‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 53 sur 126 · PIROGUE DE LA LAGUNE · texte numérisé non relu

PIROGUE DE LA LAGUNE

Sur le même lac ou voit encore des pirogues à balancier (pi. 72, fig. 5, 6 et 7) dont la largeur est augmentée dans les parties hautes par une planche horizontale ee qui supporte les fargues//et sous laquelle sont des bancs qui débordent et concourent à les soutenir. Les leviers sont retenus par des amarrages passés sous la traverse g qui est enfoncée horizontalement dans une rainure pratiquée dans un renflement que l'on conserve dans le bois. La voile, en nattes, est à livarde et ses deux côtés latéraux sont joints à des lattes de bambous h h', kk :'.

Ces pirogues sont en partie couvertes de toits volants qu'on dispose en peu de temps et qui se transportent facilement : ils sont en nattes posées sur des bambous dont on ne laisse au milieu qu'une lanière qui se courbe et dont les bouts sont taillés eu fourche (fig. 5 et 7) pour embrasser la fargue. Toutes les pirogues de la Lagune, qui sont très-variées, emploient le balancier double et des voiles de formes diverses, mais semblent préférer celle à livarde; on peut avoir une idée de leur aspect par celle représentée sur le devant de la pi. 71.

BANlvA.

Le Banka, qui n'a pas de balancier (pi. 75), et ne sert que comme bateau de passage sur la rivière et la rade de Manille, est d'une seule pièce de bois d'environ 5 à 7 mètres de long, o»,72 de large et o"',55 de profondeur; il aurait fort peu de stabilité sans deux gros bambous attachés sur les côtés, un peu au-dessus de l'eau, qui, le soutenant dès qu'il incline, l'empêchent de chavirer et arrêtent aussi l'eau qui entrerait dès qu'il y a un peu de mer, à cause du peu d'élévation des côtés. Les passagers, au nombre de trois ou quatre seulemeut, s'asseyent suides bancs placés vers l'arrière, et sont abrités par un tissu de rotin très-serré, soutenu par des piquets qui, liés entre eux par leurs sommets, compriment et courbent le toit. Ces bateaux n'emploient jamais de voile, mais marchent très-bien à l'aviron et surtout à la pagaie; ils sont le moyen de transport le plus prompt et le plus commode du pays, et tous les jours ils arrivent en foule à Manille chargés de denrées; ceux qui ne fréquentent que les rivières et la Lagune ont 10 à 12 mètres de long, sans être cependant plus larges que les autres.

MALAISIE. fil)

SALAMBA.

Cette machine à pêcher, que nous avons improprement nommée Taraya sut- la pi. ^5, est établie sur un radeau, qui se transporte facilement d'un lieu à l'autre; elle se trouve surtout dans la rivière de Passit et près du petit phare de son embouchure, où les groupes qu'elle forme ressemblent de loin à de grandes araignées remuant lentement leurs pattes. Le (ilet rectangulaire des Salambas est soutenu par deux longs bambous solidement liés à d'autres qui les retiennent en arrière : les premiers sont attachés en croix avec du rotin, et ce point de jonction est suspendu au bout de deux pièces de bois réunies comme pour une chèvre. Celles-ci reposent dans des mortaises sur une pièce ronde servant de charnière, placée horizontalement entre des taquets à l'extrémité du radeau, et portent aussi , vers l'arrière, un arc-boutant perpendiculaire, lié par des rotins au sommet de la chèvre, de sorte qu'en pesant sur l'extrémité de l'arc-boutanl on force tout le système à se relever et l'on fait sortir le (ilet dont les deux autres angles sont attachés au bateau même; alors, en soulevant sa partie voisine avec une petite corde, il ne reste plus dans l'eau que le sac du (ilet, dans lequel le poisson se prend avec un havenau. Pour régler l'effet de la bascule, on suspend des pierres à l'arc-boutant de l'arrière, en disposant la longueur des cordes de telle sorte qu'elles posent les unes après les autres sur le radeau, et perdent ainsi leur action à mesure que le blet offre inoins de résistance en se relevant ; ces poids sont si bien calculés qu'uu enfant peut aisément faire agir la machine.

Le radeau est formé de bambous rangés clans le sens de la longueur, attachés à d'autres placés en travers, et plus éloignés entre eux; il y en a ainsi cinq ou six couches longitudinales superposées. Pour coutre-balancer le poids de la machine, qui n'agit que sur une extrémité, on met plus de bambous en travers de ce côté, et on place à l'autre une cabane de joncs couverte en chaume ; les pêcheurs, qui paraissent l'habiter toujours, se transportent avec tout ce qui leur est nécessaire, en se poussant de fond sur les bancs; ils ne prennent ainsi que de petits poissons, et se tiennent près de terre et dans la rivière, où ils rentrent tous à l'époque des typhons. Quand le radeau a io mètres de long sur 4 de large , et le filet i5 à 18 mètres sur 8 ou io de côté , on installe des bambous sur l'avant pour tenir les deux angles du (ilet écartés; nous avions déjà vu un système semblable dans l'Inde, et notamment à Cochin ; mais, au lieu d'être mobile, il était établi sur une petite jetée de piquets , et quelquefois manœuvré par un treuil.

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