‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 21 sur 126 · CAT1MARON · texte numérisé non relu

CAT1MARON

Vers le nord de Madras, les barres de la côte de Coromandel s'opposaut au passage des Chelingues, les Indiens, qui se nourrissent de poisson, s'en procurent néanmoins à l'aide d'un radeau construit avec la simplicité qui leur est particulière. Il est en bois de pin très-léger, de dimensions moyennes, a(in d'être facile à manœuvrer, et, comme il n'offre pas de prise au vent, il peut s'écarter des côtes sans danger. Sa grandeur varie beaucoup, car il n'est souvent construit qu'au moment du besoin ; cependant , pour le passage des barres et pour la pèche, on observe quelque régularité. Les plus petits, de 6 ou 7 mètres de Jong, ne se composent que de trois pièces de bois (pi. 28), dont la plus grande, placée au milieu, se relève vers l'avant; les grands (pi. ^"Kfig- 5, G et 7) en ont cinq d'inégales longueurs, sur lesquelles se monte un faux-avant (//'g. 8 et 9) de trois pièces endentées et liées sur le corps, qui n'est uni lui-même que par de grossiers amarrages embrassant tous les madriers.

La voile, en forme de triangle équilatéral, avec des coutures roulées, au lieu d'être plates comme les nôtres, est garnie tout autour d'une ralingue très-faible, liée de distance en distance à une autre plus forte (fig. 10); souvent la plus petite des deux est prise dans l'étoffe cousue sur elle-même et percée par les attaches : la toile se pourrit moins ainsi , et cette méthode, très-usitée dans l'Inde, pourrait être appliquée avec avantage à nos grandes voiles, dont les bords sèchent toujours avec peine ; cette petite corde, réunie à une plus forte, comme la ralingue de têtière l'est à la vergue, laisserait un libre accès à l'air et serait plus flexible pour serrer les voiles ou prendre des ris. La voile des Catimarons, d'un tissu léger et peu serré, est réunie aux vergues par un translilage passant entre les deux ralingues; la vergue inférieure s'arrête au point où s'attache l'amure, qui sefixeà l'un des œillets e, e amarrés à une traverse de bois liée sur l'avant. Le mât est terminé par une fourche, sur laquelle porte la drisse, qui sert en même temps de hauban; il repose sous le vent, dans une cavité il pratiquée dans les pièces de bois latérales, et est très-incliné du côté du vent, où une autre fourche/ le soutient; il est retenu, en outre, par deux haubans, dont un seul lâché ferait tout tomber : ce système reste entier lorsqu'on le transporte à terre. On ne réduit jamais la surface de la voile : lorsque la brise fraîchit, l'équipage se place au vent , et le radeau, à cause de sa grande largeur, obtient une stabilité suffisante; mais, dans la partie méridionale de Ceylan, on installe au vent un balancier tenu par deux leviers amarrés aux grandes attaches. D'autres Catimarons, de 10 à 12 mètres de long, attachent parfois au vent un radeau supplémentaire, que l'on change pour virer de bord; leur voile, de 6 ou 7 mètres de côté, est portée par un mât avec de nombreux haubans réunis au tiers de sa longueur. Ils marchent bien et dérivent peu : ou les rencontre jusqu'à 12 ou i5 milles au large, où leur voile d'un brun-rouge foncé ressemble de loin à ces grosses bouées qui marquent les accores des bancs.

Le gouvernail est une planche lixée, sous le vent, à la grande attache en g'; il appuie contre la seconde pièce de bois, et, ne pouvant faire aucuu mouvement angulaire, il n'a d'effet que par la dérive : on augmente son action en l'enfonçant davantage.

Les Catimarons franchissent les barres par tous les temps quand ils ne sont pas d'une trop forte dimension et qu'ils ne portent que trois hommes ; ils sont toujours montés par des Lascars, que l'habitude de vivre dans l'eau rend presque amphibies et qui n'ont même pas l'air de redouter les requins dont on voit de temps en temps paraître les nageoires aiguës. Ils s'asseyent sur leurs talons en pagayant avec des planches semblables à des douvelles de barriques, et, lorsqu'ils veulent sortir de la barre, ils se dressent à chaque lame, en levant les bras pour présenter moins de surface et ne pas être emportés (pi. 28) : quand la vague est passée, ils se rasseyent, pagayent de nouveau et continuent ainsi jusqu'à ce qu'ils soient au large. Lorsqu'ils sont renversés, ce qui arrive rarement, ils redressent promplemeut le radeau et continuent leur route.

Au nord, vers Coringui, les Catimarons ont un treillage soutenu par des pieds (pi. 27, fig. 12), sur lequel ils

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