IP PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE
Pyrénées , si on croyait qu'une portion de la chaîne n'estformée que de tel ou tel terrain à l'exclusion des autres; que, par exemple, le terrain primitif se trouve exclusivement dans la partie orientale de la chaîne; que les montagnes du centre ne sont composées que de terrains de transition; et que les roches secondaires constituent toute l'extrémité occidentale. Un pareil arrangement n'a point lieu dans la structure de cette chaîne; au contraire, tous les terrains y forment des couches , ou plutôt des espèces de bandes ou zones , qui s'étendent dans le sens de la direction principale de la chaîne, de manière à lui être parallèles. *
Quoique ces bandes soient parallèles à la direction principale de la chaîne , les sinuosités et les inflexions partielles que celle-ci forme si fréquemment n'influent en aucune manière sur leur direction.
Nous indiquerons plus bas ce qui paraît déterminer la direction et l'inclinaison de ces zones* (§.48.) Cependant, prèsde la vallée delà Garonne, où la partie occidentale de la chaîne fait un coude en reculant au sud ( §• 6 ) , il paraît que les bandes des divers terrains suivent la même inflexion ;
I (Test à M. Palassou qu^on doit ce résultat important. Il Ta constate-, il y a quarante ans , par de nombreuses observations faites dans presque toutes les contrées des Pyre'Uëes; et on n'avait pas encore à cette époque reconnu une disposition semblable de terrains dans d'autres chaînes , comme on l'a fait depuis. Voyez Essai sur la minéralogie des Monts-Pyrénées.
mais plus ks bantleft sont Soignées de la chaîne centrale, moins elles participent à cette disposition particulière.
L'épaisseur et la longueur de ces bandes sont très variables. Les bandes que forme le granité , le schiste argileux de transition , le calcaire de transition et le calcaire alpin, s'étendent d'une extrémité de la chaîne à l'autre. Mais le schiste micacé, le calcaire primitif, le grès rouge , etc. , constituent des bandes beaucoup moins étendues, et il leur manque surtout cette continuité que l'on observe dans les autres.
Je donnerai dans les paragraphes suivants une notice succincte sur la disposition générale des ter-* rains des Pjrrénées, en laissant les détails et surtout les indications des localités pour la description particulière de chaque terrain.
§. 39. Le terrain granitique ne forme qu'une seule bande, que Ton pourrait comparer à une chaîne ou suite de monts ou de protubérances qui ne se touchent que par leurs bases , et qui souvent ne sont liées ensemble que par des roches d'une formation plus nouvelle, lesquelles, en les recouvrant,ontrempli les gorges ou intervalles qui les séparaient. Ces protubérances se trouvent à peu près sur la même ligne de direction; mais on en observe aussiqui s'en écartent , et qui forment en quelque sorte les rameaux de cette chaîne granitiquev Quoiqu'elle s eteode presque sur toute la longueur des Pyrénées ,
Difpofitîun
da
terrain
granitique.
88 !!• PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQtE. Déanmoins elle ne constitue pas ordinairement le faîte de la chaîne centrale comme on pourrait le présumer. Le granité ne se montre au faite que dans un petit nombre d'endroits. Dans la partie des Pyrénées qui est située entre la Méditerranée et la vallée de Ut Garonne, la bande granitique se trouve constamment à quelque distance du faite de la chaîne, surleyersant septentrional.il n'y a que trois endroits où j'aie observé que des protubérances granitiques détachées de la bande principale constituent le faîte des montagnes limitrophes entre la France et l'Espagne.
Dans la vallée de la Garonne , où la chaîne centrale recule de 16,000 toises au sud , la bande granitique suit le même coude , avec la différence seulement qu'elle recule jusqu'àune distance de 19,000 toises de sa première direction. Cet accident est cause que dans la partie occidentale des Pyrénées le granité constitue en plusieurs endroits non seulement le faite de la chaîne , mais aussi une partie du versant méridional.
La chaîne ou bande granitique présente beaucoup de régularité dans la partie orientale des Pyrénées. Une ligne tirée depuis le Canigou jusqu'à un point pris entre Couledoux et Sengoaignei , dans la vallée de Ger^ se trouverait assez exactement au milieu du terrain granitique, c'est-à-dire que le granité est distribué d'une manière à peu près égale, au nord et au sud de cette ligne ; on peut donc la considérer comme représentant la direction de la
AP£RÇU GÉNÉRAL. 89
bande granitique. Cette ligne ne passe par aucune contrée où le granité manque entièrement, et sa direction est parallèle à la direction principale des Pyrénées.
Cette grande régularité dans la bande granitique disparait dans la partie occidentale des Pyrénées* Là , les protubérances s'écartent tantôt au nord , tantôt au sud de la direction de la cbaine centrale; et quoiqu'elles soient plus ou moins liées entre elles, il est impossible de les réunir toutes par une seule ligne droite. La ligne qui représente le mieux la direction moyenne de l'ensemble des zigzags de tous ces massifs granitiques passe par le Montné ou Mounné, à l'ouest de Cauterez , et par le pic de Bergons , au sud sud-est de Luz.
C'est la même ligne que M. Ramoud avait indiquée pour l'axe granitique du département des Hautes-Pyrénées '. B est très remarquable que le prolongement de cette ligne à l'est est exactement parallèle à la direction de la cbaine granitique orientale , et par conséquent parallèle à la direction principale des Pyrénées. La distance entre ces deux parallèles est d'environ 19,000 toises.
C'est cette bande granitique qui a cléterminé la direction et Ja disposition des divers terrains dans toute la cbaine des Pyrénées et qui rend l'inclinaison des couches, comme nous le verrons dans la
* Voyages au Mont-Perdu , page 3aa et pi. Y.
90 IP PARTIE. CONSTITUTIOI!! GÉOGNOSTIQUE.
suite (§.48), absolument indépenclaDte des pentes on Tersants de la chaîne.
DûpoûtioD du
terrain de schitte
micacé.
§. 4o. Le schiste micacé (en comprenant dans cette formation le schiste argileux primitif, et le schiste talqueux ) occupe beaucoup moins d'espace dan» les Pyrénées que le granit ; aussi la bande qu'il forme est non seulement peu épaisseen comparaison de celle du terrain granitique , mais elle ne s'étend pas non plus d'une extrémité de la chaîne à l'autre. U lui manque surtout cette continuité et cette ré^ gularité que l'on remarque dans les bandes des autres terrains , car elle est fréquemment interrompue, et sur des distances considérables.
La chaîne granitique supporte immédiatement le schiste micacé, et cette roche semble se trouver exclusivement sur le côté septentrional de la bande granitique ; car tous les grands knassiCs de schiste micacé se rencontrent au nord du terrain granitique , comme dans les wUUeid'jirran, de Luchon^ de Larèoust, de Louran, du Bastan, etc. Mais quoique je n'aie pas trouvé de schiste micacé au sud des protubérances granitiques, je ne serais pas étonné qu'on en découvrît quelque jour, et il est au moins très probable qu'il y à existé. La bande que cette roche y formait est peut-être plus détruite que celle du côté du nord. Il est très vraisemblable que les diverses masses de schiste micacé que nous observons au nord de la bande granitique ne sont que les lambeaux d'une vaste
brade continue qui a été en grande partie détruite, peut-être par les mêmes causes qui ont déchiré la bande granitique et Font divisée en masses ou protubérances isolées.
Cette destruction peut avoir été plus complète an sud que du côté du nord, comme effectivement plusieurs feitssemblent leprouver; etles restes épars de la bande de schiste micacé, épargnés par ces révolutions destructives , sont cachés sous les dépôts énormes de terrain de transition et de terrain se-* condaire, qui, en constituant ordinairement le faîte de la chaîne centrale, recouvrent le côté méridional de la chaîne granitique. L'observation de M. Ramond , qui a reconnu^ dans les montagnes voisines de la brèche d'AUanz , des schistes micacés analogues à ceux du pic du midi de Bigorre , semble confirmer cette opinion.'
Cette partie de la vallée de Baréges se trouve déjà au sud de la chaîne granitique ; aussi ce savant naturaliste a-t-il rapporté cette observation dans le but de prouver qu'il existe au sud de la chaîne granitique, ou, comme il rappelle, deVaxe granitique , une répétition exacte des roches que l'on observe au nord.
Le schiste micacé ^ trouve surtout dans la par^ tie occidentale des Pyrénées. Mais comme les pro* tubérances granitiques y présentent peu de régularité dans leurs dispositions , les masses de schiste
> Voyages au Mont^Perdu , page 1S9.
ga II* PARTIE* CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. micacé n'en offrent pas davantage. Il serait impossible de trouver une ligne droite qui passât par toutes les contrées où cette roche domine.
Disposition du
terrain de calcaire primitir.
Disposition
da terrain
de tnmsition.
§. 4'- Les Pyrénées offrent trois différentes formations de calcaire primitif , dont deux , comme il a été dit plus haut (§. 54) 9 sont subordonnées à la formation de granité , ou à celle de schiste micacé. La troisième est indépendante et constitue à elle seule un terrain particulier , qui forme une bande très-régulière et beaucoup moins étendue que celle du schiste micacé. Elle s'étend seulement depuis la vallée de l'Arrikge jusqu'à celle de la Garonne. On observe encore » il est vrai , dans la partie occidentale des Pyrénées quelques dépôts calcaires qui paraissent appartenir à cette formation ; mais je doute qu'ils fassent partie de cette bande.
Elle se trouve tout-à-fait sur le versant septentrional de la haute chaîne centrale» mais au sud delà bande granitique, qui lui sert constamment de support.
§. 4^* Le terrain de transition forme deux bandes d'une épaisseur extraordinaire, qui, l'une au nord et l'autre au sud, s'appuient contre la chaîne primitive, et en la longeant s'étendent d'une extrémité des Pyrénées à l'autre.
Ce terrain est principalement répandu sur le versant septentrional. La bande adossée au nord de la
chaîne primitive s'y trouye en entier , et celle qui la longe au sud s'y trouve aussi en grande partie; car cette dernière bande constitue ordinairement les montagnes qui forment le faîte de la chaîne centrale géographique, surtout dans la partie orientale des Pyrénées.
Ces deux bandes paraissent se toucher et se confondre complètement en beaucoup d'endroits , où elles remplissent les intervalles ou gorges qui séparent les protubérances granitiques.
Ce fait prouve qu'avant la formation du terrain de transition , le granité , et en général toute la bande primitive, avait déjà subi de grands changements ; que cette bande , qui »ans doute dès son origine ne formait qu'une seule montagne allongée non interrompue , avait été déjà exposée à toutes les actions destructives que les eaux et le temps peuvent exercer sur des roches , et que les eaux , en la dégradant et en la siHonnant , l'ont changée en une suite ou chaîne de masses isolées ou de protubérances, et ont fourni, par les débris qui résultaient de cette dégradation, une grande partie des matériaux pour la formation du terrain de transition. La direction des deux bandes de transition est parallèle à la bande granitique, et par conséquent à la direction principale de la chaîne des Pyrénées.
Elles forment aussi un coude auprès de la vallée i*Jrran^ comme la bande primitive ( S* ^)» ^^^
94 !!• PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. elles présentent une si grande ^ajssevr que ce conde est très adouci*
Les différentes espèces de rocbesîqui composent le terrain de transition sontégalement disposées par bandes. Les deux bandea prindpales du te.rrain de transition se divisent donc en un grand nombre de bandes particulières.
Celles qui avoisinent le terrain primitif , et qui sont les plus anciennes , sont ordinairement for*' mées par du scbiste argileux et de la grauwacke , qui dans les Byrénées présentent des variétés extrêmement nombreuses. Hais les bandes plus modernes ^ ceUes qui se trouvent plus rapprochées du pied de la chaîne , sont principalement composées de calcaire. Néanmoins ces deux roches alternent très fréquemment les unes avec les antres, et il n'est même pas rare de trouver du calcaire de transition qui repose immédiatement sur le granit, comme aussi de rencontrer d'énormes bandes de schiste argileux dans la partie moderne du terrain de transition, ce qu'on décrira plus en détail par la suite.
Ces bandes particulières s'étendent souvent sur des longueurs fort considérables. Dans la partie occidentale des Pyrénées, on trouve, par exemple, une énorme bande calcaire que l'on peut poursuivre depuis la vallée de Soûle jusqu'à celle de la Ga^ ronne , et qui peut-être se prolonge encore plus loin. Mais je ne crois pas qu'il y en ait une seule
APERÇU GÉNËRAL. 95
qui s'étende sans interruption d'une extrémité de la chaîne à Tautie.
%. 43 • ^^^ différentes formations de rocliea qui Disposition constituent ]e terrain secondaire sont plus cons- grèarôuge. tantes et plus distinctes que celles du terrain de transition , et les terrains particuliers qui en sont le résultat sont aussi plus indépendants , ce qui nous permet de considérer sépaiément la disposition de chacun de ces terrains» Le grè$ rouge se rencontre presque sur toute la longueur des Pyrénées * quoiqu'il, soit Tune des roches secondaires les moins abondantes. Il forme aussi deux bandes, qui , comme celles des autres terrains , s'étendent également de l'ouest nord-ouest à l'est sud-est
L'une se trouTC au nord de la bande granitique, et est assez rapprochée du pied des Pyrénées. Loutre est au sud , et se trouve presque en entier en Espagne , c'est-à-dire sur le versant méridional de la chaîne.
La bande septentrionale présente peu de cot^ nuité : tantôt elle est tout-à-fait détruite , tantôt elle est cachée par le calcaire alpin , et ce n'est que de distance en distance que l'on rencontre de grands dépôts de grès rouge 9 comme des témoins de son ancienne existence. Telles sont entre autres les montagnes de grés rouge, près de la.Ba$tide de Serrou^ de Castelnau , de Rivemert, de Barilbs , etc. '.
La bande de grès rouge qui est au sud dç la bande granitique occupe principalement le versant
Disposition
générale
on terrain
de calcaire
alpin.
g6 If PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
méridional de la chaîne des Pyrénées. Elle présente plus d'étendue et surtout plus de continuité que la bande septentrionale; car j'ai trouvé du grés rouge dans toutes les vallées d'Espagne que j'ai pu visiter entre la vallée de l'Essera et l'Océan.
Il s'y rencontre ordinairement très près du faîte de la chaîne centrale , et il passe même sur le versant septentrional dans lescontrées situées vers l'extrémité occidentale des Ppénées. Les vastes dépôts de cette roche qui recouvrent une partie des montagnes delà va//^^^ Laurhibare , de celles de Cize et de Baygorry , appartiennent tous à cette bande.
J'ignore si, depuis I^l vallée de l'Esêera^ cette même bande s'étend encore plus loin à l'est , c'està-dire vers la Catalogne. Les malheurs de la guerre ne m'ont pas permis de visiter les vallées de cette contrée jusqu'à leur issue dans la plaine : je n'en ai pu examiner que leur partie supérieure, celle qui avoisine la France , et là je n'ai point reconnu cette roche. Cependant il est probable qu'elle y existe également, mais plus bas et plus rapprochée du pied de la chaîne; car depuis la vallée de la Cinca la bande méridionale du grès rouge commence à s'éloigner du faîte de la chaîne centrale , en se dirigeant au sud^est, de manière que dans la vallée de fEssera elle se trouve déjà dans ta partie moyenne de la vallée , au sud du village de Sahun.
§. 44* Beaucoup plus étendu que le terrain de grès rouge , le calcaire alpin forme dans les Pyrénées deux bandes ou zones , qui si'étendent et au
nord et au sud de la bande primitive, d'une extrémité à l'autre de toute la chaîne.
La bande septentrionale se trouve au pied des Pjrrénées ; elle y forme ordinairement les collines et les basses montagnes par lesquelles les chaînons latéraux qui se détachent de la chaîne centrale se perdent dans la plaine.
Il paraît que ce terrain a eu anciennement une étendue plus considérable; qu'il a même recouvert des montagnes plus élevées et plus rapprochées du faite de la chaîne centrale , comme nous le dirons plus bas. ($. 198. )
Dans la partie orientale des Pyrénées, il est plus à découvert que dans celle qui est située à l'ouest de la Garonne , où , se trouvant très près de la plaine , il se cache fréquemment sous les dépôts de gravier et de sable dont le sol de la plaine est en grande partie composé.
La bande méridionale du terrain de calcaire alpin forme des naisses incomparablement plus grandes que celle du nord. Depuis la vallée de la Cinca jusqu'à l'Océan , le calcaire alpin constitue très souvent le faîte de la chaîne centrale 5 et il en est constamment peu éloigné. Les montagnes qui , dans la partie la plus élevée des Pyrénées, forment le faite de la chaîne en sont entièrement composées. Tout le système du Marboré, dont le sommet le plus élevé, le Mont-Perdu^ est la cime la plus haute des Pyrénées , est formé de calcaire alpin.
Ditpotitioo
cénèrale
du terrain
de. calcaire
(la Jura.