‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 61 sur 126 · DÉTROIT DE MALACCA · texte numérisé non relu

DÉTROIT DE MALACCA

PIROGUE NOMMÉE TOUCANG.

Le gouvernail dont nous venons de parler sert aussi bien auvent que sous lèvent , mais il y a d'autres bateaux malais qui sont obliges de le changer de côté; tel est celui des fig. 7,8,10 e! 11 (pi. 78), qui, attaché au montant n, est tenu par une estrope dans les coches o, d'où la pression de la dérive tendrait à l'arracher s'il n'était toujours placé sous le vent. Les bateaux qui l'emploient , nommés Toucangs , très-nombreux à Malacca et à Sincapour, marchent bien à l'aviron et même à la voile, quoiqu'ils soient très-volages; leur bordage et leur membrure sont un peu lourds, mais bien travaillés; les bancs, iixésà uneserre-bauquière, ont des ràblures sur lesquelles reposent les planches volantes du pont. Leurs formes sont assez plates au centre, mais les extrémités, qui se ressemblent beaucoup, sont évidées et très-fines; le maître-couple est au milieu, la quille est à peine sensible, et la voile, qui se roule, est à livarde ou à vergue, en nattes ou en joncs parallèles.

P1NDJAJAP.

L'île de Sumatra, dont nous avons examiné quelques1 bateaux, forme avec la presqu'île de Malacca le long et riant détroit dont on suit la route sinueuse pour se rendre aux mers de la Chine. Peu de pays sont aussi favorisés de la nature ou offrent une plus riche végétation : c'est là que croissent le mangoustan, dont le goût vanté surpasse tout ce que nous connaissons de meilleur, la banane, l'ananas, et une quantité d'autres fruits qui y sont supérieurs à ceux des autres pays chauds; le muscadier, apporté des Moluques, s'y trouve eu abondance, ainsi que l'aréquier, dont la noix, nécessaire aux Malais pour le bétel, est aussi employée par les Chinois pour leurs admirables teintures. Tous les établissements européens du détroit sont situés dans des îles voisines de la péninsule dont ils concentrent les productions; mais la côte de Sumatra, loin d'être montagneuse comme celle de l'ouest, n'est qu'une longue suite de terres basses et insalubres, près desquelles les caboteurs malais seuls peuvent naviguer.

Parmi les bateaux de cette côte qui fréquentent les comptoirs anglais, on doit remarquer le Pindjajap (pi. ng) à cause de quelques analogies qu'il offre avec les anciennes galères dont il a les formes effilées aux extrémités, le peu de largeur, le faible tirant d'eau et la légèreté de construction. 11 est ras sur l'eau avec un plat-bord surmonté d'une haute fargue peinte en noir et bordée par deux lignes blanches tandis que le reste du corps est galipolé. Cette fargue forme un grand rectangle qui se sépare du navire dès qu'il se rétrécit, et continue vers l'arrière jusqu'à un petit tableau soutenu par le prolongement de l'étambot, comme à bord de quelques vieux Chebecs. A l'avant, ses deux côtés restent parallèles et se réunissent à une traverse au-dessous de laquelle se trouve un long prolongement horizontal de l'élrave ; de nombreux avirons, à pelles rondes ou longues, établis sous la fargue, donnent une impulsion rapide à ce bateau que sa légèreté doit rendre propre à la piraterie. Les trois mâts, qui ressemblent à des gaules tant ils sont minces, ont quatre haubans en rotin répartis en avant et en arrière, et portent des voiles rectangulaires en coton ou en nattes de joncs parallèles dont la forme et la disposition rappellent celles des Pràosd'Achem.

L'intérieur des Pindjajaps est verni, très-bien tenu et orné de sculptures ; le pont est fixe à bord des plus grands ; mais, ordinairement, il est remplacé par une claie ou des planches volantes posées sur une serre-bauquière audessous de la fargue; la membrure, légère, soignée et disposée comme la nôtre, est rarement couverte d'un vaigrage. Les dimensions de ces navires varient beaucoup, et les plus grands que nousayons vus avaient 17 mètres de long, 3», 4o de large et 2™, 10 de creux; les plus petits n'ont souvent qu'un seul mât : ils apportent de Sumatra des épices, des noix d'arec séchées, des amandes de coco, et ne paraissent fréquenter que la partie méridionale du détroit.

Ils se fixent au mouillage d'une façon singulière en attachant leur câble à un mètre ou deux de la pointed'un gros

piquet qu'on enfonce dans la vase jusqu'à ce que la corde soit au ras du terrain; une seconde corde plus petite,

amarrée au sommet de ce premier piquet, est tenue par un second, qui empêche le plus gros d'être couché et

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