‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 35 sur 126 · JONQUE EMPLOYÉE AU TRANSPORT DU SEL · texte numérisé non relu

JONQUE EMPLOYÉE AU TRANSPORT DU SEL

On retrouve dans ce navire les types principaux de la construction chinoise avec toutes leurs singularités : la carène, blanche, à formes arrondies, est surmontée de nombreuses préceintes rondes, comme celles de la Jonque de guerre; la muraille, placée au-dessus, a des bordages obliques devant el derrière et horizontaux au milieu (pi. 54).

Il est étonnant de trouver en Chine cette méthode, regardée chez nous comme un perfectionnement notable pour la liaison des charpentes, et qui, appliquée aux vaisseaux et aux navires à vapeur, fait encore douter que les planches horizontales lui soient supérieures; ces bordages, peints en noir, sont percés d'un grand nombre de clous qui montrent combien les membres sont rapprochés. Les parties hautes sont fortifiées par des lattes clouées en dehors et peintes eu rouge, entre lesquelles sont figurés des sabords blancs avec un carré rouge au milieu. Vers l'avant, les murailles, relevées, forment de grandes flasques verticales peintes en vert, portant une imitation d'œil et des figures bizarres ; elles sont séparées par un vaste espace libre surmonté de quelques guindeaux, servant de passage aux cables ainsi qu'aux ancres. L'avant est courbe, mais tout à fait plat; sa largeur, à la flottaison, est déplus de 3 mètres, ses bordages sont horizontaux , il n'a point d'étrave et ne peut que repousser la mer au lieu de la diviser; il est blanc et ordinairement décoré de dessins coloriés.

La dunette, très-élevée, est ouverte sur l'avant, avec un tableau blanc couvert de peintures représentant des dragons et des fleurs : la partie inférieure de l'arrière est rentrante et laisse dans l'intérieur du navire un espace d'environ 5 mètres de largeur et de profondeur, bordé suivant la courbe des côtés et garni au fond de planches horizontales; cet espace contient un gouvernail d'une forme singulière, suspendu à un guindeau, qui, ne pouvant être manœuvré par une barre à cause de la longueur de sa partie plate, est dirigé, comme un de nos gouvernails de fortune, par deux cordes attachées à sou extrémité. On ne comprend pas qu'un appareil aussi grossier et aussi incapable de résister à la mer subsiste chez un peuple qui sait exécuter des travaux plus difficiles. La mâture, très-basse, ne porte que de petites voiles à lattes; le bateau représenté pi. 54 a son grand mât démonté et placé sur le bord, où l'on en voit les dimensions relatives. Ces navires ne peuvent pas bien marcher et doivent beaucoup fatiguer, car ils sont très-longs, et l'eau, qui s'engouffre dans la grande cavité du gouvernail, ne peut manquer de produire de violentes secousses. Us sont spécialement employés au transport du sel dont les provinces méridionales fournissent le nord de l'empire. Leur longueur est de 3o à 35 mètres, leur largeur de 7 à 8 et leur creux d'environ 7 mètres ; tout à leur bord est mal disposé plutôt que mal exécuté, et nous ne pûmes, à notre grand regret, en visiter l'intérieur, qui nous eût sans doute offert beaucoup de particularités curieuses.

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