‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 27 sur 126 · BATEAU INDIEN DES BOUCHES DU GANGE · texte numérisé non relu

BATEAU INDIEN DES BOUCHES DU GANGE

Ce bateau, qui a quelque analogie avec leDâk, est employé au transport des provisions à bord des navires étrangers

et à la pèche au milieu des bancs et des courants. Il est membre et cloue (pi. 3i, fig. 3 et 4); ses bordages sont réunis, en outre, par une quantité de petites crampes de fer disposées à l'intérieur et à l'extérieur comme le montrent les fi". 6 et 7 (pi. 3î). Ces crampes c c, souvent enfoncées dans une rainure et rarement recouvertes de mastic, durent, dit-on, très-longtemps, quoique exposées au contact continuel de l'air et de l'eau; elles lient si bien les bordages, que la couche de coton placée entre eux suffit pour s'opposer à toute infiltration. La forme oblique de leurs pointes est, en partie, la cause de leur tendance à serrer, et leur grand nombre doit beaucoup accroître cet effet : l'usage en est très-répandu au Bengale, où on les adapte à toutes sortes de bateaux, en les disposant par groupes de deux, trois ou quatre (fig. 6). Il est néanmoins surprenant de voir un tel moyen de jonction employé dans un pays où le fer est rare et où l'industrie tend à y substituer le bois et les amarrages. Le bordage du haut, d'égale largeur de l'avant à l'arrière, est plus épais que les autres et sert d'appui à leurs extrémités (pi. il, fig. 3); cette disposition se trouve aussi à Calcutta.

Les canots de l'embouchure du Gange ont des formes moins fines que celles des Dàks auxquels ils ont peutêtre servi de premiers modèles; ils n'ont point de parties rentrantes; leur quille, à peine sensible, n'est, à vrai dire, qu'un bordage plus épais que les autres ; leur plus grande largeur est au milieu, et leurs extrémités sont à peu près semblables. Ils portent souvent deux mâts, out une assez belle marche et se comportent très-bien à la mer. Le pont est formé de planches volautes placées entre les rainures de quelques baux fixes reposant sur une serrebauquière à i ou 2 décimètres du plat-bord. Les côtés sont exhaussés par une fargue clouée en dedans et trèsoblique vers l'extérieur , à laquelle les tolets, disposés comme ceux du Dàk, sout attachés. Les hommes, assis sur le pont ou sur de petits bancs mobiles, emploient des avirons assez courts et à pelle large (fig. 5). Le gouvernail est remplacé par un grand aviron attaché dans l'espace compris entre la pièce c c et le corps; ces bateaux portent deux voiles de coton comme celles de nos canots; quand il vente grand frais, ils n'en mettent que sur le grand mât et naviguent ainsi avec une mer très-dure.

BAULÉA.

Après avoir examiné les bateaux employés dans les parties basses du fleuve, nous allons parler de ceux qu'on ne trouve qu'au-dessus de Calcutta : les plus remarquables sont les Bauléas (pi. 3i et pi. 32), dont les dimensions varient beaucoup, les plus grands ayant 20 mètres de long et les plus petits à peine 10. Ils servent exclusivement au transport des passagers, auxquels ils offrent un logement commode.

Ils ont très-peu de profondeur, un fond courbe, très-relevé vers l'arrière, et leurs différentes sections sont presque semi-circulaires, même vers les extrémités; leur forme, ainsi que celle des Dinghis, se rapproche de celle de quelques constructions chinoises. Ils sout membres et n'ont pas de quille; le plat-bord, qui recouvre Pélrave , est percé par quelques couples soutenant une fargue en la dépassant pour remplacer les tolets. Ces bateaux ont tous, un peu plus bas que le plat-bord, un pont dont le dessous ne sert qu'à placer des provisions. Vers le milieu se trouvent des chambres très-bien tenues (pi. 3i,fig. t et 2), éclairées des deux côtés par des fenêtres à jalousies, avec un toit couvert d'une toile grise ou blanche pour moins absorber les rayons du soleil. Le patron se tient derrière et gouverne avec un aviron attaché au bout du bateau (pi. 32, fig. 1 ). Sur l'arrière des chambres est un montant destiné à fixer une tente; c'est là que les Indiens font leur cuisine dans une auge qu'ils remplissent de sable pour la garantir de l'action du feu.

Les Bauléas n'ont qu'un mât, souvent à bascule , et portent une seule voile de petite surface que leur peu de stabilité ne leur permet de déployer qu'avec de faibles brises, car leurs formes sont surtout favorables à l'aviron. L'extérieur et les côtés du pont sont peints en vert, et les chambres en blanc. Les Européens et les riches Indiens les emploient sur le Gange, avec des équipages composés de Lascars doux et soumis, qui supportent longtemps le travail de l'aviron.

D1NGH1.

Ce petit bateau de passage pour les classes pauvres tle Calcutta, plus court et plus arrondi que le Bauléa , porte encore plus mal la voile, qu'il emploie rarement; il n'est pas peint, mais frotté d'huile, ce qui donne au bois une couleur plus sombre à mesure qu'il vieillit. Les bordages sont cousus par des crampes, comme il est dit page 4^- Les membres, assez forts, mais peu nombreux, percent le plat-bord et soutiennent une fargue; le pont est volant et cesse sur l'arrière du mât, où se tiennent les passagers, que protège un toit formé de lanières de rotin tressées. Les rameurs sont assis sur le pont, les pieds appuyés sur une tringle p p tenue par une corde, et cette pédale, souvent saillante, les oblige à placer leurs jambes en dehors. Ils ne rament pas suivant la longueur , mais dans une direction très-oblique vers l'extérieur, comme s'ils voulaient attirer le bateau de leur côté autant que le faire avancer. Ils font usage d'avirons que représentent les fig. 8, 9, io et 11 ; celui qui sert à gouverner est attaché à l'arrière et n'a jamais de pelle ronde.

PATILÉ.

Le transport des produits du haut Bengale nécessite des bateaux plus forts que les précédents. Les plus grands sont les Patilés, dont quelques-uns sont bordés et cloués; d'autres ont des bordages à clins (pi. 33) liés par des chevilles de bois qui les unissent aussi aux membres; ils viennent s'appliquer à l'extérieur de l'étrave et de l'étambot, et non pas dans une ràblure. On en voit avec un arrière plat et vertical, un avant très-oblique, aplati vers le bas, et des planches latérales chevillées sur les côtés de ces parties : le haut de la muraille, formé do plusieurs bordages chevillés, ou couvert d'une planche large et saillante, sur laquelle on peut marcher pour pousser de fond; quelquefois on en pose d'autres pour le même objet sur les extrémités des baux, qui sortent tous et ne portent jamais de pont. Le gouvernail, placé sur le côté, est triangulaire (pi. 33 et suivantes); sa fusée verticale est retenue par des attaches ; mais, à bord des Patilés à arrière plat , il est porté par des ferrures.

Ces bateaux, de dimensions très-variables et de 12 à 20 mètres de long, portent une grande cabane eu joncs liés par des ûls, couverte d'un toit en chaume de cocotier; il est percé par des montants supportant des traverses sur lesquelles sont des planches et des gaules, si mal disposées que les Indiens seuls peuvent y marcher. Les voiles, soutenues par un bambou, n'ont aucune règle et sont très-petites; il n'y a que les Patilés de Mirlapore (pi. 34) qui aient une haute voile rectangulaire et une mâture plus élevée, fixée par de nombreux haubans.

Quelques-uns (pi. 35), ayant des bordages cousus par des crampes, affectent des formes arrondies qui se rapprochent beaucoup de celles des Bauléas. Leur arrière, pointu, très-relevé, est formé d'une seule pièce de bois plus forte que les bordages; ils ont des membres, des baux saillants, mais jamais de pont, et portent de vastes cabanes surmontées d'une plate-forme aussi longue que le bateau. Leur construction légère et leurs formes plates leur permettent de prendre de fortes cargaisons, et ils sont surtout propres au transport du coton.

PANSWAY.

Il y a beaucoup de variété dans les formes et les grandeurs des bateaux de ce nom; ils n'ont point de quille, sont plus longs et moins plats que les Dinghis, et marchent mieux. Ils sont membres et leurs bordages, unis par des crampes , sont percés par des baux : presque tous sont surmontés de cabanes de planches ou de nattes avec des toits en chaume. Ils n'ont de plate-forme supérieure que vers l'arrière et lorsque le gouvernail est vertical ; mais ils emploient ordinairement un aviron attaché à des montants (pi. 37.)

4/, COTE DES BIRMANS

Quelquefois des bateaux à peu près semblables, cousus aussi avec des crampes {pi. 3çi), enlèvent leur toit et ne conservent qu'une plate-forme portée sur des piquets à quelques mètres d'élévation, sur laquelle se tient l'homme qui gouverne; ils ont de 8 à i5 mètres de longueur, sont plats, très-longs, avec un arrière arrondi et élevé en pointe. On les rencontre surtout au-dessous de Calcutta, près des huttes de pêcheurs groupées sur le bord des criques au milieu des vases.

DOONGA.

On trouve au même endroit des pirogues d'une seule pièce de bois nommées Doongas {pi. 3ç)), dont l'avant et l'arrière sont élancés et plats, qui servent à circuler dans les marais et les embranchements de l'embouchure du Gange.

D'autres ayant la même destination sont formées de planches cousues, comme celles des Chelingues, par des attaches en jonc, dont les amarrages ne sont pas eu diagonale. Ces petites embarcations, de formes et de grandeurs tout à fait différentes, servent à une population misérable, adonnée principalement à l'exploitation du sel, et vivant dans un pays infesté de tigres, insalubre et marécageux.

On voit encore à Calcutta d'autres pirogues dont les principales sont : l'Oolak , ou canot de bagage de l'Hoogly et du centre du Bengale; il surpasse les autres bateaux de rivière pour marcher à la voile et gagner au vent ; son avant est aigu, ses côtés un peu arrondis, et on le manœuvre facilement avec l'aviron.

Le Dacca-Pulwar {pi. 4<>), qui est le plus léger, le plus prompt et le plus maniable des bateaux employés au commerce et qui n'a point de quille.

Le Mor-Punkee {pi. 4t)j bateau de plaisance des indigènes, élégamment décoré et mû par de nombreuses pagaies.

Celui de Tumlook, servant au transport du sel, qui forme une classe distincte, ainsi que le Bhur ou bateau de charge de Calcutta. Ils ressemblent tous à ceux dont nous avons donné les plans et les dessins, et il serait même difficile de les reconnaître entre eux à cause des moyens accidentels auxquels les Indiens ont recours poulies rendre propres à différents usages.

Nous avons pu mesurer celui qui sert au transport du riz {pi. k°ifig- 1 > 2 et 3). Il a pour base de sa construction une planche ce allant d'un bout à l'autre, de la même épaisseur que les bordages, qui viennent s'y appuyer sur les côtés, comme sur une quille sans ràblure. Ils sont cloués sur des portions de membres a a séparées entre elles {fig. 2). Les extrémités sont pontées et la cargaison est couverte de feuilles de latanier cousues les unes aux autres : l'aviron-gouverne {fig. 3) se place en g comme à bord des Pansways.

Quelques autres bateaux {fig. 4 et 5), formés d'une seule pièce, sont de véritables pirogues n'allant guère qu'à la pagaJe et destinées au passage d'une rive à l'autre. Ils ont des toits en nattes de lanières de rotin très-serrées, et sont eu partie pontés, les bancs étant inutiles aux Indiens, qui s'asseyent par terre.

COTE DES BIRMANS

La côte orientale du golfe du Bengale, habitée par les Birmans, n'est jamais fréquentée par les navires que nous venons de décrire. Ce peuple, assez industrieux et plus courageux que les Indiens, rend au dieu Boudhou un culte dépouillé des superstitions des brames, qui semble avoir été jadis répandu dans la partie méridionale de l'Asie ; mais la religion de Brama et celle de Mahomet l'ont remplacé presque partout, et on ne le retrouve plus que sur cette côte, dans l'île de Ceylan et parmi quelques tribus dispersées à l'est de Java.

COTE DES BIRMANS. /,.-

Les Birmans ne sont pas plus marins que les Indiens ; ils ne quittent jamais leur pays, et leurs constructions se bornent à des canots de rivière qui peuvent aussi naviguer sur les eaux tranquilles de leurs baies. Ils paraissent n'avoir que des embarcations à rames, et les fig. 7, 8 et y (j>l. 40) ont été tracées d'après un modèle vu à Ceylan, que nous croyons très-exact, à cause de sa grande ressemblance avec les bateaux de guerre décrits dans la relation de l'ambassade anglaise envoyée, en i7y5, dans le royaume d' A va. La pi. 41 est empruntée à cet ouvrage, ainsi que les détails suivants :

n La partie la plus remarquable des forces militaires des Birmans est sans contredit leur établissement de chaloupes de guerre. Chaque ville considérable, située dans le voisinage d'une rivière , est obligée de fournir un certain nombre d'hommes et un ou plusieurs bateaux, proportionnellement à ses moyens. On m'a assuré que le roi peut, en très-peu de temps, rassembler cinq cents de ces chaloupes : elles sont formées d'un tronc de teck, en partie creusé par le feu et en partie taillé. Les plus grandes ont depuis 80 jusqu'à 100 pieds de long (24"',24 à 3om,3), mais elles n'ont guère que 8 pieds de large (2'", 42)? et encore cela n'est pas la largeur naturelle du tronc; qu'on augmente par des allonges mises sur les côtés. Elles portent de cinquante à soixante rameurs, qui font usage d'une courte rame sur un pivot. La proue, formée du même morceau, a une surface plate sur laquelle on place, en temps de guerre, une pièce de canon de 6, y, et même 12 livres de balles, dont l'affût est anèté des deux côtés par de forts verrous, et il y a souvent des pierriers à l'extrémité de la poupe. »

« Les matelots ont une épée et une lance qu'ils placent près d'eux quand ils rament, et, indépendamment de l'équipage, il y a ordinairement à bord trente soldats armés de fusils. Ainsi équipés, ces navires vont en flotte à la rencontre de leurs adversaires, et, lorsqu'ils sont en présence, ils forment une ligne de bataille, la proue tournée vers l'ennemi. L'attaque des Birmans est très-impétueuse; ils s'avancent avec rapidité en entonnant un chant de guerre, autant pour encourager leurs soldats que pour intimider les ennemis et régler les coups de rames. Ils tâchent, en général, de sautera l'abordage en jetant le grappin, et, quand ils y parviennent, le combat devient furieux, car ils ont beaucoup de courage, de force et d'agilité. En temps de paix ils aiment à s'exercer sur leurs bateaux, et l'adresse avec laquelle ils les manœuvrent m'a souvent fait passer des moments très-agréables. Leurs chaloupes n'étant pas fort élevées au-dessus de l'eau, le plus grand danger qu'elles aient à courir est d'être coulées bas par le choc d'une plus grande, accident que les pilotes apprennent à connaître et surtout à éviter; il est étonnant de voir avec quelle facilité ils gouvernent et manœuvrent dans leurs combats simulés. L'équipage est aussi exercé à ramer en arrière et à faire aller la chaloupe la poupe en avant, car c'est là leur manière de faire retraite, et, par ce moyen, l'artillerie porte toujours sur leurs adversaires. Les plus grandes chaloupes ne tirent pas plus de 3 pieds d'eau. Quand il se trouve à bord une personne de distinction, on place au centre ou sur la proue une espèce de banne ou de dais, et les côtés sont unis ou dorés jusqu'à fleur d'eau, selon le rang du propriétaire : il n'y a que les princes du sang ou les personnages les plus importants, tels que les Maywouns des provinces ou les ministres d'Etat , qui puissent avoir de ces dernières. »

Le major Symes, chargé de cette ambassade, décrit ainsi le canot dans lequel il fut transporté : « Les chaloupes telles que celles que nous avions sont d'une construction très-différente des bateaux plats du Gange : elles sont longues, étroites, et demandent beaucoup de lest pour ne pas vaciller continuellement. Malgré ce lest, elles seraient encore en danger de chavirer s'il n'y avait pas, en dehors, de chaque côté, un rebord de 6 à 7 pieds de large (im, 82 à 2™, 12), fait avec des planches très-minces ou des bambous , allant de la poupe à la proue. Cette invention extrêmement commode, inconnue dans le Gange, paraît appartenir aux Birmans : par ce moyen la chaloupe ne peut pencher que jusqu'à un certain point, et elle se relève dès que cette partie saillante touche la surface de l'eau ; c'est là que se tiennent les matelots soit pour ramer, soit pour faire avancer avec de longues perches; ils y couchent aussi sous une voile tendue depuis le haut de la dunette jusqu'à l'extrémité du rebord. »

« Ma chaloupe avait Go pieds de long (i8",i8) et tout au plus 12 de large (3", Go). En faisanl ôler une solive qui

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traversait le bâtiment du coté de la poupe, mettre une planche à 2 pieds au-dessous de la première et élever une dunette cintrée de 7 pieds au-dessus de ce plancher, j'eus un logement composé d'une jolie chambre de i4 pieds sur 10, et d'un cabinet. Le patron se tenait sur un petit tillac qui était à la poupe, et un espace de 7 à 8 pieds (2°', 12 à 2»,42)> qui restait entre le tillac et ma chambre, servait ordinairement de salle à

manger.

« Je ne dois pas oublier de dire que l'équipage de cette chaloupe était composé d'un patron et de trente-six rameurs. »

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