PÉNICHE DE GUERRE
Les Jonques sont quelquefois accompagnées de Péniches (p/. 5o, fig. 2, 3, 4 et 5, et pi. 5a), qui ont le maximum de largeur au tiers, à partir de l'arrière, des formes arrondies el peu de tirant d'eau ; elles sonl membrées et bordées avec soin; la préceinte i ;', qui va de l'étrave à la barre d'arcasse, est surmontée d'un bordagé plus épais ([lie les autres, percé par plusieurs baux, dont deux, c et c', soutiennent les mâts. Ce bordage est peint en bleu de ciel, taudis que les pièces visibles c, c' et les petits carrés tracés sur cette même planche à la partie qui s'écarte de la muraille sonl rouges ; sur le pont, l'arrière est élevé, très-large et déborde de chaque côté, comme celui des Cliebecs; il porte des plates-formes latérales à la hauteur du bordage supérieur, et une autre partie pontée aussi élevée que le haut du tableau. Au delà de celle-ci sont des bambous attachés en travers, sur les côtés desquels il y a de grosses lanternes en papier huilé, couvertes de dessins et de caractères coloriés; une gaule horizontale, partant du milieu de cette partie, tient suspendu un pavillon triangulaire jaune bordé de rouge ; la carène et les préceinles sont rouges aussi, et l'arrière est orné de fleurs et de figures peintes sur un fond blanc. L'étrave est plate, large de o'",4o au sommet et de o", 10 à la flottaison; les bordages s'y appliquent et l'empêchent ainsi d'être visible par côté ; au ras de l'eau est cloué un renflement, espèce de taille-mer percé d'un trou ; une plate-forme u a, que
soutiennent une traverse placée sur l'étrave el le bau du mât de misaine, porte un petit canon très-long, dont l'affût, large vers l'arrière et pris entre les côtés du bateau, ne peut recevoir aucun mouvement pour pointer. L'arrière et le gouvernail sont disposés comme à bord de la Jonque de guerre.
Le pont (fig. 5), formé de borduges placés en long, calfatés et couverts de goudron, porte, de chaque côté, des pièces saillantes sur lesquelles reposent des panneaux g g, dont les planches sont en travers, et qui laissent en dessous un espace libre pour l'écoulement de l'eau; il est percé de plusieurs écouti lies sur l'une desquelles est une cabane élevéede om,5o, couverte en toile peinte, où loge le capitaine. Le reste de l'intérieur, très-bas a cause du peu de profondeur du navire, contient des couchettes ainsi que des caisses pour renfermer les vivres.
Le bordage supérieur dont nousavons parlé soutient des montants sur lesquels sont des pièces horizontales b el b ( fig- 5), liées à des bambous qui forment, de chaque côté, une longue plate-forme b b, dont le but ne nous est pas connu. Entre ces montants se trouvent, à la place de nos toiles de bastingage, des nattes il d, remplacées vers l'arrière par une planche peinte en rouge, percée pour le passage d'avirons établis sur des tolets, qui ont des pelles semblables aux nôtres, sont courts, très-maniables et peints aussi en rouge. Chaque canotier est assis sur une banquette mobile haute de om,2o; ils suppléent aux tentes par de très-larges chapeaux plats///, en rotin tressé, fixés sur un treillage semblable à ces bourrelets en baleine que portent les enfants, qui permet à l'air de circuler autour de la tête. Les équipages sont composés d'hommes vigoureux, nageant avec ordre, en se levant rarement pour produire plus d'effet; leur nombre n'excède pas vingt et un ou vingt-deux de chaque côté, car on n'en met qu'un par aviron. Ces Péniches divisent l'eau avec facilité, produisent peu de remous à l'arrière et marchent rapidement; aussi pensons-nous que les canots européens ne pourraient lutter avec elles et que les formes chinoises sont très-favorables à l'aviron. Elles ont deux mais à bascule, dont la fig. 2 donne les dimensions exactes ainsi que celles de la voilure et les dispositions du gréement; les haubans diffèrent de ceux de la Jonque en ce qu'ils sont roidis par une ride passée dans une cosse et dans un taquet cloué /).
Les Péniches sont armées de longs pierriers en fer portés sur des chandeliers c fixés au navire (fig- 5); ces petites pièces, ornées d'écharpes rouges nouées autour de la volée , ont des manches en bois, à peu près comme une crosse de fusil ; leur calibre ne doit pas excéder une livre, et elles sont, du reste, en aussi mauvais état que les canons des Jonques. L'équipement est complété par des faisceaux de lances attachées des deux côtés de l'arrière, avec des fers de formes aussi variées qu'étranges. On voit constamment ces Péniches circuler autour de Macao et dans les branches du Tigre, où elles surveillent les Européens; elles portent à leurs mâts (pi. 52) des pavillons couverts de caractères brillants, et sur leur poupe de grandes lanternes en papier ; lorsqu'elles passent à côté les unes des autres, elles se saluent en frappant à coups redoublés sur leurs gongs, espèces de cymbales dont le son perçant se fait entendre au loin.