‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 23 sur 126 · BATEAU-SOULIER DE CORINGU · texte numérisé non relu

BATEAU-SOULIER DE CORINGU

C'est un bateau plat, très-utile, à l'embouchure du Godavery et dans la vaste baie de Coringui, parsemée de bancs desable. Son fond est formé de planches clouées à des traverses ( pi. 26, fig. 10, 1 1, 12 et i3) auxquelles sont fixées des parties latérales //creusées intérieurement et arrondies en saillie à l'extérieur. Ces pièces, qui vont d'une extrémité à l'autre, servent d'appui à des portions de membres sur lesquelles sont cloués les bordages de côté, de sorte que / / et / / sont les seules jonctions des flancs avec le fond ; les planches de côté sont clouées sur celles qui forment l'arrière, qui est vertical, et les écarts des bordages sont tous sur le même membre au lieu d'être croisés comme de coutume. Ces canots n'emploient leur petite voile qu'avec des brises faibles; ils font aussi usage de pagaies (fig- i4)i niais, ordinairement, ils marchent à la gaule avec assez de vitesse sur des bancs où il n'y a que quelques pouces d'eau.

/,o BENGALE.

La côte orien laie de l'Inde offre, comme on vient de le voir, très-peu d'intérêt pour les constructions navales, et, vers sa partie nord, on ne rencontre même plus que des Catimarons, qui peuvent seuls traverser les barres deces plages. Les communications avec la terre sont impossibles jusqu'au fond du golfedu Bengale, vers Balazore, qui fut jadis une ville importante : les avantages que présente le vaste cours du Gange la Oient abandonner pour un établissement fondé sur les bords de ce fleuve, et un village de quelques buttes indiennes se vit bientôt transforme* en une belle et riche cité dont la population égale celle de nos plus grandes villes de commerce. Ce fut Calcutta, qui offre au milieu de l'Inde des monuments élégants et dignes de l'Europe; mais, près du quartier splendide occupé par les autorités et les négociants, on trouve un contraste frappant, qui montre l'effet de la domination étrangère sur ces côtes : c'est la ville indienne composée de misérables cabanes de jonc couvert d'argile et de quelques maisons en briques. En le parcourant, on comprend sans peine l'accroissement de la population sur certains points de ces contrées : les Indiens sont, en général, si pauvres, et leurs besoins sont si minimes, que, n'ayant rien à transporter, ils se déplacent avec une étonnante facilité; aussi, dès que l'activité du commerce diminue dans un endroit, cette population , que rien n'attache au sol, va chercher sa subsistance ailleurs, et les villes de l'Inde tombent aussi vile qu'elles se sont élevées. Les grands édilices bâtis par les Européens prolongent seuls leur existence; mais cette cause peut n'avoir qu'une bien faible influence, et la chute si prompte des établissements portugais en est un exemple que l'on verra peut-être se renouveler. Calcutta renferme plusieurs beaux monuments, dont les plus remarquables sont le palais du gouverneur général, les bureaux de la compagnie, et surtout la Monnaie, établissement considérable, dont la façade est imitée de l'antique. L'ensemble de la ville est très-beau, car la brique avec laquelle on bâtit est recouverte d'un stuc blanc aussi brillant ([lie le marbre. Elle est défendue par un fort, trop considérable peut-être pour ces pays éloignés, où des attaques sérieuses sont moins à redouter que des coups de main.

Calcutta concentre tous les produits si riches et si variés des provinces du Nord ; chacun d'eux a son bateau particulier qui n'a subi aucun changement depuis l'arrivée des Européens, el récemment des besoins plus étendus en ont fait construire d'autres plus semblables aux nôtres. Les navires à vapeur sont même devenus nombreux sur le Gange, qu'ils remontent jusqu'à Benarès, malgré la rapidité des courants à l'époque de la fonte des neiges; mais leur navigation est longue et souvent interrompue pendant la saison de la sécheresse. Ils sont petits, bas sur l'eau et très-plats; quelques-uns sont construits en tôle; leurs machines à basse pression , placées à l'intérieur, sont peu puissantes, et, bien qu'ils n'aient aucun pont à franchir, leurs roues ont peu de diamètre. Ils ne font point de service régulier et ne sont employés que par les riches Européens el les agents de la compagnie pour remonter à Benarès et à Delhi.

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