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ses fonctions de sénateur, et recevant de César, malgré ses penchants hautement prononcés pour la liberté, toutes sortes de témoignages d’estime et de considération.
Le dictateur mort , il alla rejoindre les con j urés et proposa aussi tôt que le sénat s’emparât du pouvoir pour prendre les résolutions qu’exigeaient les circonstances ; mais Brutus s’y opposa, déclarant que le sénat ne pouvait légalement s’assembler que sur l’ordre d’Antoine alors consul , qu’il n’avait pas abattu le tyran pour l’imiter, et qu’il fallait s’entendre aveo Antoine : il y eut , en effet , un accord : un décret d’amnistie fut rendu en faveur des conjurés, et Antoine reconnu consul avec Dolabella.
Bientôt l’ouverture du testament de César, qui ordonnait une distribution au peuple et lui léguait ses jardins sur le Tibre , ranime la compassion de la multitude en sa faveur ; Antoine prononce son éloge , et montrant aux regards sa robe sanglante,
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achève de soulever les esprits contre les conjurés : on s’écrie, on s’émeut de toutes parts; Antoine leur mande alors qu’il n’est plus maître de retenir le peuple, et les décide enfin à sortir de la ville dont ils le laissent ainsi maître absolu.
Antoine s’était déjà emparé d’un trésor de sept cent millions de sesterces (cent quarante millions de francs) réunis par le dictateur pour sa guerre contre les Parthes, et, donnant pour prétexte la crainte d’un soulèvement du peuple , il s’était fait remettre par Calpurnie, sa veuve, tous ses meubles précieux et surtout ses papiers ; disposant d’ailleurs de la main de Faberius dont César se servait pour tous les actes de son autorité , il pouvait à son gré supposer des décrets et des lois : il en profita d’abord pour assurer sa prépondérance dans le sénat par la nomination de nouveaux sénateurs ; 1 en-
1 On les nomma caronites, comme ayant été nommés par César après sa mort ( du nom de Caron ) .
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suite pour acquérir de nouvelles richesses , il se trouva des actes qui imposaient aux villes et aux particuliers des contributions extraordinaires ; les citoyens acquirent des commissions et des emplois , les étrangers des concessions de tout genre; qn vendait jusqu’à des provinces et des royaumes ; la république entière, dit un historien, fut mise à l’encan 1 ; et pour appuyer ces mesures, un corps de six mille vétérans dévoués, réunis sous prétexte de maintenir l’ordre , intimidaient ceux qui auraient pu être tentés de s’y opposer.
Bientôt jetant le masque et marchant ouvertement à la souveraine puissance, Antoine demanda qu’on ôtât à Decimus Brutus le gouvernement de la Gaule Cisalpine , pour le lui donner; refusé par le sénat, comme il s’y attendait , il résolut de porter sa loi devant le peuple. Mais déjà s’élevait dans Rome une autre influence qu’il avait * Paterculus, n, 60.
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jusque-là négligée, et dont il allait avoir
désormais à tenir compte.
Au moment de la mort du dictateur , son petit-neveu Octave était à Apollonie , désigné pour commander la cavalerie dans la guerre contre les Parthes ; il y reçut la nouvelle de l’assassinat de Jules César et du testament qui l’adoptait et l’instituait héritier. Malgré les craintes de quelques-uns de ses amis, il s’empresse aussitôt de partir pour aller à Rome réclamer l’héritage de son père, et se rend auprès d’Antoine auquel il redemande les sommes destinées à acquitter les legs faits au peuple romain.
Antoine , étonné de l’audace de ce jeune homme, qui, à peine âgé de dix-huit ans, semblait déjà vouloir attacher au nom de César plus que l’hérédité d’un simple particulier, le reçoit avec hauteur, lui déclare qu’il a employé les sommes dont il s’agit dans l’intérêt de la chose publique , et l’engage, comme ami de son père, à ne pas trop
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rechercher les faveurs du peuple, aussi inconstantes que dangereuses pour son avenir.
Loin detre intimidé par ce langage, Octave sort, exprimant hautement son indignation, et fait annoncer la vente des biens de la succession ; puis, comme Antoine y mettait sous main des entraves , il vend ses propres biens , ceux de sa mère et de ses amis.
En même temps il annonce le dessein de donner au peuple des jeux déjà préparés par ordre du dictateur pour la dédicacedu temple de Vénus, et y fait placer une chaise dorée que le sénat avait décernée à son père même après sa mort. Antoine a l’imprudence de la faire enlever : Octave alors , au nom de la mémoire de César, invoque le secours des plébéiens et des vétérans. Ces derniers se réunissent, vont trouver Antoine, lui représentent le tort qu’il fait à leur cause, et le forcent enfin à une réconciliation.
A ce moment Antoine venait de présenter au peuple sa loi pour le gouvernement
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de la Cisalpine; les sénateurs, réunissant leurs efforts, étaient sur le point de la faire rejeter, quand Octave, pour gage de sa réconciliation, se mit à solliciter les suffrages, et tel était déjà son ascendant sur les esprits , que la loi fut aussitôt adoptée.
Mais cet ascendant même était une cause de jalousie, et la paix ne pouvait être longue entre deux hommes qui se regardaient déjà comme des rivaux. Déjà , d’ailleurs, les ressentiments qu’excitait la tyrannie d’Antoine commençaient à éclater, et les premières Philippiques de Cicéron , répandues dans toute l’Italie , avaient achevé de soulever l’opinion contre lui. Octave en profita pour augmenter le nombre de ses amis, et ses émissaires , répandus parmi les vétérans, s’efforcèrent, par l’ascendant du nom de César et les sommes qu’ils distribuaient, de les attirer à son parti.
A l’époque où nous sommes arrivés , les généraux romains ne connaissaient plus
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que les armes et la violence; et Antoine, pour comprimer le soulèvement de l’opinion et arrêter l’effet des menées d’Octave, ne trouva pas d’autre moyen que d’amener à Rome son armée : cinq de ses légions, mandées par lui de Macédoine, pour arracher à Decimus Brutus le gouvernement de la Cisalpine, que ce dernier paraissait décidé à retenir, étaient déjà débarquées à Brindes. Antoine va les chercher et se dispose à les ramener avec lui pour chasser de Rome ses ennemis et faire déclarer Octave ennemi public.
Mais déjà travaillées par les émissaires d’Octave, et persuadées par eux qu’il agit contre leurs intérêts, ces légions résistent et refusent de le suivre; Antoine fait saisir et exécuter les plus mutins. Voyant toutefois qu’il n’obtient aucun résultat par cette violence, il les caresse, leur promet une distribution de cinq cents deniers par tête, et finit par les entraîner.
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Arrivées à quelque distance de Rome, deux de ses légions le quittent pour aller se rendre à Octave. Troublé de cette défection, il entre éperdu dans la ville, y fait rendre par le sénat quelques décrets insignifiants , et repart à marches forcées vers la Cisalpine, pour aller combattre Decimus.
Octave, cependant, par la jonction des deux légions d’Antoine, se trouvait à la tête d’un corps d’armée imposant : ses soldats voulurent lui donner les faisceaux et le saluer du titre de propréteur, mais il les refusa, désirant recevoir son titre du sénat, avec lequel il négociait pour l’obtenir. Il s’efforçait surtout d’obtenir l’assentiment de Cicéron, caressant sa vanité, et promettant de se conduire toujours par ses conseils.
Quoique flatté de ces déférences et persuadé même, par suite de cet amour-propre qui ne nous abandonne jamais, qu’il parviendrait à diriger ce jeune homme et à s’en
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servir pour le bien de l’État, Cice'ron ne pouvait cependant se résoudre encore à accepter son secours et à faire sanctionner par le sénat lui-même la réunion de ces armées qui ne reconnaissaient que leur chef et qui n avaient point de patrie : « Je neveux point « d’un tel libérateur » , écrivait-il en gémissant à Atticus. Enfin les dangers de Decimus vaincu par Antoine et assiégé dans Modène triomphèrent de ses répugnances :
il fit rendre par le sénat et approuver par le peuple un décret qui «chargeait le jeune « César et ses légions de s’unir aux consuls « pour porter des secours à Decimus. »
Après une suite de combats acharnés , Decimus fut délivré et Antoine obligé de s’enfuir vers les Alpes; mais les deux consuls périrent dans le combat ou des suites de leurs blessures; non sans de grands soupçons contre Octave qui se trouvait, par cette double mort, maître de leurs armées.
A la nouvelle de ces succès , le sénat dé-
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clara Antoine ennemi public, vota de grands honneurs à la mémoire des consuls morts, le triomphe à Decimus, et des récompenses aux soldats; quant à Octave, il se contenta de le comprendre dans les remercîments généraux faits aux deux armées, et ne consentit qu’avec peine à lui accorder le petit triomphe ou ovation.
Cicéron blâmait fortement cette conduite du sénat à l’égard d’Octave; il voulait au contraire, qu’ayant accepté ses services, on les reconnût hautement; mais qu’en même temps, pour balancer son ascendant, on rappelât en Italie Bru tus et Cassius qui venaient d’avoir de grands succès dans l’Orient et qui, réunis à Decimus Brutus, auraient tout dominé.
Mais le sénat, soit jalousie contre l’autorité que cette mesure aurait donnée à Cicéron , soit que, ne voulant pas montrer l’énergie que les circonstances demandaient, il préférât fermer les yeux sur le pouvoir d’Oc-
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tave, se contenta de donner à Bru tus et à Cassius le commandement de tout l’Orient, et d’ordonner aux gouverneurs des deux Gaules , Lepidus et Munatius Plancus , d’achever la défaite d’Antoine en se réunissant à Octave.
Enfin, comme s’il eût pris plaisir à irriter ce dernier , sans se donner en même temps les moyens de lui résister, il exclut les généraux, et par conséquent Octave, de la commission chargée de distribuer les récompenses aux soldats , et les commissaires nommés se montrèrent loin d’être favorarables à son corps d’armée.
Octave n’en témoigna au dehors aucun ressentiment, mais il en profita pour animer sous main ses vétérans contre le sénat; en même temps il traitait secrètement avec Antoine, et faisait inviter Lepidus à se joindre à eux.
Les circonstances avaient donné à Lepidus une importance bien supérieure à son
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mérité réel ; César reconnaissant du service qu’il lui avait rendu en le nommant dictateur au commencement de la guerre civile, avait réuni en sa faveur les deux gouvernements de la Gaule Narbonnaise et de l’Espagne Citérieure. Le mariage de son fils avec la fille d’Antoine l’avait ensuite lié à ce dernier, et, ayant eu occasion de le seconder dans ses projets après la mort du dictateur, Antoine, par reconnaissance, l’avait mis à même de porter son armée à près de sept légions.
Au moment où le sénat lui avait envoyé le décret qui le chargeait de s’entendre avec Octave pour achever la défaite d’Antoine, il venait d’apaiser quelques troubles au delà des Pyrénées; Cicéron ajouta au décret une lettre pressante, et pour flatter son caractère naturellement vain et présomptueux, lui promit le triomphe sur l’Espagne et l’érection d’un statue dans le Forum.
Lepidus parut d’abord embrasser ce parti
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et envoya même garder les défilés des Alpes; mais bientôt , feignant d’être contraint par ses troupes, il s’entendit avec Antoine, et tous deux réunis, ayant marché contre Plancus , gouverneur du reste de la Gaule , l’obligèrent à se joindre à eux.
A ces nouvelles , le sénat reconnut la sagesse des conseils de Cicéron et se hâta de rendre un décret qui rappelait Brutus et Cassius en Italie; mais Brutus affectait de mépriser les ménagements politiques de Cicéron et de ses amis, et donnant lui-même aux adversaires du sénat l’exemple de se soustraire à son autorité , refusa dédaigneusement de se rendre à ce décret : son refus livra Rome aux attentats d’Octave.
En même temps qu’il traitaitavec Antoine et Lepidus , Octave avait demandé au sénat une dispense d’âge pour solliciter le consulat; et , pour exciter ses vétérans à le soutenir avec ardeur, il leur avait déclaré que son objet était d’assurer les récompenses qu’ils
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avaient méritées et qu’on paraissait décidé à leur refuser : aussi quatre cents d’entre eux se rendirent-ils à Rome pour appuyer, au nom de tous , sa demande auprès du sénat.
Le sénat ayant refusé, l’armée d’Octave s’assemble en tumulte , et lui-même, feignant d’être entraîné par elle, marche sur Rome, saisit l’argent du trésor qu’il distribue à ses soldats, se fait élire consul et rendre un décret qui condamne les meurtriers de César.
Ce refus fait à Octave fut, dans l’histoire romaine, le dernier acte de volonté du sénat : à partir de ce moment, ballotté entre les partis, jouet des armées et des vétérans, on ne le voit plus remplir d’autre rôle que de flatter le vainqueur et d’enregistrer ses décrets.
De Rome , Octave se rendit à Bologne où il eut avec Antoine et Lepidus cette conférence célèbre qui donna naissance au premier triumvirat : tous trois se partagèrent
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les provinces, du moins celles de l’Occident : Octave prit pour son lot la Sicile, la Sardaigne et les deux Afriques; Antoine, dont, maigre' sa défaite, l’ascendant sur les vétérans se montre dans ce partage , eut l’Illyrie, la Cisalpine et la Grande-Gaule; enfin, Lepidus, la Gaule Narbonnaise et les deux Espagnes ; il fut convenu en outre que pour récompenser les vétérans , on leur distribuerait le territoire de vingt-cinq villes les plus riches de l’Italie.
On réunit ensuite les trois armées , et Octave , portant la parole comme consul, leur déclara les clauses du traité; elles applaudirent et demandèrent qu’il fût scellé par le mariage d’Octave avec Clodia, belle-fille d’Antoine.
De là tous trois marchèrent sur Rome et, l’entourant de leurs troupes, firent rendre une loi qui les nommait , pour cinq ans , triumvirs avec puissance consulaire et mission de constituer la république ; c’est alors
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que commencèrent des proscriptions dont les horreurs firent oublier celles de Sylla : les triumvirs s’abandonnèrent réciproquement leurs parents et leurs amis, et, les soldats joignant leur violence naturelle à la licence à laquelle on les avait livrés, l’Italie entière fut en proie au pillage et à la désolation.
Cependant les triumvirs songeaient à combattre Brutus et Cassius , et Octave et Antoine se rendirent à cet effet à Brindes avec huit légions.
Depuis le moment de leur départ pour l’Orient , Brutus et Cassius avaient obtenu de grands succès, Brutus en Grèce et en Macédoine , et Cassius en Syrie ; ce dernier surtout ayant trouvé une source abondante de richesses dans les contributions de l’opulente Asie , avait réuni autour de lui des troupes nombreuses, et, malgré les flottes de l’Egypte et de Cléopâtre, leurs vaisseaux dominaient sur la mer Égée.
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Octave étant venu à Rome et ayant forcé le sénat à décréter contre les meurtriers de César, l’influence de cette révolution dans le centre du gouvernement n’avait pas ta»dé à se manifester au loin dans la Macédoine et la Grèce; et Brutus avait été contraint de se replier jusqu’à Sardes pour rejoindre Cassius : là, reconnaissant lui -même la supériorité des talents militaires de son collègue , il s’était mis volontairement sous ses ordres et les deux armées réunies avaient repris la route de la Macédoine.
Octave et Antoine les y attendaient , et firent aussitôt tous leurs efforts pour les attirer à un combat ; mais Cassius , maître de la mer , ne songeait qu’à se fortifier pour affamer l’ennemi ; l’impatience de Brutus et de ses officiers ne le lui permit pas : et renouvelant la faute de Pompée , les républicains s’avancèrent en plaine avec les légions efféminées d’Asie contre les vétérans aguerris de l’Occident. Brutus cependant
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mit en déroute l’aile droite des triumvirs commandée par Octave ; mais pendant qu’il se laissait entraîner à sa poursuite , oubliant le Eeste de l’armée, Cassius était battu par Antoine , et , croyant Brutus défait comme lui , se perçait de son épée.
« La victoire est à nous! » s’écria Antoine en apprenant cette nouvelle, quoique l’armée des triumvirs eût perdu beaucoup plus de monde que celle des conjurés : et en effet Brutus livra peu après une seconde bataille qu’il perdit, et se donna la mort.
Cette double victoire , due aux talents militaires d’Antoine et où son collègue avait montré plus que de la faiblesse, lui donnèrent une immense prépondérance, et l’on put s’en apercevoir au partage qui fut fait alors des provinces ; il s’attribua toutes celles de l’Orient, avec la mission de lever une gratification de vingt mille sesterces par tête pour les vétérans , et , en outre , il voulut conserver celles qu’il avait déjà dans l’Oc-
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cident , c’est-à-dire la Grande Gaule , l’Il— lyrie et la Cisalpine; sur les instances d’Octave , il consentit enfin à ce que cette dernière province fût supprimée et réunie à l’Italie ; mais il voulut en échange la Gaule Narbonnaise. Octave se trouva réduit aux deux Espagnes et à la province d’Afrique.
Quant à Lepidus , il était complètement dépouillé dans ce partage, sous prétexte que, pendant la guerre, il avait entretenu des intelligences avec Sextus Pompée; toutefois Octave fut chargé de vérifier l’accusation, et si elle se trouvait mal fondée, il s’engagea à indemniser Lepidus en lui cédant une partie de l’Afrique, ce qu’il fit en effet bientôt après , afin de l’attacher à son parti.
Cette convention faite, Antoine partit pour l’exécuter ou plutôt pour aller jouir des délices de l’Orient et revoir cette brillante Cléopâtre qu’il avait admirée jadis à Rome dans les jardins de Jules César.
Octave resta en Italie" où il s’occupa de
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procéder à la répartition , entre les soldats, du territoire des villes proscrites, insensible à toutes les haines que cette mission pouvait exciter contre lui et ne l’envisageant que comme un moyen de s’attacher les vétérans et d’augmenter son influence dans le centre du gouvernement.
L’insolence de ces vétérans avait dépassé toutes les bornes : ils s’emparaient de tous les biens à leur convenance 1 , et ort les vit en pleine paix livrer au pillage la ville de Plaisance. Octave lui-même fut plus d’une fois exposé à leurs révoltes, et, pour ajouter encore à leur violence, Fulvie, épouse d’Antoine , s’efforçant , par des troubles , de ramener en Italie son infidèle époux, les animait sous main , par l’intermédiaire de son beau-frère Lucius , alors consul.
* Ce fut alors que le poète Virgile se vit réduit à traverser le Mincio à la nage pour échapper à la fureur d’un centurion qui voulait le dépouiller de son champ de Manloue.
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Octave, par son adresse, éluda tous ces dangers : peu à peu son habileté parvint à calmer les désordres et à s’attirer l’affection des vétérans; en les faisant intervenir dans ses querelles avec Fulvie et Lucius , s’il manquait, comme au reste il avait fait toujours, aux règles de la discipline, du moins il flattait leur orgueil et mettait les apparences de son côté; et lorsque enfin la rupture éclata, Lucius fut vaincu, assiégé dans Pérouse, et obligé de se rendre à discrétion.
Bientôt la défection des lieutenants d’Antoine le rendit maître des deux Gaules , et ces deux provinces , jointes à l’Espagfie et à 1 Italie qu’il possédait déjà, commencèrent à rétablir l’équilibre en sa faveur.
Ces succès réveillèrent enfin le triumvir au milieu des plaisirs où Cléopâtre le tenait plongé dans Alexandrie; et en même temps il reçut la nouvelle d’une invasion des Parties, dans ,1a Syrie ; au milieu de ses désordres, Antoine avait de la générosité dans
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l 'âme, et son premier mouvement fut de marcher contre les ennemis de la république ; mais les affaires d’Italie étaient si urgentes qu’il se décida à y passer aussitôt; et, quoique presque sans troupes , confiant dans l’ascendant de son nom sur les vétérans, il alla débarquer dans l’Apulie.
Octave ayant fait choix de ceux de ses soldats sur lesquels il pouvait compter le plus, s’avança de ce côté , en ayant soin d’éviter toute action; et en même temps ses émissaires engagèrent les vétérans d’Antoine à le porter à un accommodement; une députation des principaux d’entre eux alla en effet le lui demander, et Antoine, inquiet de ces dispositions, y consentit. Il était d’ailleurs humilié des succès des Parthes que son rival avait soin de répandre; et, pour achever de le séduire , Octave fit briller à ses yeux la beauté d’Octavie sa sœur, veuve de Marcellus , qu’il promettait de lui donner pour gage de la paix.
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Le traité fut conclu à Brindes : Octave y obtint toutes les provinces dont il s était mis en possession , et Antoine resta maître de l’Orient avec la mission de la guerre contre les Parthes.
Les triumvirs se disposaient ensuite à partir pour Rome , lorsque tout à coup les vétérans s’assemblèrent en troupe autour d’Antoine, lui demandant compte des sommes qu’il avait dû lever en Asie pour leurs gratifications, et qu’il avait dissipées en folles dépenses ; ils commençaient même à se porter aux plus violentes menaces , et Antoine ne put les apaiser qu’en recourant à la caution de son collègue ; ou parvint ainsi à les faire retourner dans leurs colonies , mais ils y rentrèrent convaincus que la récompense de leurs victoires reposait tout entière sur la garantie d’Octave.
Cependant, au milieu même de la victoire remportée sur Brutus et Cassius, un nouveau pouvoir s’était élevé aux portes de l’Italie contre la puissance des triumvirs.
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Nous avons vu qu’après la bataille de Munda, Sextus Pompée setait réfugié en Sicile : il y avait trouvé un grand nombre des amis de son père , et était parvenu à y former une sorte de parti.
Lors de l'attentat d’Octave contre le sénat , il en profita pour se rendre maître de cette île, où les proscriptions des triumvirs et la bataille de Philippes amenèrent bientôt une foule de bannis ; il réunit dans les ports de la Sicile une flotte nombreuse, s’empara de la Sardaigne, et, dominant sur les mers qui avoisinent l’Italie, commença à inquiéter le commerce et à intercepter les convois destinés à l’approvisionnement de Rome ; la crainte de la famine, jointe aux énormes impôts dont les triumvirs avaient été obligés d’accabler l’Italie, acheva d’irriter les esprits, et l’on vit éclater plusieurs soulèvements, dans l’un desquels Octave courut risque de la vie.
Mais Sextus, élevé sans éducation au milieu des crises de la guerre civile, était livré
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à la société de ses affranchis , et les hauteurs de ces derniers blessèrent les bannis illustres rassemblés autour de lui. Les triumvirs profitèrent de ce mécontentement pour leur offrir une amnistie, et les ayant ainsi décidés à refuser à Sextus de continuer la guerre , ils forcèrent ce dernier à accéder aux conditions qu’on lui proposait : elles portaient qu’il conserverait le gouvernement des îles qu’il avait en sa puissance, et en outre qu’il aurait pour cinq ans celui de la Grèce, qui lui serait cédé par Antoine ; ses soldats avaient droit, après leur temps de service, aux mêmes récompenses que ceux des triumvirs ; les bannis obtenaient la restitution de leurs immeubles, les proscrits seulement le quart ; de son côté, Sextus s’engageait à rétablir la liberté du commerce et les redevances de toute nature auxquelles les îles qu’il retenait avaient été jusqu’alors assujetties.
Ce double traité répandit l’allégresse dans
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toute l’Italie; mais Octave, en le concluant, n’avait eu pour objet que d’accabler ses deux ennemis l’un par l’autre, et l’adresse de Mécènes en faisant consentir Antoine au partage de la Grèce, avait préparé entre eux des causes d’une rupture qui ne tarda pas en effet à éclater.
Octave s’était tenu prêt à en profiter :
déjà ses émissaires avaient répandu dans l’esprit de Sextus des soupçons contre son affranchi Ménas , qui commandait pour lui en Sardaigne; et Ménas, craignant le ressentiment de son maître , livra à Octave cette île importante.
D’un autre côté une flotte était rassemblée pour l’attaquer lui-même en Sicile :
Sextus eut d’abord l’avantage par la supériorité de ses navires et de ses matelots ; mais Agrippa, résolu à vaincre, fit creuser un port, construire des vaisseaux, former des marins; sûr de ses vétérans, il remplaça la poutre qui s abattait sur le vaisseau en-
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nemi pour l’abordage par un harpon à chaîne qu’on lançait de loin, et, ayant ainsi ramené la lutte à un combat de pied ferme , décida par là la victoire.
Sextus s’enfuit en Asie; et, ayant voulu profiter de l’absence d’Antoine, alors engagé dans sa guerre contre les Parthes , pour s’y former une domination, Antoine à son retour le fit arrêter et mettre à mort.
Lepidus était venu d’Afrique pour seconder son collègue dans la guerre contre Sextus; après la victoire, il voulut s’emparer de la Sicile; mais Octave se rendit à son camp, le dépouilla de son autorité au milieu même de ses soldats, et le congédia sans daigner s’assurer de sa personne; il revint ensuite en Italie, et se rendit à Rome au milieu de l’allégresse des populations accourues sur son passage.
Pendant que ces événements se passaient en Occident , Antoine avait exécuté son entreprise contre les Parthes : Artabaze, roi
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d’Arménie, allié des Romains, lui avait offert de lui servir de guide, et l’avait joint avec des troupes nombreuses d’auxiliaires ; mais, d’accord avec les Parthes, et suivant toute apparence avec Octave lui- même, il projetait de l’entraîner dans des plaines sans défense, où il pût le livrer aux ennemis. Averti à temps par un Romain échappé de la défaite de Crassus , Antoine prit le parti de la retraite, et, déployant alors cette énergie que le danger ranimait en lui , marchant jour et nuit à la tête de ses soldats, les encourageant par ces harangues militaires où nul général de son temps ne l’égalait, il parvint, à travers mille dangers, à regagner les sources de l’Araxe et les défilés du mont Taurus; de là il ramena son armée en Syrie, mais affaiblie des deux tiers; et ne se montrant sensible qu’au désir de revoir Cléopâtre, il courut de nouveau dans Alexandrie se plonger dans la mollesse et les plaisirs.
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Ce terrible revers de la guerre des Parthes, joint aux succès d’Octave dans sa campagne contre Sextus , avait achevé d’établir la supériorité de ce dernier; et sûr désormais de sa fortune , il commença à adopter une autre marche que celle qu'il avait suivie jusqu’alors. 1 ' ; :
* C’est à ce moment en effet qu’il faut rapporter le changement de politique d’Octave, qu’on ne place d’ordinaire qu’après la bataille d’Actium, et qui le rendit les délices du monde après en avoir été l’horreur.
Les historiens nous semblent s’être trompés sur le caractère d’Octave comme sur celui de Sylla ; et cet esprit à deux époques qu’on lui a fait, tour à tour humain et barbare , ne se trouve pas plus en réalité dans l’histoire que dans la nature : au commencement de sa carrière, Octave trouva un grand nombre d’ennemis et de rivaux, et, comme Sylla, il s’en débarrassa sans hésiter; mais le fond de spn caractère n’était nullement la cruauté; elle était,. au contraire pour lui un sacrifice de ses penchants à sa fortune, et c’est précisément par ce qu’il n’était pas cruel que Mécènes, dans son mot célèbre, put, sans le blesser, lui donner le nom de bourreau.
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Jusqu’alors, en effet, il n'avait tenu compte ni des lois ni du sénat, occupé seulement de flatter ses vétérans et d’assurer par eux cette domination militaire sur laquelle son autorité était appuyée ; en même temps, à l’exemple de Sylla, il vouait sans pitié à la destruction tous ses ennemis ; et les édits de proscription étaient en entier son ouvrage.
Sûr désormais de sa fortune , il commença à leur pardonner à tous; une amnistie générale fut proclamée et Octave brûla publiquement toutes les lettres et papiers dont la conservation eût pu inquiéter ceux qui avaient pris part aux troubles civils.
Le sénat et les consuls reprirent leur autorité et les lois leur cours ordinaire; et pour en donner l’exemple, Octave en arrivant à Rome, par respect pour les lois anciennes qui défendaient l’entrée des murs aux généraux, convoqua l’assemblée du peuple hors de leur enceinte.
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Là il exposa modestement ses exploits, se félicita d’avoir terminé la guerre civile , et annonça la remise des impôts les plus onéreux. Parmi les honneurs qui lui furent décernés , il n’accepta que l’ovation et une statue avec cette inscription : Au Restaurateur de la paix.
Pour remettre la discipline en vigueur dans les armées, il commença par les purger de cette multitude d’esclaves qui s’y étaient introduits pendant la licence des guerres civiles: trente mille qui indiquèrent leurs maîtres leur furent rendus; six mille autres furent mis en croix. D’autres s’étaient répandus dans l’Italie et, grossis de tous les laboureurs ruinés par les spoliations des guerres civiles, exerçaient un brigandage organisé : des mesures sévères furent prises pour les réprimer.
En même temps, pour occuper les soldats, Octave les conduisit contre les peuples de la Rhétie et de la Pannonie, qui, négli-
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gés par les Romains dans le cours de leurs conquêtes, avaient conservé leur indépendance et venaient de faire à diverses reprises des courses dans le nord de l’Italie ; les victoires qu’il remporta par lui-même dans ces contrées, et par ses lieutenants dans la Gaule et dans la Mœsie, achevèrent d’affermir son autorité sur les vétérans; et, quoique obligé encore à de grands ménagements par la crainte de les jeter entre les bras d’Antoine , il parvint à régulariser les colonies militaires et à empêcher les violences
Gonflant dans la supériorité de son génie, César avait toujours négligé ces moyens secondaires de la superstition qui peuvent agir sur l’esprit des peuples. Octave, au contraire, suivant en cela l’exemple du grand Scipion, ne laissait échapper aucune occasion de frapper les esprits en sa faveur : dès son arrivée à Rome il avait fait répandre des prodiges qui présageaient la grandeur
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future de sa destinée , et qui allaient même jusqua lui attribuer une origine divine.
Plus tard il n’avait cessé d’attacher à ses succès un caractère surnaturel; et récemment encore il avait fait annoncer sa victoire sur Sextus Pompée par une voie tout à fait propre à émouvoir le peuple : la veille du jour où ses dépêches étaient arrivées , un vétéran qui se trouvait à îtome s’était mis à parcourir la ville comme saisi d’une fureur prophétique, en annonçant hautement son triomphe.
Antoine pendant ce temps, par ses extravagances, semblait se plaire à augmenter lui-même l’ascendant de son rival ; il donna à Cléopâtre , sous le nom de son frère , un grand nombre de provinces, et envoya le traité au sénat pour le ratifier. Il affectait de revêtir le costume des rois de l’Orient, et de haranguer en cette qualité le peuple d’Alexandrie; enfin il fit couronner Césarion, fils de Cléopâtre, comme le fils et le seul héritier de Jules César.
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Octave eut soin de publier dans Rome et dans l’Italie le détail de ces folies, que la renommée grossissait encore. En réponse à ses accusations , Antoine écrivit au sénat des lettres où il reprochait à son rival l’obscurité de sa naissance, l’infamie de ses mœurs , et les preuves fréquentes de sa lâcheté ; ses partisans voulaient même soulever, sur le rôle qu’Artabaze, roi d’Arménie, avait joué dans la défaite d’Antoine, une discussion qui eût amené l’attention sur le traité secret d’Octave avec ce prince; et Octave, pour l’éviter, fut obligé de faire entourer l’assemblée de soldats, et de s’y rendre lui-même avec ses amis armés de poignards.
Ce coup d’État violent décida quelquesuns des amis d’Antoine à aller le rejoindre, et Octave affecta de n’apporter aucune opposition à leur départ ; un bien plus grand nombre d’ailleurs abandonnait Antoine ; et la répudiation d’Octavie , qui suivit bientôt après, acheva de lui aliéner tous les esprits.
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Octave, profitant de cet état de choses , fit rendre par les comices un décret qui , le considérant comme égaré par les sortilèges de Cléopâtre , le dépouillait de l'autorité triumvirale et annulait sa désignation au consulat ; un second décret déclarait la guerre à Cléopâtre et en confiait la conduite à Octave. Ce dernier se hâta aussitôt de prendre ses mesures : des vaisseaux furent réunis , des soldats enrôlés , et le commandement suprême donné à Agrippa , le vainqueur de Sextus.
. Antoine de son côté s’était mis en défense et passa dans la Macédoine , toujours suivi de Cléopâtre : il avait avec lui une armée de cent mille hommes ; mais , sauf ses vétérans qui en formaient la moindre partie , le reste n’était composé que des auxiliaires de l’Orient ; celle d’Oçtave au contraire ne contenait que quatre vingt mille hommes , mais tous de bons soldats et des auxiliaires d’élite; bientôt d'ailleurs les défections se multi-
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plièrent dans le camp d’Antoine, et enfin son aveuglement le porta, suivant les désirs de Cle'opâtre , à tenter la fortune d'un combat naval.
Il se donna dans le golfe d’Ambracie (Acarnanie) près du promontoire d'Actium :
au milieu du combat, Agrippa, par une manœuvre hardie, ayant coupé de terre la ligne des vaisseaux ennemis , la reine , saisie de frayeur, s'enfuit avec soixante vaisseaux; Antoine aussitôt s’élança sur un bâtiment
léger pour la suivre, et sa retraite livra la victoire à son rival ; ses braves vétérans essayèrent encore de se défendre , mais enfin , se voyant sans ressources , ils consentirent à se rendre et à prêter serment au vainqueur.
Avant de poursuivre Antoine dans sa retraite , Octave s’occupa d’abord de veiller au sort de ces immenses armées que la fortune avait mises entre ses mains : une partie fut distribuée dans les villes de la Macédoine et de la Grèce dont on confisqua le
ET OCTAVE
territoire; l’autre envoyée en Italie; une troisième portion fut mise en quartier d’hiver; une quatrième enfin envoyée en Mœsie pour rejoindre l’armée de Crassus contre les Daces.
En même temps , des négociations étaient entamées avec Cléopâtre , qui , détachée d’Antoine par ses revers mêmes dont elle était cause , rêvait de voir à ses pieds un troisième maître du monde : le bruit de sa mort répandu par elle dans Alexandrie suffit , comme elle s’y attendait , pour décider Antoine à se tuer , et Octave fut aussitôt reçu dans la ville; mais il y entra en vainqueur, et refusa de voir la reine. . . . , , .
Déchue alors de son espoir, Cléopâtre se renferma dans une tour avec ses principales richesses , menaçant d’y mettre le feu si Octave ne lui assurait au moins le trône de l’Egypte ; on parvint enfin par adresse à se saisir de sa personne , et instruite alors qu’elle était réservée au triomphe d’Actium,
OCTAVE
elle se donna la mort par le secours de Dolabella qui l’avait aimée.
A défaut de cet ornement de son triomphe , Octave fit transporter à Rome les immenses richesses de Cléopâtre , grossies encore par une taxe d’un sixième sur tous les biens meubles etimmeubles des Égyptiens. 1
■ Par suite de la fondation d’Alexandrie et de l’habile politique des premiers Ptolémées, l’Égypte était devenue le centre du commerce entre l’Europe et l’Asie, et telle était l’opulence qui eu était résultée pour cette province que, malgré les dépenses de la guerre et les profusions qui lui servaient à captiver Antoine, Cléopâtre avait encore d’immenses trésors. Il est vrai que dans les derniers temps de sa vie, devenue cruelle et défiante, elle avait dépouillé les temples et s’était livrée à d’horribles exactions.