MV
qiii leur sont imposées à cet égard ; or , à mesure qu'ils les comprendront , nous sommes assurés qu'ils se mettront en mesure de les remplir. Ce n'est pas en vain que le respect et l'amour des saintes Écritures s'est conservé parmi nous : la science sera le fruit 4e cette piété pn>fonde, dont les enfants de Vincent de Paule et de M. Cttier gardent si bien la tradition dans nos séminaires» Les nouveaux disciples de S. Benott n'oublieront pas non plus le glorieux exemple d'un Dom Gabnet; et, après avoir lutté si vivement pour l'unité de la Liturgie , ils éprouveront sans doute le besoin de montrer ptus d'ardeur encore pour défendre nos livres inspirés contre les attaques du Scepticisme. Vienne enfin une ère de liberté , et Tordre vénérable qui donna jadis à la France un Maldonat, verra de nouveau s'élever dans son sein d'illustres représen* tants de la critique sacrée.
Contribuer, suivant la mesure de nos forces, à ranimer dans notre patrie les études exégétiques , tel est le but que nous nous sommes proposé en publiant ce volume.
Ceux d'entre nos frères qui ne sentent pas encore le besoin de combattre pied à pied l'exégèse rationaliste de l'Allemagne , attacheront sans doute peu d'importance à cette publication et à cdles qui doivent la suivre. Mais « s'ils veulent paser attentivement les motifs qui leur inspirent une insouciance paresseuse , au sujet des erreurs combattues dans ce livre, ils finiront par trouver ces motifs bien légers et bien frivoles.
Pour être trompeuse , la réputation des exégètes rationalistes d'outre-Hhin n'est en efifet ni moins imp^iante, ni moins formidable. Vainement dirons-nous que tous leurs systèmes reposent sur des hypothèses g^tuites, que ce sont des fantaisies d'érudit , des puérilités obscu-
res et anyîMticuses ; que loin d'avoir le mérite de la soli^ dite , ils n'ont pas même toujours celui de la nouveauté. On ne voudra pas nous croire sur parole, et une foule d'esprits très cultivés persisteront à considérer ces systèmes comme des découvertes inattendues et des objec^ Uons irréfutables.
"^ 11 ne suffit pas de savoir, pour notre compte personnel , que nos anciens apologistes et nos commentateurs orthodoxes nous fournissent des armes suffisantes contre ces nouveaux ennemis; notre devoir est de le proover. Comment, sans cela, le persuader à un siècle qui croit tout le contraire , à un siècle infatué de ses progrès , et qui s'estime' bien supérieur à tous les siècles passés , en fait d'exégèse , comme en fait de physique, ou d'industrie ? Si nous ne lui donnons pas à ce sujet une démonstration irrésistible, il ne voudra pas nous oroire, et il ne manqœra pas d'attribuer notre sécurité à une ignorance orgueilleuse, ou pleine d'entêtement. Nous pourrions , je le sais , renvoyer à nos détracteurs injure pour injure ; nous pourrions leur dire que , si nous mépriscNds l'exégèse rationaliste de l'Allemagne sans l'avoir étudiée, eux l'admirent sans la connaître. Mais, rétorquer n*est pas répondre , et outrager n*est pas le moyen de convaincre *.
Le plus souvent on cherche à se persuader que ces lourds sophistes , chargés d'hébreu et de grec , sont trop ennuyeux pour être lus ; que, n'étant pas lus, ils ne sau-
* « Il ne suffit pas de maudire (les exégètes allemands) , s'écriait naguère M. Quinet, il faut les contredire avec une patience égale à celle donc ils ne se sont pas départis. • {Des Jé»aitê$, par E. Quiner , p. ^05).
— wri —
raient è^Jte fort dangereux ^ el qu^ainsi la frivoliié du public français nous dispense d'engagé conti'e aux une discussion festidieose. Mais^ tout au oonlrairey ces sophis^ te$ sont d'autant plus dangeo^eux, qu'on a plus de peine à les tire , et à se rendre un compte ^xaot de leurs objections. Moins ils trouvent de lecteurs attentifs et patients , plus ils comptent d'admirateurs lanatîqMs. L'emini qu'ils inspirent est précisément ce qui protège et conserve ki renonomée de solidité et de profondeur qu'on a su leur foire. Or< c'est le ikntôme de cette renommée qui obsède aujourd'hui une foule d'esprits , confirmant les ans dans le scepticisme * , et trouMant les autres dans la foi.
Voyez^ par exemple» la Vie de Jésus du D' Strauss. Assurément , eUe a trouvé en France bien peu de lecteurs ; et, en parcourant la traduction que M« Littré nous en a donnée t il est impossiUe de ne pas sb rappeler souvent le proverbe italien : trmimuifre traiàore. Ce s&fwt néanmoins tomber dans une grave illusion de s'imaginer qu'une réimpressioa de Voltaire ou de Rousseau eût ttéeux servi la cause du scepticisme en France. Pour s'emparer du gouvernement dé l'opinion, les eunemis du
* • Pour nous, simples laïques, disait encore M. Quiaet, que pouvons-nous faire , sinon vous presser de répliquer enfin à tous ces savants hommes EnUre vos adversaires qui, tranquillement , chaque jour, vous arrachent des mains ntie page des Éeritnres , et vous qui gardet le silence , ou pafle| d'antre chose , que pouvez-vous demander de nous , sinon que nous consentions à suspendre neire jugement aussi longtemps que vouft suspendre» voUre réponse? • (/6id.)— Combien d'esprits flattants et irrésolus rejettent ainsi sur nous la responsabilité de leur scepticisme !
— xvu
Christianisme avaient besoin, il y a cent ans, de la verve satyriquc d*un Voltaire , de réibquence passionnée et fiévreuse d'un Rousseau. Aujourd'hui , comme ils n'ont plus qu'à conserver leur empire , il leur suffit d'être obscurs. Empêcher leurs disciples de douter de leurs doutes, voilà désormais tout ce qu'ils ont à faire. Or, quel moyen d'y parvenir, sinon d'avoir de gros Hvres indéchiffrables, comme celui de Strauss, de les vanter tous les jours par les mille voix de la presse périodique , ou de l'enseignement universitaire , et d*y renvoyer fièrement les esprits superficiels ? Quoi qu'on fasse pour entretenir encore le prestige exercé par les œuvres du xvnr siècle, on ne saurait y réussir. Ce prestige subsiste pour la génération qui s'en va ; il ne saurait plus exister pour les générations nouvelles. La plupart des jeunes hommes qui ont recueilli l'héritage des encyclopédistes ne sont, il est vrai, guère moins frivoles , guère moins passionnés que leurs pères ; mais ils sentent le besoin de persuader au public et de se persuader à eux-mêmes qu'ils ne sont ni l'un , ni l'autre. Il leur faut des ouvrages nouveaux , sérieux , et qui aient toutes les apparences d'une solidité impartiale. Le livre de Strauss est un deces ouvrages qui rassurent la conscience de nos sceptiques. On le lit peu ; mais on le tient pour irréfutable. Les rationalistes même les plus curieux, ou les plus inquiets , se contentent ordinairement de le placer dans leur bibliothèque , après l'avoir feuilleté ; mais ils s'imaginent avoir, dans ce trésor fermé , la justification de tous leurs doutes. Ils accordent sans peine que la discussion du savant exégète est pesante et compliquée, que son pyrrhonisme est exagéré et son dogmatisme un peu ridicule ; mais ils se flattent de posséder, dans celte puissante com-