‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 32 sur 126 · JONQUE DE GUERRE · texte numérisé non relu

JONQUE DE GUERRE

L'examen détaillé d'une Jonque de guerre donnera idée des anomalies des constructions chinoises. Au premier coup d'reil on est frappé de la position du maximum de largeur très-près de Tanière (pi. 5o, fig. i) : la poupe, renflée, domine tout le navire (pi. 49)> tandis que l'avant, bas et carré, s'arrondit et paraît calculé pour faire passer l'eau en dessous plutôt que pour la diviser; la carène, grosse et arrondie, enfonce très-peu dans l'eau et n'a jamais de parties rentrantes, ni d'extrémitésplates comme celle qui avoisine l'étambotde nos navires. Presque toutes les sections verticales, faites en différents points, sont pareilles et paraissent être des portions de cercle de l'arriére au milieu, et vers l'avant se resserrer en ellipses. Nous regrettons vivement de n'en avoir pu relever la carène ; tant d'obstacles entravent des travaux aussi longs, qu'il est bien rare qu'un voyageur trouve un navire dans des conditions qui lui permettent d'en mesurer les parties immergées. 11 y en avait un grand nombre échouées sur les vases dans le port de Macao, et c'est là que, en les examinant avec soin, nous avons été frappé de l'analogie dont il a été parlé, entre la conformation des carènes chinoises et celle des oiseaux aquatiques : ce sont de part et d'autre des formes plates dans les fonds, arrondies sur les côtés, courbes en se relevant vers les extrémités, surtout vers l'arrière; la position de la plus grande largeur est aussi la même, et l'immersion est égale devant et derrière.

Le corps est membre, bordé et vaigré dans ses parties inférieures comme celui des navires européens, à cela presque la quille, ordinairement percée (pi. 60) n'est pas la base de la construction, et ne lie pas tous les membres entre eux ; on la remplace par une planche qui nous a paru plus épaisse que les autres vers l'intérieur, mais qui n'est point saillante, sur laquelle la quille extérieure est clouée, de sorte que, si elle est arrachée, il n'en résulte aucun malheur. Nous pensons que cette disposition pourrait être très-utilement imitée chez nous sans nuire à la solidité ; car les marins qui ont fait naufrage ou qui ont échoué conviennent que leur malheur fut presque toujours occasionné par la perte de la quille, qui, sans aucun soutien latéral, est facilement enlevée et laisse les intervalles des couples à découvert. On a, il est vrai, obvié à cet inconvénient par des fonds pleins dont toutes les parties se touchent; mais cette avarie n'en est pas moins encore très-considérable, puisqu'elle influe sur tout le reste de la construction.

Les carènes chinoises sont quelquefois garnies d'un soufflage eu bois couvert de peinture ou d'une composition blanche ; les bordages vont d'une extrémité à l'autre parallèlement à la quille, et, vers la flottaison, ils deviennent plus épais comme nos préceintes, mais ils s'arrondissent comme des tores de colonnes z zz z (pi. \g,fig.i et 2) et

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sont séparés par des parties plates dans lesquelles est le calfatage : toutes ces pièces viennent se joindre à deux fortes traverses placées aux extrémités, celle de l'arrière ligure notre barre d'arcasse et l'autre {fig. i) repose sur l'étrave ; les préceintes se terminent au niveau de pont où la muraille a om,45 d'épaisseur; quelques couples traversent le plat-bord et soutiennent les planches minces entourant le pont qui sont percées de petits sabords bordés de liteaux rouges; le haut est terminé par un bordage mis à plat, peinl en rouge, ain;i que quelques planches verticales clouées pour maintenir le tout. Les côtés supérieurs du bâtiment qui se relèvent vers l'avant forment deux grandes flasques e e {fig. i et 2) unies par une planche transversale et portent un ou deux guindeaux g"" qui les percent ; ils sont toujours peints en rouge avec les deux cercles qui figurent l'œil. La barre de l'avant, qui repose en travers sur l'étrave en débordant sur les côtés, et une seconde f, placée devant le mat de misaine, portent une planche /"y, sur laquelle se met l'ancre déjoallée.

L'arrière, déjà très-élevé, est encore exhaussé par le tableau sur lequel sont dessinés avec soin des nuages, des montagnes, des fleurs et des dragons de couleurs brillantes, sur un fond ordinairement blanc : il est surmonté de grosses lanternes en papier huilé, couvertes de peintures et d'écritures chinoises. La muraille est percée par deux traverses soutenant, de chaque côté, à la hauteur de la partie arrière du pont(/;/. t\<), fig- 1 , et pi. 5o,Jig. 1), une plate-forme o 0' entourée d'une balustrade, qui est quelquefois pleine et rayée de bandes bleues et blanches, au lieu d'être découpée à jour; cet espace ne paraît destiné qu'à placer les provisions.

Le pont est partagé par une longue écoulille servant à introduire les mâts, de sorte que, des deux côtés, les bordages ne sont que des planches clouées en travers sur l'hiloire du panneau et sur la serre-bauquière sans qu'il y ait de barrots. Ce premier pont, calfaté, est enduit d'une couche de goudron et recouvert de panneaux mobiles posés sur quelques traverses en dessous desquelles l'eau se rend aux dalots; quelquefois le pont est seulement bordé comme on le voit fig. t {pi. 5o). 11 est plus haut de om,3o à om,4o entre les deux cabanes / i et k k, et s'élève encore de la même quantité sur les côtés du gouvernail ; derrière ces petites maisons se trouvent des cases /, où se fait la cuisine, et les vivres sont placés en dessous jusqu'à l'arrière. Dans la cabane i i, recouverte en toile, servant de salon au capitaine, on voit une grande gravure coloriée représentant Confucius et le diable, que les Chinois affichent aussi devant la porte d'entrée de leur demeure. L'autre, k k, couverte en feuilles de palmier, renferme l'escalier qui descend chez le mandarin-capitaine, dont le logement, vaste et très-propre, reçoit latéralement la lumière par des lucarnes carrées peintes en rouge. Sur l'avant, tout l'intérieur du navire est disposé en rangées decouchettes, chaque homme ayant probablement la sienne; elles sont sur deux étages et soutenues par les épontilles qui supportent les hiloires du long panneau dont nous avons parié. Il règne assez d'ordre dans cet entre-pont, où sont placés les coffres des matelots, et nous croyons que la provision d'eau est au-dessous.

Les Jonques sont armées de quelques canons de faible calibre, différents des nôtres par une très-forte culasse et un bourrelet peu prononcé : les affûts ont des traverses au lieu de roues; les flasques n'ont point d'adents, et les sur-bandes sont remplacées par des amarrages en rotin ; il n'y a que la pièce de l'avant qui soit en bronze et ornée de jolies sculptures. Le capitaine nous lit tout visiter avec une confiance bien rare chez un serviteur du gouvernement chinois : nous lui demandâmes à voir les boulets, mais ce fut en vain; peut-être n'y en avait-il pas à bord et devaient-ils arriver avec la poudre, qui n'est délivrée que par des chefs supérieurs, souvent très-éloignés. L'armement esl complété par un grand nombre de lances dont les fers ont les formes les plus variées, attachées sur les côtés de l'arrière et des flasques de l'avant {pi. 5i). La Jonque, ainsi équipée, était venue se placer près de la frégate l'Artémise pour la surveiller, et, après son départ, le capitaine chinois aura sans doute raconté d'une manière pompeuse qu'il avait expulsé un navire barbare.

Le gouvernail est très-singulier : il a une forte fusée ronde mm passée dans deux trous, dont l'un esl pratiqué dans le pont et l'autre dans le corps même du navire, au niveau de la flottaison. Le safran n {pi. 4g), ou partie plate, est tenu par des pièces de bois enfoncées dans la fusée et formé de planches verticales percées de trous en losanges,

dont l'effet ne peut être que de diminuer son action eu permettant à l'eau de traverser une partie de la surface qui lui est opposée. C'est une contradiction évidente sur laquelle nous n'avons pu obtenir aucun éclaircissement; cependant cet usage, général en Chine, s'applique même aux quilles (pi. Go, fig. i). La fusée mm tourne librement dans ses trous, et le gouvernail peut être soulevé par le guindeau placé au-dessus, de manière à mettre hors de l'eau la plus grande partie du safran, position qu'on lui donne dès qu'on arrive au mouillage (pi. /19). Le gouvernail, toujours suspendu à la corde d'un guindeau, peut être hissé autant que l'on veut; seulement, alors, il perd tout mouvement latéral, le safran entrant dans une longue fente telle que n ri' (pi. 5o, fig. 4), qui, laissant un vide à l'endroit où nous plaçons l'étambot, sépare le navire depuis la quille jusqu'à la traverse de l'arrière; les deux côtés de cet intervalle sont consolidés intérieurement par de fortes courbes a a (pi. Go,Jig. 4 et 5) dans les râblures desquelles sont cloués les bordages (pi. 49)- Cette fente n n' laisse entrer l'eau , que l'on contient par une cloison transversale faite à l'intérieur (pi. 60, Jîg. 4 et 5), qui va d'un bord à l'autre en s'élevanl jusqu'au pont, et par deux autres longitudinales b b et b b, parallèles à la fente, ce qui lorme une chambre calfatée , renfermant une masse d'eau dont le poids charge beaucoup le navire lorsqu'il tangue. Cette disposition, particulière à la Chine, se retrouve à bord des grands navires comme des plus petits bateaux; mais ce gouvernail, qu'on ne peut rendre libre qu'en le descendant (pi. 60, Jîg. 1 et 4)> fatigue beaucoup à cause de la grande surface du safran et de la position éloignée où il se trouve lorsqu'il est en action; aussi entend-on toujours craquer sa longue fusée, et voit-on les hommes qui tiennent la barre résister avec peiue à ses secousses; car on n'a pas su lui appliquer le treuil dont on fait cependant usage pour des objets moins importants.

Les bâtiments chinois ont une mature simple, comme toutes celles de l'Inde; ils n'ont jamais ni beaupré, ni foc, et portent trois mâts placés comme ceux de nos Chasse-marée. Les deux plus grands sont introduits dans l'écoutille dont nous avons parlé; celui de l'avant est placé derrière un bau b, dont la partie supérieure seulement est aplatie et paraît sur le pont à o™, 10 au-dessus des planches; le grand, au contraire, est sur l'avant d'un bau semblable, qui , ainsi que b, traverse la muraille en montrant en dehors une partie ronde a peinte en rouge (pi. 49)- Lorsque les deux mâts sont amenés à leur position verticale, ils y sont maintenus par trois ou quatre pièces c C, c c', c" c" placées obliquement pour les étançonner et les presser contre les baux a et b, entre deux gros montants qui descendent jusqu'au fond ; cette méthode lourde et grossière prend beaucoup d'espace dans le navire et le charge d'un poids inutile. Quant au mât de l'arrière, il est à bascule et pris entre les deux flasques d'une pièce implantée dans le pont; mais, au lieu de s'abattre dans le sens de la longueur, il se couche en travers : il est toujours à l'angle de bâbord de la dunette, et c'est par erreur qu'il se trouve du côté opposé dans les pi. 5i , 54 et 62.

Les mats ont deux ou trois haubaus, dont le capelage est couvert d'une planche carrée peinte en rouge, sur laquelle reposent des gaules portant des pavillons bariolés de couleurs et de dessins, et ceux que représentent les pi. 49 et 5 1 paraissent être les marques distinctives des Jonques de guerre. Les haubans simples se roidissent au moyen d'une petite corde xy, qui, en les tirant obliquement, augmente un peu leur tension; mais de tels moyens sont bien faibles, et c'est sans doute à cause de leur insuffisance que les mâts ont autant de diamètre.

La disposition des voiles des Jonques, particulière aux Chinois et aux Japonais, est certainement une de leurs plus ingénieuses inventions : elles sont toujours faites de nattes jaunes très-lines, qu'on attache à chaque laize à la vergue v v (pi. 49), et plus bas à des lattes q' q' formées de faisceaux de trois ou quatre bambous liés solidement ensemble, dont le nombre est moindre à bord des petits navires, et qui, sur les bateaux de pêche, ne sont qu'en une seule tige de bois ordinaire. Chacune d'elles est maintenue prés du mât par une longue drosse fixée en s, qui l'embrasse en passant dans la poulie s', puis dans celle s", et descend ensuite sur le pont; l'autre extrémité est retenue par une écoute en patte d'oie q' passée dans une poulie attachée à une corde qui descend à une grosse poulie q", où se réunissent toutes les cordes semblables : celle-ci q" est fixée à une écoute simple sur laquelleon agit

pour border la voile. Ou comprend, d'après celle disposition, combien la surface doit être plaie, puisque les lattes, qui déjà empêchent sa courbure, sont elles-mêmes maintenues par leurs extrémités; aussi cette espèce de voileestelle excellente au plus près, et permel-elle de serrer le vent d'un quart de plus qu'avec les voiles ordinaires. Elle oriente bien, se change d'elle-même en virant de bord, exige très-peu de force pour la manœuvrer; seulement elle se colle sur le mat lorsque le vent frappe du côté où elle est placée. On voit aussi combien la réduction de surface devient facile ; car, en laissant descendre la voile, les lattes se posent successivement les unes sur les autres, el ne laissent exposées à l'action du vent que les parties hautes, où elles restent éloignées; de même, pour augmenter de voile, il suffît de hisser la vergue, et ce mouvement, semblable à celui qu'on produit en levant une jalousie, devient aisé au moyen d'un guindeau g'" et g', dont la puissance est nécessaire, bien que la drisse soit triple, pour soulever une telle masse de bois, de nattes et de cordes. Le principal défaut de la voile chinoise est une trop grande pesanteur qui tend à la faire tourner; il a fallu, pour y résister, employer la corde rrr, qui, partant de l'extrémité d'une des lattes, embrasse le mât, passe dans une poulie au bout de la latte suivante, et continue ainsi jusqu'en bas, en rapprochant l'avant de la voile du înàt. C'est aussi pour supporter ce poids que les Chinois mettent de chaque côté de fortes balancines à itagues fixées à la latte inférieure {Jig. i) : celle de la grande voile est tournée sur le guindeau g", ainsi qu'une autre, simple, placée plus en avant. Lorsque la voile est descendue, comme celle du grand mat de la pi. 49, elle repose en partie sur des traverses dd {Jig- i et 2, et pi. 5o,Jig. 1) soutenues par des montants extérieurs peints en rouge. Les drosses sont alors lâchées, y compris celles de la vergue u, lï, il' , qui est trèsforte et roidie par un palan.

Nous uous sommes étendu au sujet de cette voile que ses qualités rendent intéressante; pour les navires qui n'en ont qu'une par mât, c'est la plus parfaite qu'on puisse trouver, mais elle a surtout de grands avantages dans les dimensions moyennes, où les lattes sont moins fortes et l'attirail des drosses très-si mplifié. Avec l'aide du guindeau, on peut en augmenter ou en diminuer la surface sans un travail aussi long et aussi difficile que celui qu'exigent nos ris, et suivre ainsi sans peine les variations du vent le plus inconstant. Les voiles de la Péniche de guerre [pi. 5o, fig. 1) ou celles des pi. 56, 64, et autres, donnent une idée de la différence qui existe à bord des petits bateaux; les drosses y sont remplacées par un bout de rotin attaché en m et eu m'. La corde rr, devenue celle l ly est simple et légère, et l'on comprend combien il est aisé de donner à la voile la surface que l'on désire. Sa disposition subit, suivant les bâtiments, quelques différences faciles à apprécier en examinant les autres planches relatives à la Chine; on y verra même l'usage des lattes, porté à l'excès, diminuer, par l'énormilé du poids, tous les avantages de ce système.

Les Jonques n'ont que des ancres de bois semblables à celles des Malais {pi. 80) et des câbles de fil de coco assez bien confectionnés : ils les tournent sur de grands guindeaux g g, qui traversent le navire et qui se meuvent dans des montants fixés à la muraille, eu dehors de laquelle ressorlent leurs extrémités peintes en rouge ; pour arrêter le câble, ils laissent dans le guindeau des barres qui, en appuyant sur le pont, empêchent son mouvement de rotation. Le câble sort du navire entre les grandes flasques de l'avaut, et porte sur la traverse, où il est maintenu par des piquets {pi. 49i„/%- 2, et pi. 5o,Jig. 1). Lorsqu'une ancre est levée, elle est placée en dehors sur une des planches/ f et reste ainsi sous voile, ce qui nécessite le démontage du jas : quelquefois, pour la garder en mouillage, on la laisse reposer sur la traverse, comme on le voit pi. 5i ; c'est même dans celte position que le jas est mis en place. Il est étonnant qu'un peuple qui sait travailler le fer s'en tienne à des moyens d'amarrage aussi faibles et n'ait pas eu l'idée de fabriquer de meilleures ancres.

Les grandes dimensions des Jonques empêchant d'y appliquer des avirons, on les remplace par de longues godilles extérieures posées sur la tête d'un clou, en h, que des hommes placés en dehors sur les planches II' h' font mouvoir. Ces moyens ne doivent produire que peu d'effet sur une masse aussi considérable, car il y a des Jonques plus grandes encore que celle des pi. 49 et 5o, et nous en avons vu dont la longueur était au

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moins de 4o mètres; leur mâture seule n'était pas augmentée dans le même rapport que les autres parties, surtout lorsqu'elles servaient au commerce. Leur marche est loin d'être aussi lente qu'on pourrait le croire; elles ont d'assez bonnes qualités et serrent le vent plus près même que les navires à voiles latines. Elles virent toujours vent devant, en exécutant, très-promptement et sans perdre au veut, celte manœuvre dont l'usage est assez récent en Europe. Leur plus grand défaut vieut de leur peu de tirant d'eau et de leurs formes plates, car elles dérivent beaucoup sans avoir aucun moyen artificiel d'y obvier.

Les Jonques de guerre ont des équipages nombreux choisis parmi les pêcheurs de ta côte, qui paraissent assez habitués à la mer, mais n'avoir aucune connaissance militaire. Ils n'ont pas de tenue régulière et sont commandés par de petits mandarins, auxquels ou vend celte position comme toute autre de l'administration publique; car tout est vénal en Chine. Le capitaine de la Jonque que nous avons mesurée paraissait tout à fait étranger au métier de marin et ne portait pas non plus de coslume spécial : il avait sans cesse auprès de lui un interprète cl un pilote vêtus, comme le reste de l'équipage, de pantalons, de vestes noires et de chapeaux coniques de couleurs brillantes.

11 y a aussi des Jonques marchandes, semblables à celles que nous venons de décrire , dont le port excède 600 tonneaux : leurs cales sont distribuées en compartiments calfatés pour contenir des denrées liquides, telles que l'indigo, que les Chinois transportent en cet état; ces cases sonl louées par les propriétaires qui suivent leurs marchandises. Les Jonques ne naviguent qu'avec les moussons; elles partent à des époques fixes, se réunissent en flottilles pour se rendre à Manille, à Batavia , à Sincapour et dans les îles du grand archipel d'Asie. La concurrence des navires européens leur a enlevé une partie du commerce de ces mers, et elles quittent maintenant plus rarement les côtes de leur pays, où elles font un cabotage actif qui dénote un grand commerce intérieur.

L'aspect des Jonques étonne le marin qui les voit pour la première fois, car il n'y trouve rien de ce qu'il est habitué à considérer comme utile à la navigation : toutes les règles de la construction y sont, renversées, et le goût des Chinois pour les ornements, les couleurs vives dont l'extérieur est couvert, les rendent tellement étranges, que, quoique les dessins du pays soienl très-exacts, on n'a cru aux navires qu'ils représentent que lorsque la navigation, en taisant mieux connaître la Chine, nous a prouvé qu'ils existaient et qu'ils naviguaient même assez bien.

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