SUR
La conversion de saint Paul est un des événements les plus considérables de l’histoire. Le jour où le persécuteur des chrétiens devint l’apôtre des Gentils, une ère nouvelle s’ouvrit pour le christianisme. Les étroites limites dans lesquelles les apôtres judaïsants voulaient enfermer la pensée chrétienne, furent écartées, et le monde fut invité à prendre part à la bonne nouvelle. L'intelligence et la conscience de saint Paul produisirent cette révolution, son activité et son dévouement en assurèrent le triomphe. Aussi quelques auteurs contemporains n’ont-ils pas hésité à dire que saint Paul est le vrai fondateur de la religion chrétienne’, et à proclamer que sans lui le christianisme se fût éteint insensiblement ou serait demeuré une secte stérile et obscure?. Sans nous arrêter à démontrer ici que de pareilles assertions méconnaissent la portée de l’enseignement du Christ et ne tiennent pas compte du fait
1 Auguste Comte, Calendrier positiviste. — Salvador, Jésus-Christ et sa doctrine, t. I, p. 263.
2 Noack, Ursprung des Christenthums, t. 11, p. 320. — Schwegler, Das nachapostolische Zeilalter, p.147.
de la prédication d'Étienne!, constatons qu’elles ajoutent encore à l'intérêt de la question que nous voulons étudier : Comment fut converti cet homme que la reconnaissance de l'Église à mis au premier rang des saints, et que l'admiration de la critique a placé parmi les génies les plus vigoureux de l'humanité ?
Il fut converti par un miracle, disent les Actes des apôtres, et voici quel fut ce miracle : un jour Saul, qui déjà avait figuré parmi les meurtriers d’ Étienne ? et s'élait fait remarquer par ses violences contre les chrétiens ?, « s’adressa au souverain sacrificateur et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que s’il trouvait quelques gens de la secte, hommes et femmes, 1l les conduisit enchaînés à Jérusalem. Comme il était en chemin et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière du ciel brilla autour de lui. Étant tombé à terre, il entendit une voix qui lui disait: «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?» Il dit: « Qui es-tu, Seigneur?» Et lui: « Je suis Jésus, que tu persécutes ; mais lève-toi et va dans la ville, il ty sera dit ce que tu dois faire. » Or ses compagnons de route étaient là stupéfaits, entendant bien la voix, mais ne voyant personne. Cependant Saul se leva de terre, mais, les yeux ouverts, il ne voyait rien, et ce
1Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique. Strasb. 1852 , t. 1, p. 473 et suiv.; t, IE, p. 4. Comp. Colani, Nouvelle revue de théologie, 17 vol., p. 476.
2Actes VII, 58.
3 Actes VIII, 3.
fut en le conduisant par la main qu’on le fit entrer à Damas. Là il resta trois jours, ne voyant point et ne buvant ni ne mangeant. [1 y avait alors à Damas un disciple nommé Ananias, à qui le Seigneur dit dans une vision: « Ananias!» Et il répondit: «Me voici, Seigneur.» Mais le Seigneur lui dit: «Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul, de Tarse; car voici, il est en prière, et il a vu en vision un homme nommé Ananias, qui entrait et lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue.» Ananias répliqua: « Seigneur, bien des gens m'ont dit combien cet homme a fait de maux à tes saints dans Jérusalem, et il est ici avec une autorisation des grands prêtres pour charger de chaînes tous ceux qui invoquent ton nom. » Mais le Seigneur lui dit: « Va, car cet homme m'est un vase d'élection pour porter mon nom devant les Gentils et devant les rois, et devant les fils d'Israël. Et je lui montrerai combien il faut qu'il souffre pour mon nom.» Alors Ananias s’en alla et entra dans la maison, et lui ayant imposé les mains, il dit : «Saul, mon frère, c'est le Seigneur qui m'a envoyé — Jésus, qui t'est apparu sur la route par laquelle tu venais — afin que tu recouvres la vue et sois rempli d'esprit saint. » Et aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue; et, se levant, il fut baptisé, et ayant pris de la nourriture, il se fortifia.
Saul demeura quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas. Et immédiatement dans les synagogues il annonça Jésus comme le Fils de Dieu. »
4 Actes des apôtres, IX, 2-21.
On le voit, l’auteur des Actes des apôtres regarde comme surnaturel et fatal ce qui s’est passé sur le chemin de Damas. Pour lui, Saul, dans cette circonstance, n’a été que le plus passif des instruments. Rien dans le récit des Actes ne laisse deviner ou ne permet d’entrevoir que les aspirations de lâme, les inquiétudes de l'esprit, les tourments de la conscience aient été pour quelque chose dans l’événement qui transforma l'existence de Saul. Quelques moments avant sa conversion, dit le narrateur, «il respirait encore la menace et le meurtre.» Un peu plus loin, l’auteur place dans la bouche du Sauveur ces paroles significatives : « Cet homme est pour moi un vase d'élection...» L’intention très-accusée du récit est de montrer la volonté de Dieu anéantissant la volonté de l’homme et transformant celui-ci, bon gré, mal gré. C’est l’à une idée dogmatique chère à l’historien ; nous la trouvons exprimée de nouveau dans le chap. X, à l’occasion du ravissement de saint Pierre ?. C'est bien ainsi, du reste, qu’on a généralement compris la conversion de saint Paul. « Dans les conversions ordinaires, dit Dom Calvet, la grâce ébauche son ouvrage premièrement par la crainte, puis par un amour consommé, et enfin elle l’achève par une charité parfaite. Dieu donne d’abord des grâces excitantes qui éclairent, qui ébranlent, qui ammollissent le cœur. Tout cela se fait par degrés.
"Voir Actes IX , 143,44, 15, 16 et 17.
2 Dans le troisième récit de la conversion (Actes XXVI, 15-19) on voit apparaître une autre tendance : de même que le Seigneur a donné directement à Pierre (Actes X, 11-17) l’ordre de n’appeler aucun
homme souillé ou impur, de même il donne directement à Paul l’ordre d'aller vers les Gentils.
Mais ici elle triomphe tout d’un coup du cœur de saint Paul; elle répand dans son esprit une lumière toute divine et dans son âme un attrait puissant, qui le change en un autre homme. (est là le plus grand miracle de la grâce, et le plus sensible effet de sa puissance que l’'Écriture fournisse. C’est le chef-d'œuvre de l’art du souverain médecin, dit saint Augustin!. Bossuet n’est pas moins formel: «Jésus-Christ qui voulait convertir les Gentils parle d'en haut à saint Paul qui en devait être le docteur; et, par un miracle inoui jusqu'alors, en un instant, de persécuteur il le fait non-seulement défenseur mais encore zëèlé prédicateur de la foi: il lui découvre le secret profond de la vocation des Gentils par la réprobation des juifs ingras, qui se rendent de plus en plus indignes de l'Évangile?.»
Calvin, de son côté, n’a pas compris autrement la pensée de saint Luc: «Saint Luc, dit-il, récite une « histoire excellente et digne de mémoire de la conver- « sion de sainct Paul : asçavoir , que lorsqu'il estoit en- «ragé comme une beste sauvage et farouche, non- «seulement le Seigneur l’a assujetti sous son obéis- «sance, mais aussi l'a rendu tout autre qu’il n'estoit «auparavant Voicy à la vérité une singulière misécricorde et bonté de Dieu, que Saul est ramené à la « voye de salut contre sa délibération: luy qui d'une
* Commentaire littéral sur tous les livres de l’ Ancien et du Nouveau Testament, par Calmet. — Com. sur les Actes des apôtres, 154. Paris 1715, émarg. in-4°.
2 Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 226, 227, édit. F. Didot, 1845. Comp. Instruction pastorale de Ms* l’évêque de Nîmes au clergé de son diocèse contre un ouvraye intitulé: Vie de Jésus.
« ferveur si bouillante se précipitoit en sa ruine. Quant «à ce que le Seigneur permet qu'il prene des lettres, «et qu'il approche de la ville de Damas, nous voyons «par cela comment il cognoist bien les saisons et «poincts, quand il est temps de faire quelque chose. QIl pouvoit venir au-devant de meilleure heure, s’il luy <eust semblé bon, pour délivrer les fidèles de crainte «et anxiété ; mais il donne beaucoup mieux à cognoistre « son bénéfice par cela, qu'il ne serre point la gueule « de ce loup affamé et enragé, sinon à l’entrée mesme «de la bergerie. Nous sçavons aussi que par l’advan- « cement, l’obstination des hommes croist merveilleu- «sement. Parquoy, la conversion de sainet Paul a esté «d'autant plus difficile, veu qu’en continuant sa rage, «il estoit desjà devenu plus obstiné !. »
Si le livre des Actes doit faire autorité sur le fait dé la conversion qui nous occupe, il faut s’en tenir simplement à l’énoncé d’un phénomène magique. Cela est si vrai que toutes les tentatives auxquelles on s’est livré, pour expliquer d’une façon moins arbitraire le changement qui s’accomplit chez le disciple de Gamaliel, impliquent, ou bien la négation de la crédibilité du récit des Actes, ou bien une complète opposition aux idées de l'écrivain apostolique. Mais cette opposition est quelquefois inconsciente, et une certaine école de théologie s’y laisse aller sans le vouloir et sans le croire. Elle a pour chef Neander. Adolphe Monod , dans ses discours sur saint Paul, a dit quelle était sa philosophie et nous allons voir un exemple de sa méthode.
1 Calvin , Commentaires sur le Nouveau Testament , t. II, p. 608 et 609. Paris, Meyrueis, 4854. — Fleury, dans son Histoire ecclésiastique , t. T, p. 23, 24, reproduit simplement le récit de Luc.
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«Toute controversion est une alliance: la grâce de Dieu requiert du cœur qu’elle veut renouveler, quelque chose sinon qui l'appelle ,, du moins qui la recueille, ne, fût-ce qu’un: vide, pour la recevoir. Il y a toujours cette différence entre la création matérielle et la création spirituelle, que l’homme a pour la seconde une portée quelconque d'action, dirai-je ? ou de consentement; et un Père de l'Église a eu raison de dire : Ge Dieu qui nous a créés sans nous, ne veut pas nous sauversans:nous!.» Balaam, par exemple , est arrêté, dompté par.un prodige plus merveilleux que la vision de Damas ; et pourtant «il retient ce cœur irrégénéré qu'il avait, avant d’avoir vu sa folie réprimée par une ânesse muette parlant d’une voix humaine?!» Pourquoi ? Parce que Balaam est.un ami de l'argent, un homme. « qui n’est occupé qu’à endormir sa conscience, pour qu'elle le laissa se livrer à sa soif de l'or.» Un Caïphe, un prêtre hypocrite «n’aurait pu être changé par un miracle.en prédicateur de l'Evangile.» Mais Saul était tout différent: c'était un cœur droit. « Saul, tout Saul qu'il est, cherche Dieu. à sa manière, sa conversion a été préparée «par une crise intérieure
4 Ad. Monod , Saint Paul, cinq discours, p. 406. Paris 1854, chez Marc Ducloux. Comp. De Pressensé, Histoire des trois premiers siècles de l'Église chrétienne, t. 1, p. 437.
2 Nombr.:XXIT ; 2 Pierre Il, 16.
3 Histoire de l'établissement et de la direction de l'Eglise chré-
tienne par les apôtres, trad, de l'allemand du D: Neander par F. Fontanès, p. 76. Paris 1836. ::
#Ad, Monod, Saint Paul, p.109.
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longue et douloureuse. » Il y a plus: toute son existence est une préparation du miracle du chemin de Damas. « Quand Dieu veut former un puissant instrument pour l’accomplissement de ses dessins, il le prépare de longue main; tout concourt à son éducation, et il n’y a pas jusqu’à l’expérience du mal ou de l’erreur qui ne serve plus tard à rendre le témoignage de ses serviteurs plus compétent en le rendant mieux informé?.» Paul, dès sa naissance, est tout spécialement consacré au service de Dieu. Ses parents l’envoient de bonne heure à Jérusalem pour le former à l’interprétation savante de l'Écriture et de la tradition. Son esprit était tourné par nature vers ce genre d’études. Du reste il avait déjà pu recevoir un certain développement intellectuel à Tarse, sa ville natale, ville lettrée au dire de Strabon, ville frivole et dépravée s’il faut en croire Philostrate. Cette culture littéraire lui permit de connaître et de citer avec aisance les poëtes grecs, Cléanthe, Ménandre, Eperménide; cette corruption de mœurs lui fit prendre en dégoût profond la civilisation païenne et le rendit plus attaché à la religion de ses pères. II eut, à Jérusalem, la bonne fortune d’avoir pour maître le doux Gamaliel, rabbin célèbre , homme lettré et familarisé avec les auteurs grecs. La connaissance que Paul acquit ainsi de la langue grecque «ne resta pas sans influence pour le préparer à être le docteur des Hellénistes?. »
Son éducation pharisaïque ne contribua pas moins à sa conversion. « Rien ne le rendait plus propre à ren-
‘Ed. de Pressensé, Hist. etc., p. 437.
+ Ed. de Pressensé, Hist., t. 1, p. 427, 428. 3 Neander, Hist. etc., p. 68.
verser le légalisme judaïque que d’en être tout d’abord la victime.» On sait en effet que dans la doctrine pharisienne les hommes étaient placés en face de Dieu comme des sujets vis-à-vis d’un roi. Le but de la vie était l’accomplissement ponctuel de la loi?, but difficile à atteindre et auquel on ne pouvait arriver que par le plus pénible des chemins. Il fallait observer scrupuleusement les dispositions rituelles et ascétiques les plus minutieuses. La plus petite transgression de la loi, une faiblesse, une négligence, une seule vous privait de la félicité et vous rendait passible de malédiction et de condamnation. Dans ce système les lacunes ne pouvaient être comblées ni les égarements réparés?. Paul avait pris au sérieux toutes les ordonnances du mosaisme. [1 s’appliquait avec une fidélité scrupuleuse à les mettre en pratique. Il s’efforçait de surpasser tous les jeunes gens de son âge dans la piété légale enseignée par le pharisaïsme. La loi était pour lui la volonté de Dieu: obéir à Dieu, voilà quel était son désir, son ambition, sa préoccupation exclusive. Il se disait parfois : « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont décrites dans le livre de la loi pour les pratiquer. » Il luttait alors contre ses instincts, contre ses penchants. Hélas ! il ne faisait pas le bien qu’il voulait faire et faisait le mal qu'il ne voulait pas. Quel drame psychologique dut s’accomplir dans
cette conscience ! Certainement, à ces moments-là, il
1 Ed. de Pressensé, Hist., p. 428.
2Reuss, Hist. de la théol. chrét. au siècle apost., p. 49. S Reuss, Hist. de la théol. chrét., p.73.
4 Gal. III, 40.
5 Rom. VIT,
fit comme Pharisien «des expériences semblables. à celles de Luther dans son couvent, à Erfurt 1.» Ses violences même contre les chrétiens témoignent de ses inquiétudes, de ses combats, de ses angoisses. « Au ‘fond, il est plus troublé qu’il ne veut le paraître ; un doute secret le dévore et il essaie de s’en débarrasser en persécutant ces chrétiens qui l’ont fait naître en lui?.» Sa colère n’est qu’un remords qui cherche à se faire illusion , une incertitude qui se déguise. Dieu peut paraître maintenant: Paul est préparé à l'entendre et à lui obéir, C’est ici que le récit des actes est en situation ?.
Cette théorie et cette explication sont-elles acceptables ? Il suffit, pour le moment, de remarquer qu’elles n’ont pas le droit de se produire ïci4. Non-seulement le livre des Actes est étranger à une pareille explication, mais encore il la repousse. L’alternative est donc celle-ci: accepter l'autorité du livre des Actes et alors déclarer qu’il y a contradiction entre la conception de Luc et les données de l’histoire et de la psychologie; ou bien avouer que le livre des Actes n’a pas, sur la question particulière que nous envisageons, une autorité absolue. Mais proclamer qu'on tient les Actes pour un livre inspiré, faire parade et argument de son res-
1 Neander, Hist., p. 70. Comp.: Ad. sn Là Saint Paul, p.103; Pressensé , p. 498.
2 Den on Hist., p. 436.
8 Jbid., p.437. — Cette manière d’envisager et d'expliquer la conversion de saint Paul a été présentée avec beaucoup de sagacitéet'de science par M. le professeur Oltramare.
#On peut se demander pourtant s’il est vraisemblahle qu’un homme témoin d’un prodige semblable à celui de l’ânesse de Balaam «rétienne ce cœur irrégénéré qu’il avait ayant d’avoir vu? »
pect pour la lettre et l'esprit de ce livre, et traiter ensuite en simple récit de chroniqueur une narration dont la portée est dogmatique et dont l'intention est formelle, voilà certes un étrange écart de logique, une singulière aberration de jugement!!
Quoi qu’il en soit, ceux qui acceptent le point de vue de Luc et ceux qui le repoussent sans le savoir, admettent comme historiquement vrais les faits racontés. dans le récit ou plutôt dans les récits des Actes. Ceci. nous amène à les examiner.
Ces récits sont au nombre de trois. Nous avons transcrit le premier. Le second et le troisième renferment un certain nombre de particularités qu'il est utile de ne point passer sous silence ?.
D’après le second récit, les compagnons de Paul, qui, au chap. IX, étaient représentés comme entendant la voix, ne l’ont pas entendue. « Or ceux qui étaient «avec moi virent bien la lumière, dit saint Paul, mais «ils n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait ?.» Le chap. XX VI (v. 14) donne un nouveau détail sur cette voix: « J’entendis une voix qui me disait en hé- «breu....» Dans ce chapitre, le Seigneur ne se con-
111 semble que Neander l’a compris : «Il faut accorder que le changement opéré en Paul pouvait avoir été préparé par des impressions du genre de celles qu’on allègue (modération de Gamaliel, discours d’Étienne, mort de ce martyr, lutte intérieure); mais on ne peut tirer du récit la preuve que cette supposition soit nécessaire ou même vraisemblable» (Hüst., p. 73).
2 Actes XXII, 3-22; XXVI, 12-20.
3 Actes XXII, 9.
tente pas de dire quelques paroles : il indique à Paul pourquoi il lui est apparu; il lui donne sa mission. D'après le premier récit, les compagnons de Paul ne voient personne; d’après le second, ils voient la lumière ; d’où il faut conclure qu'il s’est passé un double miracle: celui-ci pour permettre à Paul de voir le Sauveur dans cette lumière ; celui-là pour enlever aux compagnons de Paul ce privilége, à moins toutefois
qu'on n’admette — ce qui ressort des termes de la narration — que Paul lui-même n’a vu que la lumièrel.
Les tentatives auxquelles on s’est livré pour faire disparaître ces contradictions ne nous paraissent pas avoir élé parfaitement heureuses. Neander prétend qu'il ne faut pas juger, dans cette matière, d’après les règles ordinaires. « Nous ne connaissons pas, dit-il, la «loi d’après laquelle ont lieu les communications du «monde, des esprits aux hommes qui vivent dans le «monde sensible, et nous ne pouvons rien déterminer «à cet égard?.» Cette fin de non-recevoir est assez bizarre, en présence d’un récit qui contient précisément sur cette communication des détails fort précis. La voix que Paul a entendue est clairement distincte, puisque le fait dont il est ici question est un dialogue en langue connue entre Jésus et Saul. « Paul a réeclle- «ment vu et entendu Jésus-Christ, dit à son tour M. de
1 «Saint Chrysostome et saint Astère croient que Paul ne vit personne; qu’il sentit seulement les effets de la présence du Sauveur de la même manière que Moïse ouit la voix de l’ange dans le buisson ardent, sans voir ni son visage ni aucune forme corporelle» (Comm. sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament , par Dom Calmet, p. 152,153).
? Neander, Hist., p 74.
«Pressensé; mais le fait qu’il a été seul à le voir et à «lentendre montre combien la disposition morale im- «porte pour la perception d’un tel miracle. Tout mi- «racle à une double face : une face extérieure qui ap- «tent à tout le monde, et un côté spirituel qui n’est « visible qu’à l’œil intérieur!.» En vérité, — mais ici le côté spirituel et divin, c’est un discours de dix lignes prononcé en langue hébraïque: il serait plus logique de dire que la lumière qui rendit Paul aveugle rendit sourds ceux qui l’accompagnaient ?.
Au resté, les narrations de saint Luc n’ont pas seulement contre elles les contradictions qu’elles renferment, mais aussi les affirmations qu'elles impliquent. Voici une énumération des miracles qu’elles contiennent :
4° L'apparition d’une lumière surnaturelle ÿ ;
20 L’audition d’une voix venant du ciel ;
3° Le fait que les compagnons de Paul ne distinguent pas le sens des paroles que Paul entend;
4° La cécité de Paul;
5° Le jeûne absolu durant trois Jours#;
6° La vision d’Ananias;
7° La vision de Paul;
8° La guérison de Paul.
Ces miracles se sont accomplis après la résurrection
1 Pressensé, p. 438-439.
? Calvin, Comm. sur le Nouv. Test, t. Il, p. 875.
8 «Il n’est nullement raisonnable de supposer qu’une voix haute et articulée n’eût été entendue que de saint Paul, parce qu’il aurait fallu ôter dans le moment la faculté d'entendre à ses compagnons » (Beausobre, Remarques hist. cri. et phil. sur le Nouv. Test., t. I, p.214. La Haye 4742, in-40).
# Calvin, Comment. t. IT, p. 643.
et l'ascension ; depuis longtemps Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu: le ciel est son domaine; il en franchit les distances incommensurables pour venir parler à Paul ou à Ananias. Or, il faut le reconnaitre, la critique moderne, quelle que soit d’ailleurs sa tendance, se sent embarrassée en présence de la multiplicité des miracles. Sans doute, les miracles renfermés dans le passage de Luc ne sauraient nous obliger à repousser l’historicité du fait qu’il raconte, mais ils peuvent nous conduire et ils ont amené plusieurs théologiens aux tentatives d'explication rationnelle que nous allons rapporter.
Strauss fait remarquer dans la vie de Jésus! que Neander, en admettant une action intérieure du Christ sur le moral de Paul, en rappelant les motifs qui purent par voie naturelle produire une révolution dans les sentiments de l’apôtre, rend entièrement superflue l'apparition externe, objective. De plus, d’après Eichhorn, toutes les circonstances du récit des Actes peuvent être ramenées à des faits naturels. Les critiques qui se rattachent à l’école de cet exégète rationaliste, indiquent tout d’abord les causes qui pouvaient agir sur la conscience et l'intelligence de Paul. Paul avait une nature généreuse, une noble intelligence; malgré lui, il avait dû se sentir attiré par les mœurs, par les idées des chrétiens. Leur courage, leur magnanimité avaient dû toucher son âme. Or c’étaient des chrétiens qu'il avait persécutés ; de là des regrets, des remords.
"T. I, p. 676, 677. Paris 4853.
Neander:et ses disciples n'ont fait que reprendre et compléter cette‘ analyse: psychologique. Lés uns ont beaucoup plus insisté sur les luttes et les exaspérations d'une âme condamnée à vivre sous la réglementation insupportable d’une loi réputée sainte, et les autres sur le trouble d’une intelligence qui s'efforce de repousser ce qui l’attire, et sur les remords d’une conscience qui se sent coupable de cruauté vis-à-vis de gens qu'elle estime et qu’elle voudrait aimer. Les uns et les autres ont expliqué le changement du persécuteur Saul, en tenant compte à la fois et du récit des Âctes et des déclarations de l’apôtre dans ses épitres. Paul donc se rend à Damas, en proie à la plus grande surexcitation d'esprit. Comme il approchait de la ville, un violent orage éclate ; Le tonnerre tombe à côté de lui et le renverse par terre sans connaissance. Il est permis, si on le désire, de remplacer le coup de foudre «par quelqu'un de ces phénomènes atmosphériques qu'il n'est pas rare de rencontrer sous le ciel brûlant de la Syrie! » Cette hypothèse pourrait même devenir un prétexte à brillants paysages. Paul se relève brisé, anéanti, presque aveugle. Évidemment c’est Jésus qui vient de l’avertir et de le frapper. Alors tout se confond dans son âme, sa pensée prend un corps, elle s’objective. Le Christ lui est apparu, il Pa vu, il lui a parlé. Cest dans cette agitation qu'il arrive à Damas. Là il demeure trois jours sans voir personne. Ses compagnons répandent dans la ville le bruit de ce qui lui est advenu. Ananias, chrétien zélé, homme fervent, reconnaît le doigt de Dieu dans ce qui est arrivé
\Stap, Etudes historiques et critiques sur les origines du christianisme ; p. 62. Paris 1864.
à Paul. Sous l'influence de cette idée il a une vision, et il va trouver celui qu'il considère déjà comme un adepte. Paul, de son côté, a dû songer à Ananias, dont la réputation de piété lui était connue, et encore cette fois sa préoccupation s’est transformée en vision. C’est alors qu'ils se rencontrent. Quant à la guérison de Paul, elle n’a rien de surnaturel: Paul avait été ébloui et non pas aveuglé. Quelques jours passés dans l'obscurité devaient amener son rétablissement. Les taies qui tombèrent de ses yeux, lorsque Ananias lui imposa les mains, pouvaient fort bien s’y être formées dans l'intervalle qui s’écoula entre le jour de l'orage et le moment de la guérison.
Cette explication a soulevé contre elle une foule d’objections pour le moins inutles!. Les interprétations du genre de celle que nous venons de retracer, peuvent constituer un jeu d'esprit fort ingénieux, un tour de force remarquable, mais elles ont le tort d’être arbitraires et d’altérer les faits sous prétexte de les expliquer. Elles aboutissent, en définitive, à substituer à une catégorie d'événements une autre catégorie d’événements. On remplace le miracle de la multiplication des pains par l'hypothèse de magasins secrets, de provisions que les auditeurs avaient dans leurs poches, de l'extrême sobriété des gens qui accompagnaient Jésus. Si l’évangéliste raconte que Jésus ressuscita un mort, on ne repousse pas ce récit, mais on croit pouvoir en
! L'objection la plus fréquente est celle-ci: «Si l'impression que produisit sur Paul un orage était le seul fondement de l’apparition, on ne pourrait expliquer comment les compagnons de Paul crurent entendre quelque chose de semblable à ce qui lui arrivait» (Neander,
Hist., p. 73. Comp. Jean Humbert, Thèse sur la conversion de saint Paul, Genève 4814, J. J. Paschaud; Duvillard, Genève 4843).
inférer que le Christ fit sortir du tombeau un vivant. Les textes n’autorisent rien de pareil. Une telle exégèse d’ailleurs est bien inconséquente au point de vue théologique , « car, dit excellemment M. Renan, si les narrateurs sacrés ne méritent aucune foi sur les circonstances, pourquoi tenir si fort à leur véracité sur le fond du récit?»
Au reste, ce n’est pas seulement l’école rationaliste qui se permet d'interpréter et de modifier le passage des Âctes sur la conversion de saint Paul. Les peintres se donnent également libre carrière lorsqu'ils représententsaint Paul précipité de son cheval à terre, et ses compagnons Ssefforçant d'arrêter leurs chevaux effrayés?. Enfin, il n'est pas jusqu'aux écrivains catholiques qui ne se permettent des arrangements assez pittoresques. « Saint Paul, dit la biographie catholique, est surpris aux portes de Damas, lui et ses compagnons, par un violent orage, convulsion de la nature qui réagit sur la convulsion de son âme.»
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D'autres théologiens, renonçant à considérer les Actes des apôtres comme l’histoire générale et fidèle des premières années du christianisme, et croyant remarquer qu'ils ne sont pas écrits dans une intention
Renan, Études d'histoire religieuse, p.146. Paris 1858.
2 Voir en particulier une gravure de Le Clerc (L'histoire sacrée d'après les plus grands peintres, sous la direction de-Le Bas, 69). Id. de B. Picard, Bible de Mortier; Rubens, Conversion de saint
Paul.
8 Biographie catholique, t. II, p. 248. Paris 1843, Ouvrage ap-
prouvé par N. S. P, le Pape.
uniquement historique, n’hésitèrent point à déclarer qu'il faut regarder cet ouvrage comme l'œuvre apologétique d’un Paulinien, comme un essai de conciliation des deux partis qui divisaient la société chrétienne. Baur, en particulier, s’efforça de démontrer que l’auteur de ce livre sacrifie l’histoire à des vues personnelles, qu'il ne se fait pas scrupule de dénaturer les faits et de les inventer au besoin. Toutes les fois donc qu’on se trouve en présence d’une narration des Actes, on doit se demander dans quel intérêt elle est faite, à quelle tendance obéit l’écrivain. Dans le récit de la conversion il ne faut voir autre chose que lhistoire de la crise d’une âme qui passe des ténèbres, où elle se débattait, à la possession de la pure lumière. Les circonstances merveilleuses du récit de Luc sont une enveloppe, un voile; la lumière du chemin de Damas, c’est un rayon divin qui descend dans l’âme angoissée de Paul; la cécité qui le frappe, est le symbole de l’état d’une âme qui sent tout à coup son passé s’écrouler ; le recouvrement de la vue, c’est l’illumination produite par une doctrine nouvellef.
Nous ne nous attarderons pas à démontrer que cette théorie fait violence au texte; non-seulement il n’est pas naturel, mais il n’est pas même vraisemblable que Luc, en racontant la conversion de Paul, ait voulu
1 Baur, Paulus, 10-71. D’après Baur, la substance du mythe, c’est l'objectivation de l’idée subjective. La tradition ne pouvait se contenter de l’idée abstraite d’une révélation de Christ à Paul : elle devait, d’une manière ou d’une autre, aboutir à un fait extérieur (Paulus, p.68, 1845). Dans cette hypothèse, le récit des Actes n’est qu’une explication dramatique et populaire d’un fait spirituel. Grotius avait déjà fait remarquer qu'on peut expliquer allégoriquement certains passages du récit (Baur, Paulus, p.71).
écrire une allégorie. Les faits de vision, d'apparition surnaturelle, de guérison miraculeuse, qui sont exposés dans le livre des Actes, ne présentaient rien d’étrange aux écrivains du premier siècle ou même du second, si l’on veut reculer jusqu’en 150 la rédaction de notre document. En les racontant, un écrivain de ce temps avait la prétention de composer une histoire et non une fiction. Cette théorie tombe sous le coup des reproches qu'on peut adresser à l’école rationaliste : celle-ci mettait un fait naturel à la place d’un fait surnaturel, celle-là met une idée à la place d’un fait.
Les Clémentines expliquent la conversion de saint Paul d’une manière moins subtile. D’après elle, Paul peut être un imposteur : « Pourquoi te croirait-on, dit Pierre à Paul déguisé sous le nom de Simon, lorsque tu prétends que Jésus s’est montré à toi ? Comment te serait-il apparu, puisque tes opinions sont contraires à son enseignement !?» Il peut être aussi le jouet d’une illusion : « Celui qui ajoute foi à des visions ou à des rêves demeure incertain, car il ignore à qui il croit. » Il peut être également un instrument du démon: «Les visions, dit Pierre, peuvent provenir des démons aussi bien que de Dieu?.»
Voltaire y met encore moins de finesse. Il regarde la conversion de Paul comme un résultat de son irritation contre les Pharisiens, « soit pour le refus de Gamaliel de lui donner sa fille, soit pour toute autre cause.» Cette opinion a été reproduite par M. Vien-
! Clementis Homiliæ , XNIT, 19.
2 Clementis Homiliæ, XIV. Comp. Revue de théologie, 3°vol., p.141, ‘ article de M. Kayser sur les Homélies clémentines.
8 Voltaire, Dict. philosoph., t. VI, p. 271. Bâle 1786.
net, de l’Académie française. « Les Ébionites, calomnialeurs de Paul, dit-il, attribuëèrent sa conversion subite à une cause mondaine. Saul, à ce qu'ils assuraient, ne s'était fait juif que dans l’espoir d’épouser la fille de Gamaliel, et il ne se fit chrétien que pour se venger du refus du père. Sa conformation prétlait à cette calomnie, car suivant les actes de saint Thècle, dontsaint Jérôme et saint Augustin affirment l’authenticité, Saul était gros, court, large d’épaules. Sa tête était chauve, ses jambes crochues et ses sourcils noirs se croisaient sur son nez énorme !. »
Éternelle histoire du dévouement et du génie: ils sont méconnus, insultés, bafoués! Les hommes à qui Dieu a donné pour mission de sauver le monde accomplissent leur œuvre au milieu de l’inintelligence générale et de l’universelle vanité. Persécutés par leurs contemporains, abandonnés par leurs amis, sans cesse exposés aux coups de la bassesse et de l'envie, ils vont, à travers les réalités les plus douloureuses, à la poursuite de linsaisissable idéal. Dans la voie royale du devoir où ils sont engagés ils ne connaissent ni les hésitations ni les faiblesses; rien ne les lasse et rien ne peut les arrêter. Ils rompront, s’il le faut, l'unité de leur vie: Pharisiens hier, ils seront chrétiens aujourd’hui, bravant ainsi l’outrage des esprits timides et lâches et s’exposant, par amour de la vérité, à la qualification
!Viennet, Déc£, de la conversation et de la lecture, t. XL, p. 378. Paris 1837.
terrible d’apostat. Et qu'importe, après tout, l'injustice des hommes ? Le ciel est dans leur cœur et Dieu leur montre le chemin. Quand la méchanceté et la raillerie s’efforceront de les déshonorer, ils parleront de leur pauvreté glorieuse, du pain de chaque jour acquis au prix de leur travail, ils montreront leur corps amaigri - par le jeûne et martyrisé par la souffrance. Qui donc a supporté plus qu’eux le poids de la lutte et la chaleur de la journée? Qui donc oserait contredire lorsque saint Paul s’écrie: «Je suis plus que mes ennemis» j'ai souffert plus de travaux, plus de blessures, plus d'emprisonnements ; j'ai été souvent exposé à la mort; j'ai reçu des Juifs, en cinq occasions différentes, trente neuf coups de fouet; j'ai été battu de verges trois fois; j'ai été lapidé une fois; j'ai fait naufrage trois fois; j'ai fait de nombreux voyages et je me suis trouvé en danger sur les rivières, en danger de la part des voleurs, en danger parmi mes compatriotes, en danger parmi les païens , en danger dans les villes, en danger dans les déserts, en danger sur la mer, en danger parmi les faux frères ; j'ai enduré toutes sortes de peines et de tourments ; j'ai été exposé à des veilles et à des jeûnes fréquents, à la faim, à la soif, au froid et à la nudité... Je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises. Qui est en souffrance, que je ne souffre aussi? Qui vient à tomber que je n’en éprouve une vive douleur!?... Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver au moins quelques-uns?.» Qui donc aurait la déloyauté de méconnaître l’immensité de cet amour et la sublimité de ce dévouement? Qui donc?
19 Cor. XI, 23-30.
21 Cor. IX, 22.
Ceux-là mêmes qui vivent à côté de Paul et comme lui se réclament du nom de Jésus. Les paroles qui sauvent le monde commencent par tuer ceux qui nous les apportent; le bien ne se réalise ici-bas qu’au prix de la douleur et du déchirement. Le monde vibre encore sous la parole de Paul: Corinthe, Athènes, Rome l’ont entendue; partout, à la voix de lapôtre , des préjugés se sont effacés, des hommes se sont converlis, des églises se sont élevées. Il à jeté dans le monde les idées de sainteté et d’abnégation qui s’empareront un jour de toutes les consciences ; il a fait entrevoir à son siècle les lointaines perspectives d’un avenir nouveau et radieux. Eh bien! pendant qu'il est là, debout dans la misère et dans la persécution, la calomnie et l’étroitesse dénaturent ses intentions, méprisent son courage, flétrissent sa conduite et lui jettent à la face les noms de traitre et d'imposteur. Plus tard, alors qu'il est tombé victime de sa foi et de son héroïsme, ces accusations se renouvellent, s’accréditent, s’augmentent, et l’apôtre martyr devient pour un grand nombre lincarnation de l’hérésie et le type du mal.
La postérité a-t-elle au moins effacé par l’unanimité de son admiration et la vivacité de sa reconnaissance lignominie de ces attaques et le scandale de ces insultes? Celui-là connaîtrait bien peu les hommes et Phistoire qui aurait pu le penser un moment. Au milieu du conflit et du cahos des opinions déposées par les siècles, le malentendu se glisse si facilement et la passion court si vite le risque de s’égarer! Les grandes idées et les grands hommes sont les drapeaux de nos contradictions: nous ne les voyons pas en eux-mêmes et tels qu’ils sont véritablement, mais nous les aperce-
vons à travers le prisme de nos sympathies ou le voile de nos intérêts, et il arrive qu’un jour un homme d’infiniment d’espritet qui fut souvent un homme de cœur, tout préoccupé de battre en brèche le catholicisme et trop absorbé par le présent pour bien apprécier le passé, se livre vis-à-vis de saint Paul aux insinuations les plus déloyales et les mieux démenties! *