UNE LEÇON AU COLLÈGE DE FEAIIGE, EN M
Mbssusurs,
PermettcMnoi d'attirer un instant votre attention sur un point d'histoire que des traditions infidèles et incohérentes ont singulièrement obscurci. Bien que la science critique ait fait déjà d'immenses progrès, il s'en dut qu'elle soit encore arrivée à son point culminant. Depuis qu'elle s'est dégagée de la nuit, où elle avait été ensevelie pendant des siècles incalculables , elle a surgi peu
à peu à l'boriioD de rîntelligence; et, à mesure qu^elle s'deTaity le8 fantôines engendrés par les ténèbres se sont retirés lentement , isans laisser plus de trace que des rè?es fvgitib et paies. La Mythologie a reculé deyant IVistoire; et THumanité, débrouillant peu à peu ses souvenirs, a rendu à chaque fait sa place, sa vraie forme et sa couleur native. A Tàge de Timagination, des légendes, des symboles, des religions et des mythologies^ devait succéder Tàge de la raison pure, Tàge de la eriti^ que et de la Philosophie. Il ne faut pas que le sol^ de la science s'arrête dans son cours; il faut qu'il monte, il faut qu'il écarte tous les nuages et qu'il verse à iots sa lumière sur la route que l'Humanité a traversée. Pour comprendre Tavaiir, j>our savoir le diriger, il faut d'abord et avant tout comprendre le passé. La Philosophie de Thistoire, en nous dévoilant ce qui est derrière nous, déchire aussi et de la même main le voile qui nous cache ce qui est devant nous. Je crois donc. Messieurs, faire uneoïuvre éminemment utile, unç œuvre d'avenir, en contribuant, selon mes forces, à détruire les vieux préjugés, qui entravent l'évolution de la science critique. Et c'est à cette tâche que j'ai voué ma vie.
Avant de vous livrer une découverte nouvelle que je ' dois à une méthode sévère, il ne sera pas inutile de vous Tzppeleat brièvement les découvertes analogues obtenues par les mêmes procédés.
La science italienne, personnifiée dans Vico, osa la première porter la main sur une de ces gloires fabuleuses, qui avaient usurpé une place dans l'Histoire. Homère
tombe soms ses coups : hi vieille idole cia»9ii|«e fol ▼ersée de son piédeslal. Il resta démôtitfé tf^e le prétendo chantre d'iatiie D'était qu'an 8ynEib4le) «dé ^réatioa de reprît kuanÛB cberefaaDt à také re? itre, dan OM allégorie sansissanle, un cyvte fifeond de efaaofs épiques. C'eat à TAUeinagne, peraediiifiée dtâs W^^ qn'appartient la gloire d'aToh* cempEété cetu déméastracimi, H acquis dëfiilttiyeflietit à la science critique cet iffiportani réaukat.
Bientôt les înt«stigations pénétrèrent dans (es origines de Rome; les annales mensongères que la tradition arait constririies au peuple-roi, s'ëcrcmlèt^dnc sous la hadK pni^ante de Téruditton française et tvdesqaé. Les nonifs glot^ieux des Nîcbnrh et des Michelec pknent eneere sur ces débris, ré^mant en evx toute mie pliase^e bborieuses recherches.
La litlératnre hébraïque devait suftir 1^ méMPe sort; la science critique ne recula pas detant cette oonl^lle t*ehe : eHe se mit à roeorre, et bientôt, de tout cet édite rénéré, il ne tesit ploa pierre sur pierre. Les Bmér, les de Wette, ks Vatke, les Bolheil, les Lengerche, é&m représentent le vaste et puissant monvetfient qui amiia k chute complète de la mythologie Ubiiqoe.* Ce «Mnlve- BWDt devais en amener un autre ; TAnoîe» TestâmeM deif ait entraîner le NouYeon sotfs sel rrâes. Da noodiran travailleurs accélérèrent ce résultat. Les gtanèss écoles philosophiques, qui portent les noiM êè Kanc^ deSchel- Itng, de Hégei, de Cousin, brisèrent leafonves matérielles du Christianisme, et le réduisirent èaoâ ««fission
suprême ai abstraite. Du fond de ses aiyslères, on àé^ gifet tes préeiensee ftHniules , qui soni entrées eoMne éMments dans la IbmMtien de la sdenee. Grâce à eelia opération libératri<ïe, THninanîté a été débarrassée du vieil héritage de superstitions qu'elle avait reçu de ses pères; et, déjfagée de tonte entrave, elle a pu s'élaneer joyeusement snr les routes innombrables de Tavegiir. Dans sa partie merveilleuse et légendaire, TÉvangile n'est plus pour nous qu'une épopée démoeratique et mystkfue, dont les premiers cbrétiehs fiirent les rapsodes. Le Christ n'est plus un homme, mais une idée; la forme a disparu dans la substantialilé,* et, sur les ruines de l'Église, on a vu apparaître la Philosophie, le front eouroMé de li»mièi*e et portant sur son sein , non plus le symbole austène de la croix, mais ces f^orieuses paroles qui résument toutes choses, le Hùi et le Not^Moi, le Sutjeetif et VObjeetif, et toutes ees autres formules que noi enfants mêmes savent bégayer maki tenant.
Après avoir réalisé de si grandes choses , la «cienc* ne s'arrêta point épuisée et lasse : elle s'attaqua sucées* sivement à toutes ces individualités ambitieuses qui dé« robaient à l'Humanité sa gloire ; elle montra que ces prétendus grands hommes n'étaient en réalité que de gigantesques symboles des grands «mouvements humanitaires. Elle les prit un à un, et il lui suflt de poser sa main sar ces tètes superbes, pour les abaissof à k taille commune. C'est ainri que TégaHté universelle fat vengée des outrages d'une Mstoire mensongère, et que toute gloire fut rendue à Tespèce. Afeiandre, César, Mahomet,
Ct^ilepiagoe, DgeDghU-kan, Tâmerlao, Luther, MirabeaUy Napolfôon, tous ces grands uaurpaleurs de la gloire b^lIl^I|itai^e, rentrèrent sons le niveau universel. De ces hauteurs, la science descendit à ces individaalilés pkis humbles qui» sans dresser aussi hardiment leur front, cherchaient encore à dépasser la foule : une dernière fois, die étendit sa main, et tout rentra dans Tuiiité absolue. Anoibal, Scipion, Mariiis, Syîla, Geéron, Virgile, Origène, Augustin, Thomas d'Aquin, Bacon, Descartes, Spinosa, Leibnitx, RaiU, Schelling, Hegel, Cousin, allèrent rejoindre les ombres de Moise ci dt David, de Salomun et d'Isaie, de Sophocle et d'Euripide, de Socrate et de Platon, d*Épicure et de Zenon, de Plotin et de Proclus.
Voilà, Messieurs, les immenses résultats dé^ obtenus par la scienc;e. Grâce à eux, toute aristocratie a été éteinte, même dans le passé, et le règne de Tégalité universelle a pu commencer dans rhistoire;grftce à eux, l'espèce n'est plus efiacée par Tindividu, l'être n'est plus étouffé sous le phénomène; l'unité universelle ne disparaît plus dans la variété de ses développements , et Tégoisrae rebelle n'entrave plus les libres manifestations de VAbsoiu, de Vidée m
Toutefois, Messieurs, nous devons achever, compléter, assurer pour toujours ces magnifiques résultats. C'est là notre mission, le but que doivent poursuivre les générations actuelles ; il fout qu'elles étouffent ces murmures absurdes, ces réclamations sourdes qui se font encore entendre çà et là. C'est pour y parvenir que nous réonis-
soDs nos offoris , et je viens aujourd'hui répondre à tiof dernière proteslalion de cei esprit du passé, qui heureusement touche à sa dernière heu^.
esprit pUlMophîqtte et gcMDtifiqiie. Ob «a oimrliiail im- ' prvdMDiMOt 4|a'il n'y avail , et qu'il m poortil y •▼•ir rien de mythologique idans les «UMlee de eette grande époque. C'est là, Meeiieurs, nne errear grave, et qv'ont dé)à reeiiiée les pntfondes recherehet de mes sairanta amis, MM. ** et *^\ Je le db à regret, mais il £mI bien le dire : f esprit pUlesophique s'est allié trop long* temps arec la Mythologie. N'est-ce pas là ee qni nom apparaît à ehaqwe page de la yietlle Uttëratnrosaiiserite? Parcourez les Védas , tes Pomraoas , le Ramayana , le Mahabliarata, le ManaTa-dkirma^astra, le Bliaga?adgita, le Prabodhatschandrodaya , etc.; partout vous trouverez la Mythologie mêlée aux spéculations pkilosi^pMques les plus subtiles, et les allégories historiques, religieusee , ou astronomiques , entreeroisées avec les abstractions de la Psychologie et de TOntologie. Ep Grèce, même phénomène, surtout dans les conceptions pythagoriciennes , platoniciennes , stoicienBes , gnostiqnes et alexandrines. Après la chute de la rehgioo grecque-romaine, la Philosophie a , dorant de longs siècles encore , renoué une étroite alliance avec la mythologie du CSiristianisme. Étudies la phMosophie même du xix*^ siècle ; la tendante an symbolisme vous apparaîtra, sous mille formes diverses, jusqu'au sein des théories abstraites de ses métaphysiciens les phis subtils, ^oi de plus mythique que les spéculations ontologiipiea, cosmologiques et historiques d'un Schelling , ou les visioBs de palingénésie universelle attribuées à Charles Fourrier 7 Les théogonies des brahuMmes et les coemo*
goQÎa» das bauddhistes n'y sonl-elles pas fondues avoc lfl« jrdves eâiNriekiiK de^^ gnasiûiiies 7
Poar mieux comprendre ce foit^ jetons un cof(|>-4'<eil
fcymen ani fables des Hellènes. Il n'est pas jusqu^a fa Henriade, aux drames, aux opéras et aux peèmes didattiques da xtui* siède, si profondément pénétrés de l'esprrl d'analyse et de scepticisme, où n'apparaissent tontes tes figures de la mythologie antique. En un root, du xt* au XIX* siècle, on dirait qu'une puissance magique a res-' suscité tous les dieux du Paganisme, ' et que la Poésie, la Peinture, la Sculpture, la Musique, célèbrent à Tenri leur joyeux retour. L'histoire contemporaine est elle-même obligée d'affubler tous ses personnages de quelques costumes empruntés au Parnasse, ou àTCNympe. Et, si forte était cette tendance, qu'à la fin du xYin^ siècle , on TÎt les Français renverser les autels du Christ, pour y substituer les statues payennes'de la déesse Raison, de la Victoire, de Cérès, en un mot de toutes les divinités grecques et i^maines.
An XIX* siècle, la direction des esprits est changée ; mais , pour être autrement mythique , elle ne Test pas moins. Ce n'est plus le règne exclusif de la mythologie chrétienne, comme au moyen-ftge, ou de la mythologie grecque, comme aux temps qui suivirent la Renaissance; mais c'est un vaste confinent de tontes les mythologies. Vous voyez accourir en foule à ce rendez^vous commun, les dieux de THindoustan, de la Chine, du Thibet, de l'Egypte, de la Perse et de la Scandinavie. Et celte multitude innombrairfe se confond et tourbillonne en tout sens ; c'est un océan , oè mille courants divers roulent leurs eaux pêle-mêle. La littérature de cette époque proid toutes les couleurs et toutes les formes, mais elle reste
lolijoure essefltieilemeDt imythique; seulement le mythe devient à la fois plus dramatique et plus philosophique; il a une aRure partietilière , et il praid d'ordinaire un nouveau nom : il s'appelle Roman. Mais il ne perd pas pour cela son caractère intime , ses conditions essentiel* les, ses principes constitutifs. 11 faut un coup-d'ceil étrangement superflciel, pour ne pas apercevoir l'analogie profonde, l'idenlité radicale qui existent entre les febles du cycle de Walter-Scot, par exemple, et les cjdes antiques du Ramayana et du Mahabharata , de Tiliade et de 1^0dyssée. Qu'est-ce que le poème des Martyrs , sinon une épopée toute mythique, oh se mêlent les fables de la Palestine, de la Grèce et de la Scandinavie ? Isra Messiade n'est^lle pas une Iliade chrétienne ? Les Paroles d'un croyant ne sont-elles pas une sorte d'Apocalypse démo^ cratiqueT Comment ne pas reconnaître, dans les Amêchasponds el les Danoans, un écho de la vieille mythologie mazdéenne éveillé par la voix puissante des prolétaires insurgés du xix* siècle^? Qu'est-ce encore :que VAhioi'cérHs du fabuleux Qninet , sinon un mythe panthéistique , une phiiosopbie de l'histoire dégaisée en légende? Le Pramé- IM», attribué au même écrivain, n'est-il pas auÀsi on symbole philosophique et poétique des destinées de THumanité ? Le premier et le second Fausi, la Divine Epopér, la Ckutê- d'un angs, Spiridion, Consuelo et le Juif-errant ne cachent^'ils pas enfin, sons les formes étranges de leur poésie, «ne conception obscure des développements hnmanîtaires? PanxMBurez, en un mot, tons les monuments d* la* tittéraUire earopéenne au xix^ siècle^ vous y re-
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IrioMverai coagUmnem la même lendM««i partout lef fimùàw bitê bUtoriqwes &*y dégiûsant soqs des voUci» allëgori^pMê , sf ua les coalumea yariéa et briUaiits de la ngFtkel^gîe; pattoat les défeloppemento poUtîqiieay littérûree, soîeiitifiqiiea et relifieux de notre èspèee, t'y réeuneot dans des |>ersoaaages typiques. Par queUe bixarre «xeepUon» le mouveoieAt de la science exégéiîque eât-il 4fcé ex4du de cette transfiguration générale de THiataire? Assurément, Messieurs, celte science produisit alfvs une impression a&sea profonde pour éveiller Timaginatiooi et s incarner dans la mémoire des peuples sous une forme Tivanle et personnelle*
Mais il y a un fait décisif, qui montre à quel point le go6t des compositions mytUques était général au la^ siècle.
Ce lait , c'est TinnombraUe multitude de fables relatives au célèbre Napoléon, Si quelqu'un semblait devoir laisser datis les annales européennes des traces indélébiles , n'est-ce pas cet empereur géanl qui , d'après la tradition^ éisndait-sod épée de la Sefaie an NU, et du Nil à la Moeoowe? Et cependant son histoire s'est évaneuio dèvimt les recberebes d*uoe science profonde. Vous eon^ naisses les précieux travaux ^ mon illustre ami M. *** sur le document critique quHl a décoavort et justifié par des oommentâires si lumineux et si savants. Dana ce deeument presque contemporain ifai fiimeux conqoérant, il eal déoMmiré, suivant las rèf^ de l'exégèse la plus pénétrante , qne toute lliistoife du Sésoatrts fran^ia n'est q,u'une aUégorie astronowque représentant le cours ài
•oleil. De oMI^ pereonnalité si ftme en apparence, il n^a donc riea snlmslëy pas néme an nom ! Commeni, aprè« eela, •senit-on réroqner en doute la tendance da xn* siècle à enVelopper ses souveniri des vciiies de la Mytho-logie? Maife entnms pios aTam dans la question,^ serrens de phic prêt nos adrersaires; et d'abord soumettons à une analyse rigonireuee les preuves extrinsèques par lesquelles on s'efforce d'établir Tautiienticité de la Fte (ie Jésus.
On cite quelques écrivains du xx'* et du xxi* siècle, qui contiennent des passages de la 1% d« Jésuê et les attribuent au D' Strauss ; on va même jusqu'à prétendre trouver des textes semblables dans la littérature du xix* siècle* Je pourrais nier lexactitude de ces bits; mais je veux les admettre. Que s'ensuit-il, et que ]>eut-dB en conclure 7 Que l'erreiur de mon adversaire est fort an* cienne peut<*étre ! Et que m'importe à roui 7 La science du xxvi"" siècle doit^-elle donc s'incliner humblement devant lea traditions vulgaires d'un âge de crédulité ? Certes, je su» loin de vouloir déprécier ie xix* siècle : il a fait faire de grands pas ft l'esprit humain, et nous lut en gar** dans nue vive reooMiaissance* Mais, pour être justes en-» . vers le passé, ne soyons pas injustes envers notre époque ^ respeeCons la jeunesse de l'Humamté , mais respectons encore phis son âge m&r, et n'allon» pas nier le progrès par un amour saperstttieux pour les illusions de nos pères !
Je vais plus loîn^ «t je prétends que les textes all^aés^ fttssent-ik réels, exacts^ ineontesiaUeSy ne démontrent * pns même qu'au Tkt^ sièsie, on^av xx*, on censîdérÀt le
D^ Str;Mifi» comme l'aiHeur M h Vis de Jéim ^tti |>erl€ aujourd'hui son non. Qu'un hwoiumi^ sous le WHn Trii ou faux du ly Strauss, ait composé au xu^ siècle une Fit de Jéeus, cela se peut, et je ne le nie point. A celle époque, il y avait à peine » dans les uaiversitës allenandes, un professeur de théologie qui ne publiAt quelque ouvrage de ce genre; oar le non de Strauss était très mun dans cette contrée. — Que le livre de cet i soit entré pour quelque chose dans la vaste compilation qui nous occupe, cela se peut encore, et cela sufit pour expliquer les textes allégués contre nous. Mais, que celle précieuse collection , où se trouvent résumés tous les travaux d'one grande époque, soit l'œuvre d'un individu, et que cet individu soit le D' Strauss , voilà ce qu^on ne prouve pas, et ce qu'en ne prouvera jamais.
Examinons d'ailleurs ce qu'enseigne la traditioB vulgaire concernant ce D*" Strauss, auquel on attribue si gratuitement l'oBuvre collective de son époque; noua pourrons facilement convaincre celle tradition d'impossibiKié , et nous trouverons en elle les preuves évidentes de son origine mythique. — Le D^ Strauss, dit^^n, était professeur de théologie protestante au êémifieàre étang Aiguë de Tubingue -, mais une pareille absurdité porte sa réfutation en elle-même. Quoi ! ce livre, oii le Chvistiameroe est nié si bardiinent, si radic4ilement , avrait été cempeeé et signé par un représentant des vieilles supersiitîuas , par un homme que sa posilkm môme constituait défenseur du passé, champion de ndol&trie cbréli«nue, en un mol, par un professeur de théologie évungélique! Quelh
(Mt ridicule on voudrait nous faire croire ! El ce n'e»! pas tout : suivant la tradition , cette Vie de JAus aurait même été imprimée avec pritilège toyaL Ici l'ignorance se trahit , et nous la prenons sur le Cuit. Le roi de Prusse alors régnant n'^taît-il pas un piétiste ardent, fanatique? Et les piétistes n'avaient-ils pas déclaré une guerre à mort au Rationalisme, à la PMIoàopIne , à tout ce qui sortait des étroites limites de l'orthodoxie luthérienne ? Et ce roi, qui prévoyait si bien que son trône croulerait avec le Christianisme dans l'océan de la démocratie, aurait ainsi accordé un privilège royal à un livre qui renverse le Christianisme par sa base !
Voici qui est plus absurde encore. Le D' Strauss, suivant lé tradition, aurait été de nouveau, après la publication de son livre, élu, à la majorité des voix, professeur de théologie dogmatique dans l'université de Zurich ! En soi*te que l'on se serait obstiné a confler renseignement du vieux dogme à un homme connu dans toute l'Europe , pour l'avoir combattu avec une sorte d'acharnement. Et à cette absurdité, on ajoute encore nne contradiction. On nous dit en effet que, peu de temps après, 15,000 habitants du caàton de Zurieh auraient pris les armes pour empêcher le processeur qu'ils venaient d'élire, d'entrer en possession de sa chaire; et, dans l'exaltation de leur fanatisme, ils l'auraient même brèlé en effigie. Mais, s'il en était ainsi, comment la majorité de ce canton eAt-elle pu appeler* ce professeur, quelques semaines auparavant, avec une plei-
nm conwaittsatKfr^de . s^ 4oelriiie6 7 Voyez d'ailleurs quelle ëlninge mépriëe ! Quel oubli ia& tempe et des lieui 1 Quoi ! en plein xix^ siècle un soulèvement contre un professeur avec des circonstances dignes du moyen-âge l Et cela à Zurich^ dans un des foyers du ratîonalisme belyétifue ! Il fiilbût donc placer au moins cette ridicule croÎNide dans un des centres du Jésuitisme , i Luceroe, par eiemple^ ou à Fribourg !
Mais nous n avons pas encore épuisé toutes les absurdités de cette étrange rêverie. On nous dit que le livre du prétendu EK Strauss excita Tindignation universelle, que tous les savants de TAIIemagne, super-naturalistes, naturalistes même et rationalistes , se soulevèrent en niasse pour faire contre lui une croisade, moins brutale sans doute que la croisade des paysans de Zuricb , mais non moins impossible. Il faut, en vérité , n'avoir pas lu ce livre, ou ignorer étrangement l'bistoire de la science au xix® siècle, pour soutenir une pareille cbimère. U n'y a pas en effet, dans les quatre volumes au prétendu IK Slrauss, une olqection, une idée anti-chrétienne qui ne se retrouve expressément dans les ouvrages des autres savants contemporains. £l ce livre , qui répétait seukmrat tout ce que les autres disaient , aurait attiré les malédktioas de tous sur la tète de son auteur. Quelle extravagance !
Oa nous objecte qu'il y a eu réeUement à Tubiague, vers cette époque, un D' Strauss, pnrfessenr de tbéelogie au êémin€dr$ AMngéU^ue» Et que m'impoHe 7 Ceh ne prouve pas que ce ly Strauss soit Pauleur de To^-
Trage en qoestidu. Il y arait , en effet , à la inéme ëpe^ que , à Beiim , «n autre professeur égatemettl nommé Stravae, akiai qu'il résulte des recherches de mon savant ami, M. ***.
Mais void un dernier argument plus déoisif enoere. Un de mes jeunes élèves, M. ****, dans un voyage qull vient de faire ta Allemagne, a découvert une curieuse dissertation, où raotbeatidlé de la Fie ia Jéfoê et l'em^ teaoe même du \y Strauss sont niées formellement. Or cette dissertation, qui porte le nom d'un ly Keieerlingky est datée de 1836, et il y est démontré invineiblemeni que le firétendu D*^ Strauss est seulement un idéal , un symbole du mouvement rattenalisle q« s'opérait alors en Allemagne et qui se propagea dans toute rEurope. Ainsi, les contemporains même ont réfuté d'avance la fable ridicule qu'on voudrait aujourd'hui nous Aiire ac-^ cepter. Au demi^jour du xtx^ siècle, le fond de cette bis^ toire a été nettement aperçu; et^ au grand jour du xxvi^ siède, il y a encore des aveugles volontaires , qui s'obs^^ tinent à défendre ces rêves du passé, comme des réalités incontestables ! Mais c'est en vain qu'ils tournent le dos à la lumière, et poursuivent de leurs regards attristés les ombres qui s'eirfnknt f le soleil de la science monte à l'horiflon et les enveloppe de ses rayons!
Maintenant, Messieurs, que nOue avons convaineu la tradition d'impossibilité et d'extravagance , plnçons-nons au point.de vue que vient de nous ouvrir la préoienee découverte de moii jeune ami ; saisissons le flambeau do Tiaduction psychologique, historique et pbtlolofciqne. Eu
GomkiMiiit aîosi too& no» moyess d*iàTestîgation à priori atec IfM iodkatioiis positives d'un moMiuiflÉl faistori^iie contamporain de la fie de Jéiuê , nous arriverens sâeeti^ fiquement à cette conclusion irrécusable que le D** Strauss est un personnage purement mythique, rincamatioD d*nne idiée, et rien de plus.
Il est une loi de l'esprit humain manifestée dans h conscience de quiconque s'obsenre, et que nous voyons d'aîlleuffs apparattre, en caractères saillaints, à toutes les époques de Thistoire. Après les grandes révehitions, les grands mouvements politiques, sodanx, philosophiques et religieux , l'Humanité éprouve on besoin profond de résumer ce qu'elle a vu , ce qu'elle a seati , ce qu'elle a pensé, ce qu'elle a dit, ce qu'elle a rêvé, dans un symbole vîvsmt, personnel , qui donne un corps , une forme saisissante et palpable à ses souvenirs. Tel est, Messieurs, le phénomène psychologique caché sous le mj'the vénérable des incarnations hindoues. Toutes les (oh qu'une idée nouvelle arrive dans le monde , elle s'incarne, elle se bit chair; l'imagination, frappée de sa nouveauté et de sa grandeur, se prosterne devant die, la place sur ses autels, l'environne d'un culte éblouissant et lui crée une histoire pleine de prodiges. Or le xn^ siècle fut à coup sûr une de ces époques palingénésiques, qui apparaissent de distance en distance, dans la vie éteroelle de l'Humanité. Il ne put donc échapper à la loi commune, et il dut nécessairement, pour arriver à une pleine conscience de lui-même, réunir ses doutes et les résultats de ses labeurs exi^géltques, dans une «ruvre du-
rable^ frandiose. Mais oe n'était pas à un hidiiridd que poinait coBveoir raceomplisemeot d'une pareille tâche 2 il fellait les travaux combines de plosimirs gêné* ra tiens, pemr élerer cette grande pyramide. Tontes cet œwres monumentales qui survivent à leur temps, s'élè^ vent ainsi lentement, assises par assises. Voyez l'Uiade, le Mababarata, le Raroajana, les Yëdas, les Kings , la Bible, TBdda, les chants du fabuleux Ossian, les Nieheluttgen , k collection agiographique des BollandîAtes , l'Encyclopédie française, et mille autres. En vain essaierait-on de leur donner le nom d*un homme; c'est l'œuvre de tous, c'est le résultat harmonieux d'un immense travail humanitaire. La gloire n'en est à personne, elle appartient à l'espèce.
La Vie de Jéêus , dont , suivant moi , il ne reste plus que d'informes débris, fut comme une tour cydopéenne^ élevée au centre de l'Europe, sur les ruines de rÉgHse, par les glorieux Titans de la France et de l'Allemagne. Telle est du moins la pensée qui se présente naturellement à nous, quand nous étudions ses débris ; et cette pensée Jette une éclatante lumière sur l'histoire my« tbique du D*^ Strauss. Pourquoi, par exemple, la tradition a-t-elle placé k Tubingue l'auteur inconnu ie h Vie de Jésui ? Pourquoi l'en a^t-^elle chassé ? Pourquoi Ta-t-eile conduit à Zurich ? Et que signifie l'insurrecAion des paysans suisses centre la doctrine représentée par le nom de Strauss 7 — La science critique va nous donner le mot de ces énigmes.
Tubingue, Messieurs, fut un des principaux théâtres
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de !• igêertt entre le fupM^-nsaurilkme ei le Ketiopalk- Me, entre le paaeé H l'ayeDÎr. Oo 4ii an eStA qne dent oélèbree pmfeaseMrs cnlbnlkinee^ MœUier et KnliQ^ en* •MgnaicBt avèe éelM à$m celte viUe» préefeéneni i l'éjpoqoe où la tnKfitîoa y |^ce le jy StrauM* Oa aU^ b«e néaoean D*" lUiba TboDneui* d'aveir réAHé, daaf us •avant owi^age^ la Fia de Jéus du D' Straaaa. Ces deui news, Kiibn et Strauaa, mm apf^ataisaeDt donc comine PB symbole coiD|^let de la grande antinotiiie dn xix' aie* de. Où dirait deux incaraatioDs géantea de la raison et de )a foi^ de la apentanéité et de la râkxian» se prenant ciarpa à cerpa, cemne denx lutteurs astiqnes. '
Sttiyant les appareooes, le Ratîeaatisine aara été contraint d'abandonner un instant les conquêtes tpf'û avait su iaÎN au sein niènie dea oorporations destinées à défendra le vieux dogme InthérioA. La population éclairée de calque ville suisse aura appelé dans son sein un savant eség^te persécuté à Tubingue ; mais la peuple ignarant 4es campagnes^ fanatisé par ses mimêireSj anra &il . eourîr de graves dangers à ce missionnaire de la seienoei Tel est vraisemblablement le fond hisêorîqtte des Mgendsa qui nous oceupwtt.
En dernière analyse, la méthade d priori, d'aoeotd avec la roéahode à partertorî , nous amène donc à eensidérir k D' Strauss comme un idéal revêtu de la fome perseu nulle par une tradition mensengère. Quant à sa Uagra^ phie, eUè n'est qu'un a8Sembh^4le légendes fw^tbiques^ où l'imagination de la foule se plut à Igurer les prinei*pafais phases du mourement rationaVste. — La sciaice
t«6Unti§]iM. Dè6-l0r$ , il est vraisemblable que c'«8t k main d'uo catholique, qiri a défiguré h Vie de Jénu et ajouté à la légende du ly Strauss des cireoastaoees dérisoire». Et d'abord, cette conjecture luminease noas explique le priwlège royal, qu'on dit accordé par le roi de Prusse à une œuvre où les conséquences les pbs hardies du Rationalisnie étaient résumées, et qui aurait dû inspirer une sorte d'horreur au fanatique Frédéric- Guillaume. Nous voyons en eflet, par Une mnUhude ianombrable de biXs et de textes, que les catholiques, non contents de reprocher sans cesse au Protestantisme son alliance avec la philosophie rationaliste, présentèrent la Vie de Jésus comme une conséquence naturelle de la théologie réformée.
C'est pour confirmer ces reproches^ qu'on a donné au prétendu IK Strauss le titre de professeur an séminaire évangélique de Tubingue , et qu'on a £»it de lui le type le plus complet de VIsccariotiême, Cest dans le même but qu'on Ta fait élire , par la paroisse de Kurich , pour des fonctions semblaMes. Enfin, c'est toujours sous Tinflnencedu même esprit de dénigrement fimatique, qu'on a inventé le mariage du docteur avec une jeune actrioe de Stnttgard. Et celte dernière ûiveotkm de la calomnie dut s'accréditer d'autant plus bcUemeot que, vers repose oA la tradition a plboé tous ces £ûts, il existait un célèbre compositeur de wiilses du nom de Strauss, dont l'histoire fut conC^ndue par la maUgnicé avec celle de sou mystérieux homonyme.
Quand, de la vie du fiidMeux exégèle , non» passons
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— 5!* — au n^re qui porte son nom , nous li'ouvons presque ^ ehaqne page une nouvelle confirmation de ces eonjectures. Quelle main, en effet, si ce n^est celte d'un papiste, quelle main a gtissë dans cette cMitre tout incrédule deê coucesfions qui la déparent , et dent le Supematnralisme ne manqua pas de s*eroparer? Comment, par exem- |rie, le rationalisme du xix^ siècle aurait-tt pu ftHirarr des armes contre les écoles antérieures du rationa- Ksme anghîs , français et allemand , ainsi que le (kit sans cesse le texte altéré de h Fie de Jébuê> Commisnt aurait-il pu avouer que les prophéties bibliques s'accordaient de point en point avec Tbistoire évangélique, en sorte que oefte dernière semblait tt*en être qu'une oopie? Comment suKout aurait-il pu accorder iWtfpHi^tement l'anthenticité du lirre des Actes et des épllres de Paul ? Est^ae que ces livres ne suffisaient pas pour raffermir tes bases de l*bistoire qu'il vonMt renvei^ ser? Non, messieurs, non, assurément, on ne peut soupçonner d'une pareille inconséquence le rationalisme si intelligent et si profond du xn* siède ; ce serait outrager un des plus beaux développements de Tesprii humain , calomnier la raison et la science. Non , la philosophie n'est pas coupable de ces étonnantes contradictions ; nion, «Ile n'a pas ainai livré la cflU8« de la vérité aux esclarves de la superstition. J'en atteste sa vidmre, j'en atteste ses immenses conqnècas et k nggaiiqne hérfli^e qnVlle nous a légoë. C'est k marin d'tm ennemi perMe qui a déshonoré l'osovre poiasanle de renégèse rationaliste et détruit son ordonnanee kf^e. Laraqne
U cause de l'aveDii' fut définitivement gagnée , lorsque les vainqueurs, assurés de kurs conquêtes, se furent endormis sous leurs trophées, l'astucifUTC sectaire, se glissant dans Tombre, vint miner silencieusement les murailles de la haute tour, et dresser à la Philosophie de nottveJles embûches. Cestià que notre ennemi attendait le jour de surprendre la place qu'il avait perdue. £t je saisis oette occasion, jVlessieurs, pour le dénoncer à votre attention ; non pas, certes, que nous ayons à le crain- Ate t ses iuras épuisés par la vieillesse ne sauraient nous lancer que des traits* impuissants ; mais il ne faut pas que la moindro inquiétude ralentisse la marche de l'esprit humain dans la rout^du progrès. Ce serait donc une mission digne de nous, une mission vraiment utile et glorieuse , de travailler à la restauration d'un monunient qui résumç tant de travaux des amis de la science, d'un monument qui n'^est pas Toeuvre d'un individu , ni même d'un peuple, mais d'une grande époque. Il est juste que tous les amis de la civilisation et de la liberté viennent apporter leur pierre à cette noble entreprise, et c'est à quoi je les convi<rt
Clomme nous- l'avons dit dans l'introdsction , nous aurions désiré d'abord remplir, par des notes étendues, les lacunes les plus regrettables de cet Esêoi.
Nons «tissions voulu , par exemple, démontrer, dans une dissertation spéciale, la crédibilité de S. Matthieu , dont notre auteur ne dit rien^ et que de choses nous eus-
sions pu même ajouter povr la justification de S. Marc^ de S. Luc et de S. Jean! IL nous eût ftallu indiquer aussi, d'une manière rapide,^ les preuves générales qui nous garantissent rauthenticité des quatre évangiles considérés cdlectivement ; ce que notre auteur a négligé de faire. Un résumé substantiel de nos meilleures concordances eût été enfin nécessaire pour clore ce travail. Mais nous ayons dû sacrifier nus désirs à cet égard , pour ne pas donner à notre volume une grosseur démesurée. D'ailleurs, un de nos collègues est venu nous dispenser de remplir cette tâche, en se chargeant de réaliser nos projets, d'une ihanière 'bien plus complète que noifs n'eussions pu le faire ici. Nous renvoyons donc nos lec> teurs à l'importante publication que M. Chassay vient d'entreprendre pour la défense du Christ et de TÉvangile. Ni l'ouvrage du P. de I^igny sur la Vie de N.-S. J.-C, ni même celui du comte de Stolberg, ne peuvent sufiire maintenant à tous les besoins des hommes instruits ; mais avant de nous donner, sur la vie de l'Homme-Dieu, un ouvrage qui puisse défier les attaques de la critique la plus rigoureuse, il y a deux choses à faire. 11 £siut réfuter d'abord les principaux systèmes contemporains, dont le but clair, direct et immédiat , est d'anéantir la foi à la divinité du Christ et de l'Évangile. Il feut en second lieu démontrer d'une manière approfondie, l'authenticité, la véracité et l'intégrité des documents historiques , où sont déposés les souvenirs de la vie du Ch'ist. Telle est •la double tâche que M. Chassay se propose de remplir dans les deux premières sections de son ouvrage. LVxa
fii6a iIltriIla^lle de» t lurîsuk^gies raiionaUoes préparera la justification positive de l'Évangile. L'étude dn Nouveau-Testament 9 au point de vue exégétique , viendra servir ensuite d'introduetion naturelle à la biographie de l'Homoie-Dieu, partie principale et but suprême de cette importante collection. Chacune de ces trois sections s« subdivisera en plusieurs volumes , qui pourront se détacher de l'ensemble, parce qu'ils soat consacrés à des sujets distincts. Le tableau suivant donnera une idée plus précise du plan général de cet ouvrage :