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BATEAU CHINOIS

Les Chinois des colonies hollandaises de Java ou des Moluques construisent encore leurs embarcations comme dans leur pays (pi. Q-],fig. i, 2 et 3); les détails, les formes et surtout le gouvernail de leurs bateaux y sont exactement pareils à ce que nous avons vu chez eux, et nous n'avons pas représenté la voile parce que la disposition en a été déjà expliquée. Ils ne mettent de pont que derrière, le reste est vaigré, la membrure légère et les bordages cloués et assemblés à plat : la fig. 4 représente la godille chinoise que nous avons déjà décrite (page Gi).

COROCORE DE COUPANG.

A l'est de Java s'étend une longue chaîne d'îles peu connues, paraissant n'être habitées que sur les bords des baies, et ce n'est qu'à Timor qu'on retrouve des comptoirs hollandais, dont l'administration toute commerciale a rencontré peu d'obstacles, car les habitants de cette partie méridionale de la Malaisie sont beaucoup plus tranquilles que ceux des îles du nord. Aucun établissement n'ayant pu subsister jusqu'à présent dans le détroit de Macassar et dans les îles Solo, nous ne connaissons pas d'une manière précise leurs constructions, qu'il est cependant permis de croire semblables à celles des points mieux explorés, dont nous avons relevé des plans corrects : nous y ajouterons un Corocore de Coupa ng (pi. 97, fig. G, 7, 8 et 9), emprunté à l'atlas du voyage de la Coquille, commandée par M. Duperrey, auquel nous devons les détails suivants :

« Dans ce Corocore, comme dans tous ceux que nous avons eu occasion de voir aux îles Moluques, il n'entre pas un seul morceau de fer. On réserve, à l'intérieur des bordages, des taquets destinés à fixer la membrure, qui ne s'élève jamais au-dessus du petit fond; cette membrure est unie aux taquets et aux bancs par un fort lien de rotin ou de quelque autre substance textile, telle que le brin du coco; les bordages sont, en outre, liés entre eux au moyen de petites chevilles placées dans leur épaisseur. »

« La solidité dans le sens de la longueur est assurée par deux bambous placés en dehors du plat-bord, qui se croisent à l'avant et à l'arrière, où ils sont liés soit par une cheville qui les traverse, soit par un amarrage, et ils contribuent à consolider les deux parties de l'arrière qui servent à rétablissement du gouvernail. Les coutures entre les bordages sont remplies avec des brins de coco, du coton et une résine exotique que l'on mêle à de la chaux alin de l'empêcher de fondre au soleil. »

GRAND COROCORE ÉCHOUÉ.

Nous vîmes pour la première fois à Manado, comptoir hollandais près de la pointe nord de Célèbes, ces navires à deux rangs de rames, sur lesquels les Malais indépendants exercent la piraterie, et dont la disposition pourrait peutêtre expliquer la forme des anciennes galères. Le corps de cette espèce de birème (pi. 98) a de belles formes, surtout aux extrémités, qui sont symétriques, le maître-bau étant au milieu et n'excédant pas l\ mètres, taudis que la longueur entière est de plus de 20. Les fonds sont plats, les façons rentrantes et aiguës, et la muraille presque verticale vers le haut du milieu; la quille, courbe et peu saillante, forme, en se relevant, les parties extrêmes surmontées de longues pièces de bois. Les bordages sont calfatés et réunis aux membres par un procédé particulier expliqué plus loin (page 90) au sujet d'un navire du même genre vu à la Nouvelle-Guinée; ils ne sont cloués qu'aux écarts, sur les couples qui sont rares, mais très-gros, mal équarris et peu soignés comme tout le reste du navire. Le bordage supérieur, fortifié par un listeau rond, souvent enveloppé de feuilles de latanier, supporte des pièces de bois horizontales liées aux couples par des amarrages, ressortant de 2"',5o à 3 mètres; celles du milieu dépassent les autres parce que le bateau est plus large dans cette partie. Ces supports laissent entre eux des espaces libres dans lesquels on dispose, sur le plat-bord, des avirons comme dans nos embarcations; de plus, ou lie à leurs extrémités des courbes ou des montants verticaux auxquels sont attachées des planches percées de trous

M CÉLÈItES.

pour le passage d'une seconde rangée d'avirons; les hommes qui les manient se tiennent sur une plate-forme de bambou, de sorte que le Corocore représenté (pi. 98) peut en armer soixante. Cette disposition très-simple, qui permet aux hommes d'agir librement, n'a d'autre inconvénient que de placer leur poids, à l'extérieur, à une trop grande hauteur, et d'exiger quelquefois l'emploi du balancier double pour obtenir une stabilité convenable; ce procédé est sans doute préférable au lest, qui, en faisant plonger davantage, augmente le volume d'eau qu'il faut déplacer et le poids qu'il faut mouvoir, tandis que le balancier, agissant sur un grand levier, tient le navire en équilibre sans avoir beaucoup de liquide à diviser. On comprend aussi combien il devient facile d'augmenter le nombre des rangs de rameurs : il suffit de placer une planche oblique intermédiaire, dont lesavirons se meuvent entre les supports, et c'est probablement aiusi que sont disposées beaucoup de trirèmes malaises, car les birèmes que nous avons vues auraient pu être promplement armées d'un troisième rang; il y en avait à Manado de vingt rames par rang, dont la longueur approchait de 3o mètres. Les Malais ne paraissent pas avoir adopté le système des avirons scaloccio des galères du moyen âge auxquels on appliquait jusqu'à huit hommes, ce qui fut regardé alors comme un grand perfectionnement parce qu'on pouvait ainsi obtenir un moteur plus puissant en occupant moins de place et sans augmenter le nombre des rangs. Cette amélioration très-importante pour les mers d'Europe, si souvent agitées, lit faire de grands progrès aux galères ; mais, sur les canaux des îles malaises, dont la surface est toujours unie, les naturels ont pu s'en tenir à leurs premières idées, et continuer à ne mettre qu'un homme par aviron, comme le prouve le peu de longueur de ceux que nous avons vus, appartenant à des navires échoués. Ces avirons, très-maniables, sont formés, comme dans l'Inde, d'une planche ovale attachée à un bâton.

La marche de ces navires est, dit-on, remarquable, et leurs formes, effilées comme celles de nos meilleures embarcations, font comprendre qu'ils obéissent facilement à l'impulsion puissante qui leur est imprimée; nous n'avons pu avoirde dounées exactes sur leur célérité, parce qu'ils n'emploient tous leurs rameurs que pour des expéditions militaires, un équipage aussi nombreux étant gèuant pour porter des marchandises; mais, toutefois, on est convaincu, après les avoir considérés, qu'ils doivent acquérir, avec une mer calme, une vitesse que les bâtiments à vapeur peuvent seuls surpasser, et dont nos meilleurs canots ne doivent pas approcher.

Ces Corocores ne sont pas pontés et n'ont qu'une cabane de joncs et de feuilles de palmier, dont la dimension dépend de la nature de cargaison : on la dispose en peu de temps, et elle ne reste sans doute pas en place pendant la guerre, pour laquelle elle serait fort embarrassante. Us ont un ou deux mâts triples avec de longues voiles rectangulaires ou en trapèze, disposés comme à bord de tous les navires malais.

COROCORE A MATS TRIPLES.

On rencontre aux Moluques ce caboteur large et très-fin aux extrémités, membre et bordé, ayant peu de creux. Sa carène est blanche, tandis que les parties supérieures sont peintes en noir (pi. 99); ses extrémités sont courbes et basses, parce que la partie qui, à bien dire, forme le corps, est surmontée d'une haute enceinte, portant ordinairement, au lieu de pont, un toit qui s'étend quelquefois jusqu'à l'extérieur; quoique son inclinaison soit très-faible, ou place, sur les côtés et sur les tètes des membres, des plates-formes horizontales pour marcher plus commodément; ces tètes de couples, saillantes, sont réunies par une lisse formant ainsi une balustrade comme à bord des Prâo-mayangs. Cette espèce de maison, de près de 3 mètres de haut , occupe au moins les quatre cinquièmes de la longueur et contient une grande quantité de marchandises; elle est garnie de nattes et divisée en plusieurs chambres par des cloisons en rotin comme dans les maisons malaises; la longueur de ce Corocore est de iG à 20 mètres, et sa largeur de 5 mètres. Ses gouvernails, placés à peu près au quart de la longueur à partir de l'arrière, sont de la même forme que les nôtres, mais ont des fusées rondes et droites, passées dans deux bancs saillants, dont le plus bas entre dans le navire, tandis que l'autre est parfois soutenu au-dessus du pont par des montants verticaux ; chaque gouvernail est supporté par une cheville qui le perce, et dirigé

CÉLËBES. S5

par une barre perpendiculaire au plau du safran; quelquefois, au lieu de passer dans des trous, la fusée repose sur une échancrure et est retenue par une estrope; alors le gouvernail n'est pas droit, mais incliné vers l'avant comme celui des pirogues.

Quelques-uns, ayant un gréement et une voilure trop semblables aux nôtres pour être représentés, portent deux mâts à pible avec le plus petit placé derrière, ce qui leur donne l'air de Bombardes de la Méditerranée. Il en est de même d'autres Corocores qui ont un gréement très-léger et deux petits mâts portant des voiles rectangulaires; mais les plus remarquables (j>l. 99) sont ceux qui semblent avoir une mâture européenne entée sur les bigues malaises : les trois mâts réunis dont nous avons parlé y remplacent notre bas mât, et les deux de l'arrière, placés en dehors de montants pareils à ceux d'un guindeau, sont traversés par un essieu et peuvent s'abattre en pivotant vers l'arrière pour reposer sur le toit quand le navire est désarmé. Le mal de l'avant, qui fait l'office délai, est un peu plus long, afin que les autres restant daus un plan presque vertical , il puisse descendre au fond du navire, où il est maintenu dans un trou par une clef qui le perce. Au-dessus de ces trois pièces réunies, s'élève un niât de hune et de perroquet dont le pied est lié aux deux bigues de l'arrière par de gros amarrages qui , couvrant le point de jonction, nous ont empêché de voir la forme des parties en contact ; le mât de l'avant n'est pas embrassé par toutes ces attaches , il semble toucher seulement le pied du mât de hune, qui est tenu, par des galhauhaus et des étais roidis avec des caps de moulons en tout semblables aux nôtres, ainsi que les vergues, les voiles et leur gréement. Celui de l'arrière, pareil au premier, porte une brigantine dont la corne est hissée sur l'une des bigues, et le beaupré d'une seule pièce, qui sort du haut du navire ou de sa partie basse, comme dans nos anciens vaisseaux, soutient souvent des planches obliques entre lesquelles se placent les focs. Il y a toujours beaucoup de désordre dans ce gréement, qui ne peut servir que sur d'aussi belles mers; car, lorsque le navire est agité, la roideur de ces liges de bois rend les chocs si secs, qu'elles ne pourraient résister aux secousses ; aussi , bien qu'un pareil système paraisse ingénieux, il serait inapplicable en Europe.

Pendant un séjour à Amboine, nous vîmes arriver un navire malais de i5 mètres de long (pi. 99 en second plan), portant les deux mais triples, avec une haute voile carrée à bandes de ris sur le plus grand, et une brigantine sur celui de l'arrière; il était couvert d'une longue cabane en joncs, et sur les côtés se trouvaient des platesformes saillantes^ entourées de nattes et de planches percées pour le passage des avirons comme à bord du Corocore de Manado.

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