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Essai sur la crédibilité de l'histoire évangélique

I. — Go reproche souvent aux théologiens français de ne pas comprendre sur quel terrain ils devraient concentrer aujourd'hui les efforts de leur polémique. — Abandonnant le lieu du péril , ils consument, dit-on , les faibles restes de leur activité à guerroyer contre, des fantômes. Ne sont-ils pas tout occupés à combattre des philosophes, et des historiens universitaires, dont chacun peut apprécier le caractère inoffensif? Les aveugles ! Ils n'aperçoivent pas un ennemi bien autrement redoutable , qui fait irruption dans^ le sanctuaire déserté par eux I Que font-ils, en effet, pour défendre leurs saintes écritures contre Texégèse allemande ? Ne- dirait-on pas qu'ils ignorent les objections puissantes élevées , depuis cinquante ans , audelà du Rhin, contre l'authenticité de leurs livres iacrés? -

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S'ils les connaissent , comment ne cherchent-iJs pas à y répondre ? c C'est là qu'est le péril , non dans les doutes c timides que se permet parfois l'Université de France * ! » Ce reproche est spécieux; et, comme on devait s'y attendre, il a été vivement applaudi par les professeurs rationalistes, que notre controverse embarrassait. Mais, tout spécieux qu'il fst , il n'A f <Hiit dofiii^ 1^ change : les catholiques finançais ont persisté à croire que l'ennemi le plus dangereux de leur foi n'est pae au*-delà du Rhin , mais en deçà ; et ils ont eu. parfaitement raison **. Si l'exégèse rationaljste de l'Allemagne a chez nous un certain crédit , à qui le doit-elle en efiet ? A des professeurs universitaires, qui popularisent par l'enseignement, oui par la pr^se, ses prétentions les plus audacieuses, et (^i ne cessent de nous vanter la bonne foi , ou l'érodi)^. de ses représentants les plts téméraires. Qu'est-ce qu'it y a d'ailleurs de plus péiilleux dans celte exégèse ? Sontce les recherches pénibles d'une archéologie minutieuse, ou les subtilités insaisissables d'une philologie sophistique? Non certes. Ce quil y a de plus périlleux, ce sont les principes qui ont engendré cette fausse science, et qui entretiennent sa vie ; ce sont les hypothèses téméraires d'une métaphysique trompeuse et d'une prétendue philosophie de l'histoire , dont Topposition des philologues ou> des antiquaires est seulemeot la conséquence. Supprime^;'

*~ Ed. Quinr, RevMê det DetuB'Mondes , i842 , p. 555; Des Jésmfet, p. S0&-807, 6' édition ; Le Christ ianitme et Ut Bévolu' tdon fronçaht, p. 66.

*" Nous croyons Pavotr démontré, îl y a quelques mois, dam nos Kimdêê ttir U raiionaliême eontêmporain , 1 v. io-8*.

ces fuimite», «eUbe «xégèae. qui parait ai rûdoMUble , ne aéra fim qu'M coif« aan^ iem ; ei vous h verres bî^itoi B'évaoQW. eonmie m awoQ de poussière. Or, c^ bypottiàsee à ffnm «vr i^ Iw de la nature et 4e rbuoMiitt^t ce« idées gtoéralw « fui donneot axix objeOioas Mîcroscopîqaes 4c V^xégii^e aUenoande iour force de ix^béakHi , leur vie» lebr puissance corro^ive , oi^ lea insioae partoiit, on les propage aops toutea les fonoee^ par Tenseigoem^ai de la Philoacpbie et de l'Hifitoiret C'est doiio là qu'est le danger le plvis iounédiat ; c'eet là par cepeéqueut que doivent ^ coQoent/er nos effort$# Non , les défeoeeurs de la foi n'abandonneront pas le lieu du péril, pour aller triompher cm hin de fuelques fwfUknes S4ms vie; pon, ite ne déserteront pas Je sanctuaire « <ni( Vemnemi fm$ inupiion; mai» sans ces$e ils raTnèneFont cet ennemi au cercU brûlam, d'où il cherche à sortir *, C'est en vain que le rationalisme français se déguise et prend un masque ; c'est on vain qu'il se fait petit , qu'il veut se donner dos airs d'innocence et de candeur^ et que, pour faire diversion , il évoque , du fond de l'Allemagne, toutes les ombres de l'exégèse rationaliste , sous les for* mes les plus gigautesquesi. Nous ne serons point dupes de celte tactique I

Qu'on veuille bien d'ailleurs y songer. L'Exégèse n'a pas pour nous, catholiques, l'importance qu'elle doit avoir aux yeux d'un protestant. Si l'Écriture sainte élait l'unique

* « Noos ne «eneroQS pas, dU |M. Q«inet, de les ninener (f«s théologfeiw) au cercle brûlant que la science a tracé aukKir d'eux. • N'avons-iious pas droit de renvoyer ces paroles h ceux qui nous \n adresscnl ?

objet <le iiolre foi , si la raison individuelle en était la seule règle, la critique sacrée serait nécessairement la première des sciences religieuses , ou , pour mieux dire , elle remplirait à elle seule toute la sphère des sciences religieuses. Mais il en est autrement. De qui , en dfet, recevons-nous la connaissance de lésus-Christ et de sa doctrine ? De l'Église. Qui nous apprend à discerner les saintes Écritures ? L'Église. Qui nous garantit leur inspiration ? L'Église. Qui nous explique leurs textes obscurs ? Encore l'Église. Par qui enfin sommes-fious initiés à ce vaste ensemble doctrinal , dont nos livres sacrés sont des fragments , et hors duquel nous ne saurions ni déterminer la valeur réelle de ces livres , ni pénétrer leurs mystères , ni combler leurs lacunes , ni découvrir leur enchaînement et leur but, ni concilier leurs antinomies apparentes ? Par l'enseignement traditionnel de l'Église *. Sans la lumière que nous fournit cet enseignement, l'Exégèse est frappée d'incapacité sur les questions les plus importantes , et la Bible n'est plus qu'un objet désespérant de disputes interminables. Mais, grâce à cette lumière, le jour se fait sur l'horizon des sciences religieuses ; la route qui doit nous conduire au but de notre vie se dessine devant nous ; tous les objets nécessaires à notre développement moral s'y montrent dans leur vraie place, avec leur couleur réelle; et si, parmi ces

* Voyez , à ce sujet , les belles confc>rcDce$ de Mg' Wiscman sur la i-ègle de foi catholique et la règle de foi protestante. — • Evaiigelîo iioo crederem , disait Saint- Augustin , nisi me catbolicx ccclcsiae commoveret auctoritas. » (Contra epist, fun» tîam. Op. t. Vf, 46. édit. Paris, 16U).

objets , se trouvent les livres saints , nous avons aussi à côté le commentaire dont ils ont besoin *. La tâche de la critique se réduit dès-lors à justiOer , en ce qui concerne les Écritures, un ens^gnement, dont l'exactitude infailfiMe nous est garantie d'ailleurs par le caractère somaturel et divin de la société qui le donne.

Ol^ecterart-on que l'Église est réduite à prendre ses titres de créance dans les livres saints, et qu'elle doit en conséquence commencer par résoudre toutes les objections de l'exégèse rationaliste? Mais il est faux que l'autorité de l'Église ne puisse pas se démontrer sans le secours de l'Écriture. L'Église peut, il est vrai, adresser ces paroles aux hommes qui reconnaissent la crédibilité de l'histoire évangélique et la mission 'divine de Jésus- Christ : ce Scrutamini scripluras , quia vos putatis in ipsis « vitam «Btemam habere : et ill» sunt quœ testiinonium « perhibent de me **. » Mais elle a aussi d'autres arguments, appropriés aux besoins des âmes que l'autorité de l'Écriture toucherait peu. Outre la beauté mystérieuse de ses dogmes, de sa morale et de son culte, elle a les mer-

* Remarquez même que FÉglise catholique , loin de considérer la lecture des livres saints comme indispensable, réprouve rhidiacrétion téméraire des hérétiques qui recommandent cette lecture à toui les fidèles, sans dbtinction. (Voyex à ce sujet la JMire de Fénélon à Cévéque d'Jrraê , iur la lecture de tËcritmre eainte en langue vulgaire, et les textes de Bossoet cités dans i^HieUnre lUtéraire de Fénélon, p« 50 et suiv.)

** Jean, V, 39.— Mg* Wiseroan a fort bien montré comment ff^glise peut employer cet argument sans tomber dans un cercle vicieux , ou dans les difficultés infinies de la méthode protestante. (Voyez ses Conférence» sur la régie de foi).

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veilles de son établissement et de sa cûa£fervation , $on unité immuable, sa catholicité si imposante « ^ les ?erliis sarbumaines de ses saints ; elle a . ^ un mot ^ «on bis^ toire de dix^Hdt siècles , toute semée de prod«eSr Ce sont là des titrer qu'elle peut préeenier aim cenflance. comme une démonstralioii pérempt(rire de sa OHmon «t de son enseignement. Elle peut done dire * à l'esemple du Verbe divip , dont elle est Torgane i t Opéra qim dédit M mM pater ut perâciam ea , ipsa opéra qam ego focio, « testimonium perhibent de me, quia fiater misit me*, n II. Mais , si TÉglise peut démontrer, sans le secoure de Y Écriture, et par conséquent sans celui de l'exiégèse bi«» blique, ees droits incontestables à la souveraineté du monde moral , VExégbse n'en demeure pas moins une

* Jban , V , 36. — C'est une démonstration (Je ce genre que le P. J.acordaire a csquisséç avec une admirable éloquence , dans ses belles conférences de 1855 à 1846 : • ïjb plan de oos conférences , disait il récemment , vous est maintenant cpnnu. Noas ne sommes point partis, pour établir la divinité du Chris- Uanisme . des profondeurs de la Métaphysique, ne dêi régiom hintahicê dt Clli$fQir^ ; fiflun avon» fri^ pofw point dç départ im phénoinéne vivant ^ patpal^lç^ <pti habiH av^ nom dfpuif des si£cli$f fiQU9 avons montre* quç. sojis le rapport de l'intelligenec^ fo^ Je rapport dçs mcçw» » «ous le rapport do la 9odétéV l-'igU^ç csUiolique présentait un pb^oméne unique ici'bas...., pious avons ainsi changé la ladique : ai^ lieu de creujer daps les fondements de la pyramide , uouç avoes regardé 5a létc et sa couronne , commençant pat le plut vmiflc, pour redescendre à ce fini e$i plv9 cacliç cl qui portç foute la i4Ui#w. » (fionf^tçnç* du î6 novembre J846,— VoyçA au^^ mes Ètfidç* tur le r(^tion«^li$me romemporain, p, 568 ^ suiv.)

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des iciencôd religieoseâ tes jpilus importantes ; et aujuard'hdi plvA ipxe ]àttiais , t*e^ pour le clergé an devoir presMtit é& la tutUTer avec ardeur. Ce n'est pas sur elte qu'il faut appuyer leâ fondements de notre démonstration dii CatboBdttne \ elle ne doit point êt^ la base de noire édittts dnetrïnal ; mais nous devons Ini donneTi dans cet édmde I idM place étendue» 8i nons étions «ises: imprudents pmr ta néglige, tontes nos (x>nsmict«oiis ultérieur fss ne tardmdiDt pas à tomber en ruint», et les fondements ite notre é^Kâce en seraient eux-mêmes ébranlés.

N'est-oe pas On efiit à l'Exégèse qu'il appartient de justifia l'olseignenèBt de l'Égiise sur l'authenticité, la véracité, FintégHté de nos livres saints, sur Tinspiration de leur ensemble et de letiisdivetrses parties, sur te degré de leur impartancé et mr leur sens véritable ? Pensons-y bien, ces livres saints que nous vénérons cranme la parole même de Dieu écrite sous Tinfluence d'une inspiraticii sumatUrelle, l'eicégtee rationaliste s'efforce de nous les arracher page à page ; die prétend avmr détruit lew autorité liistorique , et , par une conséquence iné^table , leur amtorité dogmatique et morale. Si nous ne coùfon^ dons pas d'une manière édatmite ces prétentions satri^ Idgei, notre silence sera ex[rioîté par nos adversaires, comme un aveu de notre défaite ; et les fidèles auront le droit de nous dire que nous oublions leurs besoûiSi avec nos^tovolfs.

Hais il n'en sera pas ainsi : la patrie de Bossuot, de soin dalmet et de Ouénée r€q)rendra peu à peu , dans le deittidne de la sdenœ exégétique , la place élevée qee loi a fUt perdre la suppression de ses universités et de des i^tàim religieux* Il est impossible que nos théo-^ logiens fratïçais ne comprennent pas les obligations

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