BATEAU DE PÊCHE D'AMBOINE
La jolie petite île d'Amboine est la dernière vers l'est, qui renferme un établissement européen; son port l'a fait choisir pour le chef-lieu de tous les comptoirs hollandais dispersés dans les Moluques, et c'est le seul point fortifié de manière à résister à une attaque sérieuse ; c'était une position très- importante à l'époque où les Hollandais avaient le monopole de plusieurs épices, dont ils savaient tirer un meilleur parti que les Portugais. Bien que l'activité de ce commerce ait diminué, on voit encore à Amboine beaucoup de Chinois, laborieux comme dans toutes les autres colonies , qui habitent le quartier marchand situé au midi du fort Victoria , tandis que les Malais, répandus au nord le long de la côte, vivent dans le repos et l'apathie, ne s'adonnant qu'à la pèche, car, comme tous les peuples des pays chauds, ils préfèrent le poissou à la viande.
Quelques-uns de leurs bateaux mettent à la voile le matin et descendent le long canal que forme la baie pour aller pêcher au large. Ils ont de belles formes, larges et plates au milieu, des extrémités semblables, et peu de profondeur, quoiqu'ils soient souvent exhaussés par une fargue {pi. 101, Jig. 1 , 2 et 3 , et pi. 102). Leur exécution est grossière, les couples rares, gros et formés de trois pièces solidement unies; le bordage de om,025 à o°,o3o d'épaisseur est calfaté, et quelques virures de vaigrage ajoutent à la solidité du corps, dont toutes les parties sont clouées. La quille est courbe, et l'étambot, qui lui fait suite, se prolonge au delà du plat-bord; il n'existe pas d'étrave, et l'avant est surmonté d'une longue tige sur laquelle se trouve une petite sculpture.
Les balanciers sont remplacés chez ces pêcheurs par des échafaudages solides et légers sur lesquels montent quelques hommes pour faire contre-poids à la voile. Les Malais déploient beaucoup d'adresse en suivant les fréquentes inégalités de la brise dans la baie; car leurs bateaux sont très-volages à cause des poids élevés dont ils sont chargés et du manque de lest qu'ils n'emploient qu'à bord des caboteurs, à l'exemple de leurs voisins. Pour soutenir ces plates-formes, ils mettent des pièces de bois équarries et saillantes b l>{Jig. i, 1 et 3), liées aux bancs si tués au-dessous {fig. 3); elles portent, près de leurs extrémités, des montants k k, au sommet desquels est un cadre qui soutient un treillage à jour eu petits bambous, maintenus par une autre pièce a a, attachée au-dessus de la première et ondulée à sa partie supérieure pour retenir les bambous des lignes de pêche. Toutes ces pièces, unies seulement par des amarrages, ne pourraient résister aux mouvements du roulis si elles n'étaient soutenues par des tiges
légères c c, qui , parlant de l'extérieur des plates-formes, sont attachées aux montants, aux traverses, ainsi qu'aux bancs, et se croisent au fond du bateau. La voile, faite de nattes, est rabantée à la vergue supérieure et fixée à celle du bas par des amarrages aux angles et un anneau de rotin au milieu ; elle a une bouline, ce qui est emprunté aux Européens et fort rare dans ces mers. Le mât qui la soutient est formé de trois tiges de bambou (fig. 4) réunies au moyen de rotin tourné sur lui-même embrassant les têtes, fortifiées par des lattes que serrent des attaches pour empêcher les extrémités d'éclater; la drisse est passée dans une pièce de bois m, percée d'un clan, avec un pied arrondi introduit dans l'uu des bambous. Les deux mâts de l'arrière, plus courts, doivent être presque droits; leurs pieds reposent dans des cavités pratiquées dans des pièces saillantes //clouées au bordage supérieur, où ils sont retenus par l'effet de la drisse attachée à un banc. La tige de bambou de l'avant est percée, dans le sens de la quille, d'un trou assez large pour introduire un piquet pointu e, dont le bout arrière est attaché à un barrot, et le milieu maintenu par une corde passée dans des renflements qu'on conserve dans les bordages; cette cheville e relient le mât dans la cavité d et l'empêche de tomber en arrière. Ce mât triple, facile à mettre en place, est d'un usage commode et très-répandu dans la partie orientale des îles malaises.
L'équipage de ces bateaux est ordinairement composé de douze hommes qui ne se servent pas de leur pagaie {fig. 5) comme les autres peuples : ils rament d'abord assez doucement, accélèrent progressivement les coups et finissenl par les répéter aussi rapidement que possible; puis, lorsque le bateau a acquis sa plus grande vitesse, ils s'arrêtent brusquement en donnant tous ensemble un coup de manche sur le plat-bord, se reposent un moment et recommencent ensuite. Ces mouvements sont réglés par des chants nasillards ou par les sons encore plus monotones du tam-tam, instrument favori des Malais, qui ne sauraient s'en passer ni pour leurs travaux ni pour leurs plaisirs; ils aiment à entendre pendant des heures entières frapper avec les doigts sur cette peau tendue et sans timbre qui ne rend que des sons étouffés.
Les lignes de pêche sont attachées au bout de longs bambous, et, pour s'éviter d'en soutenir le poids, les canotiers en introduisent le pied dans un trou fait au milieu d'un des morceaux de bambou gg (fig. 2), fixés sur les bancs, ils sont assis sur des tiges du même bois placées dans le sens de la longueur.