ai adopté ; mais j'espère que le plan que j'ai suivi sera préféré par le plus grand nombre de mes lecteurs, c'est-à-dire par tous ceux qui désirent connaître la constitution géognostique de ces montagnes, sans avoir l'occasion de les visiter eux-mêmes.
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Néanmoins, par le soin que j'ai pris d'indiquer exactement les localités auxquelles les observations se rapportent, et par la manière détaillée dont j'ai rédigé la table des matières , j'ai tâché de rendre mon livre , autant que possible , d'un usage facile pour le voyageur, qui avec le secours de cette table trouvera promptement tout ce que j'ai dit de la contrée qu'il parcourt
On pourra m'accuser de prolixité dans les citations de localités, et je sens moi-même que ce reproche sera fondé jusqu'à un certain point ; mais il m'a semblé qu'il valait mieux pécher par excès que par défaut, parce qu'une observation géognostique perd beaucoup de sa valeur si elle ne porte pas avec elle , si je peux m'exprimer ainsi, sa pièce justificative, c'est-à-dire si elle est dépourvue du moyen de la vérifier par l'indication précise du lieu auquel elle se rapporte. J'ose même espérer que ce détail de localités, fort ennuyeux pour le lecteur sédentaire, sera au contraire bien reçu par le lecteur voyageur.
J'ai divisé mon travail en trois parties : la première traite d'une manière succincte de la constitution physique des Pf rénées, c'est-à-dire de leur cbnfiguration ou structure extérieure et des phénomènes qui en dépendent. Je n'ai pas cru conve-
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nable d'y entrer dans de grands détails ; je me suis borné à des généralités suffisantes pour faire bien saisir ce que j'avais à dire sur la constitution géognostique ou structure intérieure de ces montagnes'.
Dans la seconde partie, j'ai donné un aperçu général de la con^sitîon et de la disposition des divers terrains qu'on rencontre dans les Pyrénées, pour que le lecteur puisse se former d'abord une idée exacte de l'ensemble de la structure de ces montagnes, ce qui lui rendra les descriptions des divers terrains beaucoup plus intelligibles. Cette seconde partie renferme encore l'exposé des phénomènes principaux qu'offre la stratification des roches.
La troisième partie enfin renferme la descrip^ lion détaillée de chacun des terrains qu'on rencontre dans les Pyrénées. Ces descriptions se suivent dans l'ordre de la superposition des terrains auxquels elles se rapportent, en commençant par les terrains inférieurs.
Quant à la manière dont j'ai décrit ces divers terrains, j'ai suivi la marche que Werner obser-
' Le travail particulier que j'ai indiqué plus haut , sur la topo graphie des Pyréne'es , traite d'une manière beaucoup plus détaillée tout ce qui concerne leur constitution physique.