CABOTEUR MALAIS
On remarque dans la Malaisie beaucoup de diversité dans les grandeurs et les formes des caboteurs, qui, offrant un mélange singulier des dispositions locales combinées avec les uôtres, forment un genre mixte. Quelquesuns ont adopté nos poupes carrées et notre gouvernail, en conservant leurs avants et leurs cabanes, qui chez d'autres paraissent posées sur des arrières pointus; il y en a qui portent des voiles carrées, mêlées à des voiles de Chasse-marée, ou qui n'emploient que ces dernières. Plusieurs d'entre eux, que le gouvernement hollandais a équipés en guerre sans changer leur voilure, sont armés de pierriers et d'un ou deux canons de bronze à pivot ; ils croisent dans les détroits ainsi que sur la côte de Java pour surveiller les Malais qui ne sauraient peutêtre résister à la tentation de piller les navires marchands isolés et sans défense, que les calmes retiennent devant leurs villages. La trop grande ressemblance de ces chaloupes canonnières avec les bateaux du pays nous a empêché de les joindre à cette collection.
Nous avons préféré représenter des caboteurs d'une construction entièrement malaise; ils sont très-courts, le plus grand (pi. 84) ayant 6 mètres de large sur 20 de long; leurs fonds sont larges et plats, mais les extrémités très-fines sont semblables entre elles; la quille est droite et assez courte, l'étrave et l'étambot étant courbes. Ces bateaux sont membres et bordés avec soin ; leur carène est blanche, tandis que le haut du corps, peint en noir, paraît d'autant plus élevé que les Malais y accumulent une quantité de ballots, de nattes et de bambous. La partie supérieure de l'arrière repose sur une traverse placée au sommet de l'étambot ; elle est percée sur les côtés par deux baux situés l'un au-dessous de l'autre, ayant des trous ronds pour le passage de la fusée du gouvernail, qui est alors verticale, tandis qu'elle est oblique lorsqu'elle est fixée comme à bord du Prâo d'Achem. L'avant porte, au lieu de beaupré, une longue plate-forme très-étroite, entourée d'une balustrade peinte en couleur brillante et terminée par une planche d'où sort le bâton de foc. Les trois mâts, tenus par des haubans à rides, ont des voiles en nattes ou
en coton, qui ressemblent aux taille-vent ; cependant elles ont quelquefois une forme plus malaise , et leur partie
inférieure est unie à une vergue comme le montre le bateau le plus éloigné de la pi. 84, exhaussé d'un toit de nattes et de treillages d'où pendent les avirons; cela lui donne un aspect aussi lourd que bizarre, sous lequel il est diflicile de deviner des formes capables de procurer une assez bonne marche.
PRAO-MAYANG.
Ce genre de caboteur, très commun dans la Malaisie, conserve toujours à peu près le même aspect , quoique ses dimensions varient beaucoup, car les plus petits ne sont que des bateaux de pêche de 8 mètres de long, tandis que ceux qui font le cabotage vont jusqu'à i5et même jusqu'à 20 mètres. Ils sont très-larges, et leur maître-bau, situé un peu sur l'avant, souvent au milieu, mais jamais sur l'arrière, a quelquefois près du tiers de la longueur. Ils ont peu de creux et de différence de tirant d'eau; leur centre, très-renflé, est plat et large au fond, tandis que les extrémités, liues et effilées, ont des parties rentrantes très-prononcées et semblables entreelles , car les deux bouts du navire sont presque symétriques. Ces bateaux prennent de fortes cargaisons; ils portent bien la voile, acquièrent une assez belle marche, et naviguent depuis le détroit de la Sonde jusqu'à l'extrémité orientale des Moluques.
Leur construction, solide et soignée, ressemble beaucoup à la nôtre dans ses détails : l'étambotet l'étrave, qui sont larges, leur donnent un air écrasé en se repliant sur eux-mêmes (pi. 85); ils sont quelquefois consolidés par des combes latérales faisant suite à une lisse ronde au-dessus de laquelle les couples s'élèvent pour former une galerie et soutenir une fargue ou une continuation assez haute de la muraille qui n'est pas prolongée jusqu'à l'arrière; parfois la fargue est intérieure , comme une suite du vaigrage, et les membres sont visibles en dehors. Les Prào-mayangs ne sont couverts qu'à leurs extrémités, et ces portions de pont sont terminées par de fortes planches obliques (pi. 86) qui les séparent du milieu du navire; c'est là que se trouve un plancher plus bas sur lequel on place les marchandises à l'abri d'un toit , en nattes serrées fortifiées par des traverses , qui descend au-dessous de la petite galerie dont nous avons parlé. Quelquefois ils semblent avoir été exhaussés après coup, comme celui de droite de la pi. 85; la partie haute ne s'étend pas alors jusqu'à l'arrière sur lequel est posée, séparément, une espèce d'armoire avec des moulures peintes en rouge et en vert. Ainsi disposés, ils sont très-hauts sur l'eau, et ont trois mâts semblables à ceux des caboteurs précédents (pi. 84); mais les véritables Prào-mayangs n'en ont qu'un seul, d'une longueur égale à celle du bateau; il est placé au quart ou au tiers à partir de l'avant et maintenu par des haubans ordinaires; il perce le toit et porte une grande voile basse en nattes, de la forme d'un trapèze, dont le côté avant est la moitié ou le tiers de celui de l'arrière, et dont le fond, ainsi que l'envergure, est égal à la longueur du navire. La vergue est formée debambous superposés, liés par de nombreux amarrages plats, comme les antennes de la Méditerranée; ces vergues, plates et hautes, paraissent lourdes à l'œil, mais sont, de fait, solides et très-légères, tant le bambou est avantageux pour de pareils usages; aussi les navires de guerre hollandais l'ont-ils adopté pour leurs bouts-dehors de bonnettes, et on ne saurait trouver rien de plus convenable. La vergue inférieure n'est qu'un gros bambou lié à la ralingue, et solidement sousrelié vers l'extrémité pour ne pas être fendu par l'effort de la traverse qui le perce pour aider à rouler la voile afin de la serrer ou d'en diminuer la surface.
Les Prào-mayangs ont tous le gouvernail latéral assujetti à de fortes planches saillantes; les plus grands en portent uu de chaque côté, sans doute parce qu'il serait trop lourd (jour être démonté, car celui de sous le vent est seul mis en action; mais, lorsque cette difficulté de dimension n'existe pas , ils n'en ont qu'un placé dans 1 angle que fait une pièce oblique avec le flanc de bateau (pi. 8G), et attaché par une eslrope de rotin à un bau saillant qui se trouve au-dessous. En d'autres cas, la tête est amarrée à celle d'un montant courbe (/)/. 99) planté sur le banc, dont l'extérieur sert à fixer le milieu du gouvernail ; du reste, toutes ces dispositions, quoique trèsvariees, tiennent aux mêmes principes et sont si commodes, que les gouvernails sont toujours enlevés au mouillage. Les Prào-mayangs à voiles en forme de trapèze ne virent de bord que vent arrière, parce qu'ils sont obligés
de gambiller, et ils roulent ordinairement la moitié de la voile avant de faire cette évolution; mais ceux à trois mats virent vent devant, en laissant leurs voiles collées sur le mât comme nos taille-venl.
Quelques-uns (pi. 86) ont les côtés de l'arrière surmontés de planches saillantes comme les Targues détachées des Pindjajaps , couvertes de peintures et soutenues par une traverse qui porte quelquefois un toit de joncs ; on trouve toujours , dans cette partie, un montant sculpté peint en bleu , en rouge et en vert brillant , dont le sommet forme une fourche correspondante à une autre semblable , clouée sur le mat pour poser des bambous. Les plus petits, qui n'ont aucune de ces installai ions, ne portent pas de foc; leur plat-bord n'a pas de galerie, et, au lieu de cabane, ils n'ont qu'un toit mobile.
L'aspect de ces caboteurs est singulier en ce qu'ils son! courts, irès-élevés et ramassés sur eux-mêmes; leurs carènes, peintes en blanc, sont bien entretenues, et le haut du corps, souvent orné de lignes vertes, rouges ou bleu de ciel, est noir, ainsi que les galeries et les sculptures.
COUGNAR.
Les voiles du Cougnar (pi. 87), semblables à nos voiles carrées, mais ayant beaucoup plus de chute que d'envergure, sont portées par des vergues horizontales suspendues par le milieu, et ont une bande de ris et des cargues-points ; les trois mats, assez élevés, sont tenus par des haubans à rides, et celui de l'arrière porte une petite voile à corne. Le corps, dont les formes sont assez effilées, est large, mais bas sur l'eau, surtout vers l'avant, près duquel se trouve placée en travers et obliquement une planche à laquelle le plat-bord et le pont viennent se terminer, comme à bord des Prào-mayangs : quelques-uns ont un pont ordinaire, d'autres ne sont couverts d'un toit qu'au milieu ; ils paraissent bien marcher et porter d'assez fortes cargaisons, mais les détails de leur construction n'ont rien de particulier.
TOUP.
Nous avons déjà vu ce caboteur dans le détroit de Malacca (page 74), mais celui que nous avons dessiné à Sourabaya (pi. 88) a une mâture plus élevée et des formes encore plus européennes; c'est presque un petit Lougre disposé pour naviguer dans de belles mers, et les Hollandais ont surtout choisi ce genre de navire pour armer en guerre. Sa longueur ordinaire est de iG à 18 mètres sur 4 de large et environ 3™,5o de creux.