‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 63 sur 126 · ANCRE MALAISE · texte numérisé non relu

ANCRE MALAISE

Les ancres en bois dont se servent les peuples de la Malaisie et du midi de l'Asie sont sans doute meilleures qu'on ne lecroit généralement, puisqu'elles suffisent à des navires de plus de 600 tonneaux, très-élevés sur l'eau, qui naviguent dans des mers tourmentées par les typhons. Les bras de ces ancres, appliqués sur la verge {pi. 80), sont percés par des chevilles de bois et liés par des amarrages en rotin serrés par des coins et aussi solides que le fer. Leur extrémité taillée obliquement ne porte pas d'oreille, et ils sont quelquefois soutenus, au tiers de leur longueur, par des attaches qui les unissent entre eux en même temps qu'à la verge. Le jas, que son élasticité empêche de casser s'il enfonce dans la vase, est ordinairement en bambous attachés ensemble, et toujours placé au milieu de la verge, mais jamais près du câble; s'il n'est pas assez lourd, on le charge de pierres.

De pareilles ancres pourraient être très-utiles à un uavire européen, et, en les voyant pour la première fois, nous fûmes frappé des services qu'elles auraient pu rendre à bord de l'Astrolabe. Cette corvette, qui avait perdu, quelques mois auparavant, toutes ses aucres à jet et n'en avait pas moins continué une navigation périlleuse dans les archipels du grand Océan, les aurait remplacées par celles de bois rendues plus solides encore par des ferrures mises à chaud pour en réunir les différentes parties.

SAMPANN-POUCATT.

C'est le nom d'un bateau d'une construction à peu près chinoise que nous avons vu à Siucapour : son mailrebau est placé au tiers ou au quart à partir de l'arrière, qui est assez lin, mais toujours arrondi; l'avant, trèsélaucé, forme un coin aigu dont le dessous est plat, ainsi que les fouds du navire ; le tirant d'eau est petit, et ce bateau paraît n'avoir que peu de stabilité, quoiqu'il soit assez large. Il a une quille, une étrave très-forte, etson arrière, pointu plutôt que rond, est terminé par un étambot portant un gouvernail à ferrures. La longueur du Sampann-Poucatt {pi. 80) est de iC mètres environ, sa largeur de 3 à 4 mètres et son creux de 3; il est membre, bordé et ponté ; sa fargue, peu élevée, porte de nombreux avirons sur tolets, et il ne diffère des bateaux chinois que par sa voilure qui se rapproche de celle des Malais (///. 80, en second plan).

Nous vîmes à Sincapour plusieurs de ces embarcations, entièrement armées par des Chinois, faisant la grande pêche dans le détroit , et on nous assura que ces Sampanns étaient semblables aux contrebandiers d'opium des environs de Canton. Si tel est réellement le but de ce genre de construction, il n'est pas étonnant que nous ne l'ayons pas vu en Chine, où le commerce de ce poison est puni de mort; ils ont, dit-on, une marche très-remarquable surtout à l'aviron, et se laissent rarement atteindre par les croiseurs de la douane.

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