‹ Essai sur la crédibilité de l'histoire évangéliqueChapitre 17 sur 26 · Des miracles attribués à Mahomet · texte numérisé non relu

Des miracles attribués à Mahomet

Suivant la nouvelle exégèse» les disciples du prophète nazaréen n'ont cessé de cacher» sous des guir* landes symboliques, les formes arides et vulgaires de sa vie. Mais ceux du prophète arabe n'ont pas

vodIq consentir à ses impiétés, lis ont en recoim è Tanteitr de la nature, qui lear a, an boHt de trois jours, rendu l'nsage de fa parole, sans leUr donner néanmoins d'autres langues à la place de celle qu'on leur avait ôtée. Je les ai entendus parler d'une manière si distincte, et d^une voix si bien articulée, que j'en éteîs stupéfait ; je cherchais l^nstrument qui pouvait former en eoi la parole et ne me fiant pas à mes oreilles , j*en ai voulu remettre Fezamen à mes jeux ; je leur ai fait ouvrir la bouche , f 7 al trouvé la langue coupée dans la racine même ; de sorte que mon admiration fut moins de les entendre parler, que de les voir vivre après cela , contre toutes les lois de la médecine et contre Tordre de la nature (Tb£opbrasti , dans Gallandos , lUbliot, Patr., t. X. p. 627). . (Ifote de t'Éditmtr),

— Ail —

épargné à la vie de leur mattre ks oraemeiits my* thiqoes les plus absurdes. Si le sage de Nazareth a mis de la saliiFe sur les yeux de rsTveugle^né , pour le faire jouir de la lumière , le sage de la Mecque a craché sur le roc , et le roc d'est traiàsformé en sable. Si le sage de Nazareth a nourri ôOOO hommes avec cinq pains, le sage de la Mecque a nourri une armée a?ec deux dattes. Si, d'un seul mol> le sage de Naza* reth a fait mourir et dessécher un figuier» k sage de la Mecque» dédaignant de s'approcher lui-même de l'arbre^ l'a fait tenir à lui» d'un seul mot. Si la pénétration des ennemis de Jésus de Nazareth tes a portés à mettre sa puissance à Tépreuve» en exigeant de lui un signe céleste, exigence qu'il a repoussée, la perspicacité des ennemis du prophète de la Mecque ne leur a vraiment pas fait exiger de lui de moindres preuves ; car un jour, Habib, fils de Malek, lui adressa cette demande : « Mahomet , il est midi ; • si tu veux que nous te croyons, fais qull soit « nuit à l'instant. Tu te placeras sur la montagne « Abu Robais ; tu ordonneras k la lune , qui est < maintenant près du sokîl (oar nous sommes au c cinquième jour de la lune) , d'être pleine à l'îns- « tant même. Tu lui commanderas ensuite de se « placer au-dessus de la Kaaba, et àe faire sept i fois le tour de la maison sainte; et tu lui donne- « ras l'ordre de se*prosterner devant la Kaaba , « de te faire ensuite une profonde révérence, . « et de le dire en bon arabe , en arabe que

les Arabes de la ville et ceux de la campagne puissent comprendre : Paix à toi , véritable apôtre de Dieu! Après cette révérence, tu lui ordonneras d'entrer sous ton vêtement parle coude droit et d'en ressortir par le coude gauche ; elle devra ensuite se séparer en deux parties égales » dont l'une ira se placer àTocddenl; puis, avec la légèreté du saut d'une sauterelle , elles devront faire un bond en môme temps et se réunir de nouveau. • Et Mahomet éluda-t-il cette demande comme le Nazaréen (Matth. 16, 1, 4.) ? c Je ne sub point de ceux qui éludent les épreuves , ditil. Il prononce une parole , et il fait nuit à midi , et la lune vient avec la rapidité de l'oiseau et exécute les sept évolutions autour de la maison sainte de la Kaaba, et elle se proste^me devant elle, au grand etonnement de tous les assistants; puis elle s'approche du prophète, et lui fait un salut respectueux ; elle crie ensuite tout haut en arabe très pur, et en présence de tous les habitants de la Mecque : Paix sur toi, â Achmed 1 Puis obéissante, elle entre dans la manche droite du prophète^ et ressort par sa manche gauche ; elle se partage ensuite en deux parties , dont l'une va se placer à l'orient et l'autre à l'occident ; ces deux parties se réunissent de nouveau , et elle poursuit tranquillement sa marche comme auparavant , sans qu'on puisse s'apercevoir du n^oindre dérangement ; et 470 habitants de la Mecque embrassèrent la foi de Mahomet. Seul , le stupide Abudschahal

- âàâ -

« dit: Mahomet nous a encore joué un de ses tour5> « car tout ceci est pure sorcellerie ! »

Il faut contenir qu'Abudschahal s'est comporté bravement ! Avec tout le respect que nous devons à la force de résistance dont sont doués les libres penseurs de Weimar et d'Heidelberg, nous leur demanderons s'ils auraient pu résister à un pareil assaut. Quant au prophète de la Mecque, nos lecteurs avoueront qu'il y aurait de l'injustice , après une pareille épreuve, à lui refuser le droit de se faire écouter. S'il se rencontrait cependant, parmi nos lecteurs, un second Abudschahal, qui exigeât d'autres preuves de la puissance du prophète arabe, nous le renverrions à la f^ie de Mahomet par Gagnier, où il en trouvera en abondance , avec l'indication constante des répondants de Mahomet.

Mais que dit l'Histoire de ces miracles sans pareils, en comparaison desquels ceux de la légende dorée elle-même ne sont rien ? Le lecteur pourrait à peine s'y attendre : les relations écrites n'en offrent les premières traces que 200 ans après l'époque qui leur a été assignée. Et voici qui est bien plus fort: Mahomet lui-même, dans un grand nombre de passages du Coran , avoue (jue la puissance d'opérer des miracles ne lui a pas été donnée. Nous avons déjà eu l'occasion de citer un aveu de ce genre ; mais il en existe beaucoup d'autres. Pour faire disparaiire du Coran ces modestes aveux, le moslem passionné pour le merveilleux est forcé de recourir à

Teau dissolvanie de Texégôse, tou4 Coutaxe le Rationalisme ennemi du surnaturel, pour enlever du Nouveau -Tefttailiebt l'appel hardi du Nazarééù à êeê propres miradesi Mais bn oannalt hdSM ce dissolvant en Orienti

Ce qui précède aufBrai pour dédaoïltrer coaybîen est hasardée la vague assertion <|ue toutes leé religions ont , comme la religion chrétienne » entouré leurs auteurs d'une auréole de miraoles» offrant on apparence la même crédibilité historique.

chapithe v,

DES COIITRADIGTIONS DE l'hISTOIRE ÉVANGÉLIQUE.

Quoîqdela {Crédibilité de l'histoire évatigéU^e ait ùiè solideuient établie psir les reôhercheddes anciens apologistes» la critique modefnè fl cru tfotrver les plds fortes preuves du contrali^e d&n» les contradictions des historiens du Chrbt. Il tiou8 faut donc examiner effeorô cette difficulté, qu'on nous oppose ecmme décisive. Quand on a abjuré la foi à la Proridence» il est naturel de clore ses études historiques paf te mot de Voltaire : < l'Histoire est une fttbfe convetlCfe. f Là raison se révoHé faeUrëtfSemetil tanite un pareil suicide. De même que le scepttcime dogmaâique, finissant par douter de i^es doutes, revient. à

la foi en une vérité dogmatiqiie , de ipême aussi la scepticisme hiatoriqite , après avoth» rejeté taule (pi h robseiwatiea d'outi^ui , at, qvÀ plu» esi , à son ^bseri^atian perBonoelle , ftnit par admettre une cer^Qe perception de la vérité historique, quetffu'tn^ adéqvtale^. qu'elle lui paraisse. Bayle n*a-^il pas fy^X ps^ se rail^ev lui^-mème de son pyirrhoBÎsnn^ P Pans un ^rit çoipposié peu de temps avant sa mort, il s'çwv^ à prokuxeif que la bataille de HochstcKlt était «ne fal^^* P^iW \^^ f^ta qui révèlent l'infirç4té de V^fiît humain > eet exemple ne doit pas assurément tçi^r )e denûec ranfç.

l^'Qpi^im 4?sk théologiens qui voiant dana t^éeri- |i^re un ensemble parfaitenaeot l^mogène, n'est point asçiiréu^nt sans vérité ; elle est surtout bien préférable ^çelledescritiqiies téméraires» qui croient pçMVQÎif 8^paF«ff Vesprit de» rÉcrilui?e sainte de* paifoles qui eii i^os^\ Iç corps» comcae oa sépfire (s'il est permis d'employé^ cette compavaisoa buFlesque) le pai;^d,e sucre du papier qui lui sert d^enveleppe. Mais ^ Vécorçe ne peu^ ^t^ in^î^iieoAe au cœqr de Tap^ hi;e» fai^-il pour cela çoivfondpeceadeHx choses P'Taus pos. iji^i^mbr^ s^M leç pactes d'qn méi^e corps ; ai]içun c^ li^ ^% étalement iiwtile;' c^est uo se») et mêi^ prii^ipe q^Uiret qui fait oroltve los ckeveiix ^}^ la t^te- et fait battre le cœur dans la poitr^io ; ria;ip4^a3ice de cesideui^ choses pour la vî^ d» corps iji'en est pas i^if^ tsifès dififérento. S'il ea, était autrçnapi^^» pourquoi ki vie de l'homme se probage-*

Googk

rait-elle après la perte de ses cheveux et de ses ongles ? Pourquoi ne pourrions-ûous vivre sans tête et sans cœur ? Aussi les théologiens sensés ont-ils, dans tous les temps , prononcé cette sentence sur rËcriture : ôf c« irocvree xoec ùnBpwitc^cc irovra. Les théologiens qui se formalisent de voir la parole du Roi de vérité enveloppée dans un vêtement grossier, comme ce Roi le fut lui-même pendant son séjour icibas , ont-ils donc oublié les paroles de Chrysostôme à un Chrétien de son temps, qui, dans une discussion avec un Gentil, revendiquait, pour Tapôtre Paul , la sagesse de la Grèce : « Insensé , pour glo- « rilier ta croyance , ne devrais-tu pas bien plutôt « combattre ce que tu cherches à prouver, eX prouver « ce que tu combats ? » On a oublié pareillement ces paroles adressées aux sceptiques par Chrysostôme : « Les contradictions de l'histoire évangélique « sur des points de détail, ne font que ressortir avec c plus d'éclat la vérité du fond et la sincérité de ses t auteurs, i Celui qui tient l'accent hébreu placé sous le premier mot de la Genèse, pour une chose aussi sacrée que le Pater noster, et la variante à propos de prnQ<K»ioL (Jean 1,28) , pour une question de conscience égale à celle de la divinité du Christ , celui-là aurait-il par hasard la foi la plus grande et la plus divine ? Nous ne le pensons pas ; et il nous semble que les Pères apostoliques , ces chrétiens à la foi si pure et si vive , jugeaient les imperfections et les variantes de la parole extérieure avec une

tout autre liberté. Pour savoir ce que Ton peut abandonner, il faut connaître ce que l'on possède.

Tandis que la foi ne rougissait point de l'enveloppe grossière dont est revêtue la parole divine , tandis qu'elle ne craignait pas d'en faire ressortir le côté humain , l'incrédulité cherchait , par ses attaques contre ce vêtement grossier de Jésus , à inspirer le mépris du Roi qui le porta. Nous avons déjà dit que les ennemis du Christianisme ont profité de très bonne heure des contradictions de l'histoire évangélique , pour attaquer sa crédibilité. Les Déistes anglais l'ont fait avec une vigueur toute particulière : rappelons surtout les attaques envenixnées, mais en même temps très adroites de Morgan, dans le livre intitulé : The résurrection considered , Lond. 1744» et aussi les Tracts on sabjets naiural and super-naturaL Toutefois, cette arme offensive n'avait jamais été employée avec autant de logique et de sagacité que dans l'œuvre de Strauss. On ne saurait montrer plus d'adresse qu'il n'en déploie, pour réunir sur un seul point tous les passages épars qui semblent différer entre eux, pour les placer au foyer ardent de sa critique et les volatiliser. Ce spectacle pourrait amuser, si sa pénétration ne dégénérait pas en subtilité , si d'aiUeurs il ne s'agissait pas d'une chose aussi sainte , et s'il ne montrait pas surtout une sacrilège animosité contre l'histoire évangélique.

Les critiques les plus malveillants n'avaient osé

dénier ^ Thiatoire âvaogélique , non plus qu*à touie autre, le droit de concilier au m<râ8 une partie de lies discordances au moyen d'hypothèses. Un grand npmbre d'entre euj^ ont même avoué que des différences de détails , bien qu'impossibles à expliquer, ne prouvent nuUenient la fausseté du fond même de l'hi^oire. Notre critique au contraire nie, d'une manière pour ainsi dire absoline, le droit de se servir d'eoLpUcajtion» conjecturales. On sait çomwenl l^sin^ mit nos théologiens à la torture avec ses antinomies de l'histoire de la Résurrection* Eîi bien I ces différences, qu'il savait si bien e?;ploiter, l'onteUes décidé é abandonner l'histoire elle-même ? NuUeDaent l « J'accordais, dit-U dans sa duplique, « j'accordais au fragmentist^ ses prémisses (qall f existait de véritables contradictions) , mais jt « mai& (a Cùn$équence. Qui s'est jamw permis de tirer « ane poxeUie conséquence à l^é^ard de V histoire pr0^ « fane? Quand Tite^Live, Polybe et Tacite racontent H le mêm^ évinçmentp la même 6a^(H4/e« le ni^me siège 9 M, ^hofun, q,vec des circonstances tellemcfit differenies « qiff'éifis s'ejçclaent réciproquement, a-ton jamais, « pour eela , nié l'événement sur lequel ils s'acn cordent tous ?» <i O excellent homm^, dit-il eo- « cQre ironiquement , n*as-tu donc jamais lu ce que % fti| g9 hi^rien lui-même^ et assurément un des ç plv% e^^aotA : Neminem scriptoram^ quantum ad bis' « toriam pertincat , non aliquid esse menJtitam ? Sa«s « do^le , il ne s'agit pas ici des faits dan3 leur en-

« semble, mui» île g«s détails oiioins imporlants, « qui éeUaj>pem naturcUekDcili à raltcn^ian du « narrateur. Quel liiatorîea eût jauiaia pu aller « au-delà de la première page de son ouvrage^ « s'il lui eûl fallu posséder les pièces }u$4iOcatives « de tous ces pèûls détails? Si nous sommes assez « équitables pour ne pas. faire alubir la question « à Tite-Live, à Denys d'Halyearnasse et à Mybe , « à propos de. diiaque syllabe , pourquoi agir au- « trement envers Matthieu , Marc , Luc et Jean ? » Le critique aaquel nous av«BS affaire a cepen* dant suivi ime aulre znarcfae ; une pareille tolé* Vanee lui est complètement étrangère. U a prononcé une sentence de mort contre toute histoire miraculeuse, quelle qu'elle soit, et ce avant toute audition de témoins ; aufisi ne peut-il se résoudre à porter un autre jugement,, même après avoir enten-* du les témoins. Cet esprit se manifeste encore sous un autre aspect ; le poids naturel et intrinsèque des contradictions ne kû suffit pas; il faut qu'il y en ajoute tm autre artificieL Règle générale: — de tous les sens que peut présenter une proposition , celiû qui offre la contradiction la plus dioquanle , doit être regardé, suivant lui, comme le plus probable. — Bien entendu , un critique aussi sagacc n'ira pas mettre à^ns les mains de son adversaire d'autres cartes que celles qu'il croit pouvoir couper ixoec le plus de facilité.

Quelques lecteurs se sont plaints de Vennui

constant dont ils a ont pu se défendre » en lisant cet ouvrage. Rien de plus monotone en effet que la marche de notre critique. Il a formulé un certain nombre de Uis, destinées à faire l'office de cornues et d'alambics, pour volatiliser les feits évangéliques; et» grâce à elles» il est assuré d'obtenir, dans tous les cas, un svblimé très-volatil. Le procédé est extrêmement uniforme *^

Que l'on essaie d'appliquer cette méthode à l'histoire d'un homme illustre , quel qu'il soit» et l'on pourra juger quelle masse de l^endes mythiques a rempli le monde jusqu'ici !

Nous ne nous proposons pas de démontrer ici que toutes les contradictions reprochées i nos évangélistes sont seulement ofiparenUi. Nous sommes » il est vrai » convaincus que la majeure partie de ces contradictions est facile à concilier d*unc manière satisfaisante ; et nous trouvons » dans les dissertations de Hoffmann , de Rem , et d'Osiander contre Strauss» des matériaux très propres à rempUr ce but *^. Hais admettons» si Von veut» que» parmi ces contradictions» il en est un certain nombre dont la solution nous manque » nous n'en se-

* Voici une des loi$ doot notre eiégète s'est servi ; elle servira de spécimen : « Pins un essai de conciliation est confomie à l'esprit de t'hormonUtiquê en usage jusqu'à présent, moins on doit lui accorder de créance. •

** Ces matériaux seront publiés par M. l'abbé Cbassay, dans la suite de son livre sur U Chriêt et CÉvangiU,

ron& nullement cmbamissé " ; car les conséquences tirées de ces contradictions contre la vérité historique de rensemUe, sont insoutenables et contraires à ce qui a toujours été universellenient pratiqué dans le domaine 'de THistoire.

Pour tout comprendre, dans les écrivains deTantiquité, il faudrait que nous pussions nous transporter dans un monde qui nous est devenu inintelliipble» sous bien des rapports ; et cette observation s'applique aux auteurs du Nouveau - Testament , comme à têus les auteurs anciens. Une très-grande partie des différences , ou des erreiurs apparentes

* • A(>p«rct nos non chïbere aii>îlrari, dît saint Augustin , uenlirî qoemqaani, si pluribas rem, qoam andieront vel videnmt, reminiscentibus, non eodem modo atque cisdem verbis . ùêdem Itmen res fueril oxplicala , ut sive roulelnr ordo verborum, sive «lia pro atib, qoœ tamen idem valcanl, verba pro fcrautur , sive aliquid quod vel recordonli non occurril , vel quod ex aliis qaœ dicanlur posait in leliigi, minus dicalur ; sive alionim qvtot magis dicere statuit narrandorum gratiâ, iil congruiis tcmporis modas suificiat, alîquid sibi non tolum ciplicaiidiMn , sed ^i parte tangendum qoisquc suscipiat ( De conêcft$m Ëvamgei*, liv. Il« 12). •

Après avoir dé£é les exégètes ralionalbtes de nous montrer dans rÉcritare «ne seule contradiction , qui nu puisse pas être parement apparente , M. Glaire justiûe notre confiance h ce sujet par les observations suivantes : « L.cs rationalistes d'Allemagne se vantent d'avoir fait disparaître eux-mêmes un grand nombre de ces contradictions ; et, il faut en convenir, malgré les erreurs capitales où les ont cnlrainOs leun faux

^igoalées par ks interprètea moderne»» peufent aMarément dériver de cette cause.. On rencontre même chez nos évAngéliates» 4 un plus haut degré que chez les autres historiens de Tantiqiûté , les difficultés qui proviennent de Tinesqpérience dans Tart d'écriire rHistoiret Peu familiarisés avec les exigences de cet art, nos auteurs sacrés s^ bomai^at à écrire en partie ce qui s'é^ail empreiol plus profondément dans la tradition et dans l&lir némoire. Or cela se réduisait à des traits ^ éoéraûx, et donne» par cette raison même» plus facilement naissance à des contradictions apparentes* Si donc les critiques

principes d'eiégëse etcThemiéneulictoe, leur érudition profonde dans les langues et les sciences orientales leur a fait expliquer d'une manière satislaisante beaucoup de passages qui, par leur obscurité, déconcertaient la critique la pluscon6eieoGieu8e.Or ces premiers résultats prouvent que de aonveant efiorts et des recherches plus approfondies pourront diminuer encore te nombre de ces prétendues difficultés « et que nous devrons attribuer uniquement ^ notre ignorance de ne ponvoûr eiqpliquer les autres, • ( IntrotL /msI* êi erit, em Up. dé i'Jneitm et Ua fitm» veau Testament , t. 1 , p^ 4S-4S). — f Tous ks faits qui ont ensemble quelque ressemblance, ne sont pu locyonrs les mteet : ainsi les multiplications des pains dont îi est parié dans TÊvangilc , les expulsions des cbai^eurs du temple , ptnsieurs guérisons, quoiqu'assez semblables dans plusieufs drconstan* ces, ne sont cependant pas réellement identiques. C'est par ce principe qu'on a fait disparaître plusieurs contradictîoas apfiarenies des l^:vangilG8, et que les narrations des hislorîeas de la Hésurrection ont été accordées de la manière la plus satisfai-

sont as6€8 éqnîtâbtes pcMir venir en aide à tous les autres historiens, par des hypothèses historiques ; s'ils harpoonisent , par des liiaisoas conjecturales, ledrs relations en apparence 'contradietoii*es, les aofeeurs du Nouveau-<Te8|ament n'ont-iis pa» bien fins droit encore de réclanier }e«r bîenvelU Iane6?

Ce serait du rente une grossière illusion, de s'imaginer que Ton ne trooTe pas, chez les auteurs pro^ fanes les plus, exacts, dea difficultés semblables à celles que l'on ngnale si sotgneuseiDent chez noa évangéhstes. Ces difficultés se rencontrent également chee l^s auteurs profanes , là même où presque toutes les circonstances qui auraient dû les leur faire éviter, se trouvent réunies , nncérité d'intention, connaisiance bien précise des circonstances,

santé. Quand ce sont les mêmes historiens qui rapportent des faits en apparence contradictoires,^ il faut examiner si la contradiction apparente ne vient point d'âne omission de circonstances, les faits 6tant rapportés, dans nn endroit, plus succtatement et, dans un astre, atec plus de détails. On ne doit jamais perdre de vue que les personnages dont il est parlé dans les écrivains sacrés, peuvent avoir deux noms, deuz pères différents, et peuvent ^Ira omis dans les généalogies, qoi cbea

les Juils n'étaient pas toujours cçmpUiim Kofin les ipèmes

cbxms peuvent être considérées dans diflérents temps , dans différents lieux et sons différents rapports, clc. > (Ibid., p* 491*493.-^ Voyez surtout, t. V, p. 283 etsuiv.)

(IVoU de PÈdùeyr.)

— Aéâ —

expérience acquise des moyens d'exposition *. — Citons quelques exemples.

La vie entière d'Alenuidre et de simples épisodes de cette vie ont été écrits par des témoins oculaires, qui nous promettent des relations certaines ; je Teux dire» par ses lieutenants et par ses amb » Ptolémée , Aristobule , Onésicrite , Néarque, Charès» Marsyas » Ephippus, Eumènes» Bceto, auxquels nous devons ajouter encore trois auteurs du genre historique» les philosophes Callisthènes» Clitarque et Ânaximènos » dont les relations toutefois ont un caractère oratoire qui nous les rend suqiectes. A la vérité, les écrits des premiers ne nous ont point été conservés ; mais nous en trouvons des extraits fidèles dans les ceuvres d'Arrien» de Plutarque et de Strabon* A l'exception d'Onésîcrite , tous ces historiens passent pour très véridiquesj surtout Ptolémée» Aristobule etNéarque. Quelques-unes des relations de ce dernier Tont cependant fait juger avec sévérité par Strabon ; mais Vincent » dans les temps modernes» Va justifié de la manière la plus éclatante **. Eh bien I Les historiens d'Alexandre,

* Vopiscus écHvaîC h Janiits Tiberianus : k Nemmem faîstoricorum, qaantùm ad historiam pertlneat» non aliqnidease mentîtnm ; qnin etîam produsse in qao Livias » in qno Sallasttns, in quo GonieRas Tacitas mairifestis Cestiinonîiscoiivincerentnr. •

** A cette occasion, nous ae pouvons noas abstenir de faire une renuirqne. Si anc connaifsanec plus approfondie de rOrient

dont nous venons de donner les noms, ou ceux (fui les ont pris pour guides, toul dignes de foi qu'ils sont» n*en offrent pas moins, dans leurs ré* eilSy un enchaînement perpétuel de différences et

a fiûl itcoonaitre , dtm ces deroiers lenips , la yérilé de faîl» qui, rapportés par mb Hérodote, un Méarqoc, an Mégàalhène, un Arrien, arvaient au premier coup-d'œil Tapparence de fables, n'est-ce poÎQt ua sérieux avertissement, pour Fhbtorien, d'être très circonspect dans Temploi d'une critique négative , appuyée uniquement sur lies probabilités subjectives ?' Si les relations historique, qui nous attestent, sur des fNr)véloigttés,.bien des choses en apparence fabuleuses , se trouvent néanmoins confirmées par l'observation, pourquoi n*en serait-il pas de même bien souvent de ce que Thistoire rapporte d'invraisemblable sur les temps éloignés ? Me devons- nous pas présumer que la plupart de ces difCcultés s'éclairciraient, s'il nous était possible de les rapprocher de nous? Si une expérience plus grande change «n faits réels des fables géographiquêi , pourquoi n'en arriverait-il pas autant à l'égard de mainte fable hktoriquê^ dans le cas oà req>értence viendrait également ici à notre secours ? Citons un exemple singulièrement frappant Ce que Ktésias rapporte d'hommes existant dans l'Inde, qui n'avaient jamais d'évacuaUoo,si ce n'est par les urines» est r^ardé conv me na des contes les plus absurdes et les plus niais qu'il ait jamais faits sur ce pays. Et cependant ces hommes existant en effet i ce ^nt des fakir», qui ne vivant que de lait, et tavent mî empêcher la coagulation par de$ moyens du geare de Vimitiqu/e (Voyez HmiBN, Sur la politique, etc., t. I, part, t, 4, a, p. 5A4 ; WiLPOap , Recherches asiatiques, t. IX , p. G5 et suiv.^ lleeren dit, dans le même ouvrage : « Les relations de Ktésias renferment des documents d'une haute importance pour celui qui écrit l'histoire naturelle , et s'occupe de rcchcr-

de contradidioDs. Un examen attentif de ces récits, tel qoe celui de Sainte-OoÎK le 'démontre avec évideDee *• Exemple ; Quel jour Alexandre est*il mort ?

cbes sur nmtoife diieomnei^e, ou sur c«lle éa genre bumafir en général. Bien des dioses , certainement , qui sont encore obscures et nons paraissent de vériUbles contes bleus, trouveront par la suite leur explication, si un Hnmbokll, on un Pallas viennent un jour h vbi<er ces contrées. •

* Le dernier bîstor{(?n d'Alexandre, Droyscn, nous a fait voir ta grande conflancc que devait inspirer la vie de ce héros par Arrien» Méanmoins, Quinlc-Gurce nous parle de la vengeance craeik exercC>e par Alexandre sur les Brancfaides, tandis qoe le Gdèle et minutieux Arrien a passé ce fait complètement sons silence. Ce fait doit-il être pour cela relégué dans le domaine de la fable? Nullement. f/C «ïonscicneienx Strabon le cite positivement, et il est question dans CanistbènesfFafVj înémorahln) du lieu babité par les Branehides. Pourquoi donc Arrien n'en a-t-il point parlé ? Nous ne trouvons pas même dThypolbèse, pour expliquer son silence.»^ Alexandre avait pris la résolution d'épargner la ville de Cyropolis, en faveur de son Hlnslre iondateur; mais cette ville ayant été prise d'assaut, vprbs un combat acharné, les habitants furent passés au 61 de Pépée. Tel est du moins le récit d*Aristobule , suivi en cela par Strabon et par O'-Curce. Cependant, d'après la rcfatioh de Plolémée , admise par Arrien, les habitants furent faits prfsonniers et transportés hors du pays. Sainte^Croix , en signalant celte différence, demande comment concilier deux historiens témoins oculaires du même événement. — Comment expliquer aussi les différences que Fon rencontre à propos de la ville de Zariaspa? Arrien , sous les noms de Uactra et de Zarîaspa, désigne deux villes différentes ; Ptoléméc, en nommant ces deux vHlcs, lc«r

KuoaÂnes et Di<Klotc , auteurs des liphcnuridest ^î notaient jour par jour les événements de la vie du BfOi, fixent le jour de sa mort au 11 juin, v^ers le soir; Aristobule au contraire et Ptolémée, qui avaient assise â son lit de mort» disent le iâ juin I On peiil voir, dans Samte-Croix, les hypothèses au moyen desquelles Longuerue » Larcher et Sainte-* Croix ont essayé de les concilier. D'après Aristobule» Alexandre a régné 12 ans et S mois; selon Diodore de Sicile et Castor de Rhodes» 12 ans et 7 mois; le 1" Jivre des Haahaliées, Josèphe, Ërotosthènes, disent 12 ans t Cornelius-Nepos et Tite-Live, iS ans ; Justin enfin» 36 ans et 1 mois. Nous sommes saisis d'étonnement en trouvant, sur de pareilles choses» desdiiTérence»» dont la possibilité semblerait ne pas devoir exister» du moins entre ceux qui ont vu ces choses de si près. Mais qui pourra encore s*étonner de la diversité des dates assignées au jour de la mort d'un Alexandre» quand nos manuels les plus récents diffèrent sur le jour de la mort d'un Napoléon ?

assigne des d^rés dlmportance différents; il distingue tnémc le fleave 2^rUiêpe$, sur Ir» rires doquel était assise la ville du même «OBI » du fleave Dargidos» sur lequel était assise Btictra; et Slrabon nous dit que Bactra et Zariaspa étaient une seule et même ville* Droysen essaie de les concilier au moyen d'une b^'polhtîsc : de môme» dit-il, que beaucoup de villes de cette contrée portent aujourd'hui le nom de Baich, de môme jadis elles portaient celui de Buctia , en sorte que Zariaspa avait aussi ce nom.

Tsmclis que nos manuels indiquent généralDawnt la dale du 5 mai iSâl, nous voyons Wacliler, dans kl 6' èdidon de fton manuel historique (p. A6&.) loi assigner celle du 20 mars 182i I

Rien n'est plus fait pour porter une vite lumière sur notre sujet, que de comparer, pendant quelque temps, deux historiens aussi soKdes que Tîte-Live et l\>lyhe, lorsqu'ils racontent les mêmes événements, par exemple , la campagne d'Annibal en Europe , et surtout le passage des Alpes par son armée. Tite-Live a puisé consciencieusement à des sources contemporaines des événements ; il avait pour guides Cincius Aliment us qui , sur celte campagne , avait obtenu des documents de la bouche mémed'Annîbal, pendant qu'il était son prisonnier, et GœKus Antipater, qui vivait du temps des Gracques. Polybe vint à Rome en l'an 587 (ab (I. c), par conséquent S5 ans environ après la retraite d'Annibal ; à l'âge de àO ans à peu près, il avait parcouru lui-même les Alpes , où il put prendre des renseignements près des vieillards de 70 ans, ou environ, qui , à l'âge de 20 ans , avaient été témoins oculaires du passage des Alpes par les Carthaginois. Quelles différences inexplicables ne remarque-t-on pas néanmoins entre leurs relations ! Zander, dans Touvrage intitulé : Passage des Alpes par l'armée (PAnnibal (Gœttingue, 1828) , a fait un tableau synoptique*de la relation de rhistorien grec et de celle de l'historien latin. On peut juger , d'après ce

tableaii , si les différences sont ici , ou moindres , OQ plus grandes que dans les évangiles synoptiques. Gombien les savants, qui ont cherché à concilier ces deux relations , ne difl%rent-ils ' pas eux-mêmes entre eux ! Quelle divergence ne troùve-t-on pas jusque dans les excellentes recherches toutes modernes de Zander et d'Uckert (Voyez la Géographie de ce dernier» t. II , part. 2.) I

Les hommes qui ont étudié cette question /sontils par hasard des savants de cabinet» qui» assis près de leurs in-folio» ont formé leurs opinions sur le texte des anciens auteurs» ou bien des voyageurs peu instruits qui » sans avoir une connaissance exacte des anciennes relations» ont émis leurs propres conjectures? Ni Tun» ni l'autre* Écoutons le savant Uckert (V. son Introduction au tablean des diffirences, a. a. o» p. 501) : « Des honimçs plus cac pables que tous autres de porler un jugement « sur ce passage » des militaires expérimentés et « versés dans Tart stratégique » ont parcouru les « Alpes» les auteurs que nous venons de nommer « à la main ; ils ont tout examiné» sur les lieux mêt mes» et ils sont aussi peu d'accord entre eux < que les savants qui ont expliqué les relations des « anciens», d'après des cartes, ou des relations de t voyageurs plus ou moins exactes. » Nous ne serions donc nullement étonnés» si quelque critique, faisant une application hardie d'une des règles formulées par Strauss» venait à ranger le passage

des Alpes dons la r^on djtô mythes. Mais une critique sensée qc mettra pa^ Qn doute qp'au moîos Tun de^ deux historiens anciens, Polyhe, étwl eer^ tain de ce qu'il avançait, et que lobscuritéi damla* quelle ce sujet nous apparaît « prorient uniquemeni de Tinsuflisance des moyens d exposition, ou d'une observation défectueuse des sen3 *.

* Les paroles suivantes d'tJckert (p. 532) expriment le même }agetiMBt s • SI on lit sans prévention la relation entière de

• Poljbe et les raoAUf qui root porté d faire des vecfaerclMf

• dans ces contrées, on reconnaît que ni se$ cpntemporaÎBf ,

• ni lui-roéme, n'avaient aucun doute sur la route suivie par

• Annibal ; cl, s*i! la parcourut, ce fut uniquement pour se con-

• vaincre et convaincre les autres que ceux qui avaient peinl

• celUî entreprise comme si aventureuse et si prodigiensement

• dangereuse, ne méritaient aucuhe créance^ • On peot jnger« d'après noe »aiertkm de Sander , h quel point les voyageurs sont aisément Utmipés, sur de tels siu'ets, par une obtervalioB insuifisante, et combien les recherches des nvants quis^appuient sur eux sont défectueuses. Zander soutient bardimeni qu'il n'existe sur aucun point du passage , un lieu d'où l'on puisse apercevoir les contrées de la haute Ualie; et, snr ce fondement , il rejette sans façon dans le domaine de la légende populaire , ce qne Polybe et Tite^Uve raconlenl è cet égard , ainsi qoe la harangue prononcée dans cette cîrcoDatance par le grand capitaina h quoi Uckcrt , auteur bien plfis profond, oppose le passage suivant de GnosLEV {Nouveaux mémoires sur C Italie f par deux gentilshommes suédois, Londres, 176^ , L I, p. 5G.) : ■ L'espèce de coupe que forme le plateau du Monl- Cénis , est bordée de falaises très élevées ; ce plateau nToecope donc pas, au pied de la lettre, le sommet de la iBOOtagtio. Ccst

Ce^ diflicutoés gèo^âpliîco - histôrî^acs nons rappellent une autre discn^sion tm^logue, qui peut également nous servir do pièce justificative pour le sujet que nous traitons. Nous voulons parler des tentatives faites ponr déterminer le lieu où , seloii Taciœ» Hermann livra sa ^lèbré bataille. Quelle itteerthiide ne voyonS-nôus pas régner encore, après le* témoignages de Tacite , de Dion-Cassîtis et de Vdleiut ! Kt cependant^ quelles ressources les savants tte trouvalent^ils pas dans ces témoignages ! lipsius iMKquait Winfeld etTéutberg ,* Fein, Pyrmont ; Justus lioser, le pays d'Osnabruôk t et lés nombreuses monographies de Hammerstein, de Tappe» de Clostenncyer , etc., où cette question hislorico^gèographique a été' traitée avec le plus grand soin dans ces derniers temps , né diS^tetit pas moins entre elles. L*opitiion n'est guette plus fixée sur Vèpùque que sur le lieu où s'est passé ce mémorable événement de l'histoit^e aUemande % elle varie de la 9* à la-lO*, ou à la 12* année après It Christ.

Maïs les meilleur ôertvains tie se contredisent pas seulement les vus lea autres t ils sont au moins autant en contradiction avec eux-mèntes ; et notre

à mi-côte d'anè de ces falaises, i la bauleur du Prieuré, qu'on découvre les plaines du Piémont, et c'est de là qu'Annibal put les montrer à son armée. • (Cfr Marcard, Voyage dans la Suhtê française et en Italie, Hambourg, 1799, m-8*).

critique; qui ne Tignorat pas, n'aurait pas dû accuser si sévéremeBt les historiens du Noinreau^Testamenl , quand des phénomènes du même genre semblaient se reproduire également chez eux. L ouvr^gcde Wachsmuih sur l'histoire anciennede Borne, nous fournit plosieui*s pièces à Tappui de notre assertion. 11 signale en effet» dans Tite^Uvet des contradictions nombreuses. Outre ces conlradictâons , l'historien latin nous offre, comme tous les autres bislorlens» des omissions frappaptes* Que devieodrait donc le crédit si légitime dont il eti en pos« session » si on lui appliquait la critique destmodre imaginée en haine de nos Écritures ? Strauss , en effet, manque rarement de s*emparer des omissions de nos évangélistes, ]>our démontrer le caractère non-historique du Nouveau-Testament. Les contradictions et les négligences signalées dans Tite-Iivo doivent-elles être attribuées uniquement à sa légb^ roté et à son inattention ? Nullement. Des critiques modernes, tels que Lachmann, ont fait voir que , dans une multitude de cas , elles étaient bien plus vraisemblablement le résultat d'un attachement trop servile aux documents que Tliistorien avait sous les yeux. S'il en est ainsi , le parallèle avec les synoptiques et l'auteur des Actes des Apôtres devient d'autant plus frappant; car, on ne peut le méconnaître, la tradition exerçait sur eux une immense influence.

Les historiens modernes n ont pus manqué ,

bien entendu j de critiquer sévèrement leurs prédécesseurs » lorsqu'ils les ont trouvés coupables de semblables contradictions, ou de pareilles négligences; mais ont-ils éobappé eux*mèmes, arec plus de bonheur, au sort conamun de Vbumanilé î Pas davantage.— Droysen a souvent redressé les auteurs grecs sur lesquels il s'appuyait ; mais la critique l'a convaincu à son tour de contradictions nofi moins considérables que celles des bistoriens redressés par lui (Annuaire de Jéhn, s, 15, cab. 2, p. 180). Une connaissance plus approfomdie des exigences de la critique, n'a donc pas suffi pour imprimer à nos historiens modernes une marche plus assurée que celle des anciens. Aussi Bayle , dont la vie a été consacrée à rechercher les erreurs des autres, disait-il à la fin de sa carrière : nJe ne doMie point

• qa outre tnes péchés d*omiuion, qui sont infinis, il ne « m*en soit échappé un grand nombre de commission. * i — A tous égards, dit fVolf*, ce serait une erreur « .de s'imaginer que l'histoire des événements de « ce monde devieiit plus digne de foi , à mesure que

• ces événements se rapprochent davantage de nos € jours. »

Citons seulement ici les pi^uves que nous offre à cet égard l'ouvrage d'un homme qui s'est acquis, parmi les historiens militaires modernes , une réputation bien méritée , C Histoire des campagnes de '

* Voyez son IHnsée pour servir à la science de l'antiquité.

— kÊk- Bimapmrle m Italie, par AL de ClaoscmU* Lfsducameots rtoaeilKft «lads cet ouvrage soni paîsés a«a sources les plus autheotifues , dloM les rappcrls des généraux atttrîchîeas au Codaeil aedîqae » ei dans ks rapports officiels de Boiiaqf>art6 au Dk-ec* Umûr comparés avec ses mémoires; c'est Ui« ee uo mot» ude histoire Caste avec soin , et qm décrit en détail les opérationsi des armées françaises et dm* triebienBes. On y reBOonftre néanmoÎDs on grand notohre de droonstances inexplicables et d'asser^ tiens contradidoîres, qoi, comme cbes les évangé^ listes, ne peuvent être attribuées qu'à la défectoosilé des moyens d'obaervaftieai et d*expesitiett *»

S'il fallait une concordance absolue» pour possé*der «ne histoire véridique, nous devrions y renoo* cer totalement. Uab , quoique cette concordance n'existe pmnt» tout homme de bon sens croit à Texiskence d'une hisUHre vraie; et^ loin dose laisser eftraycr par les discordances de détail » il ^ borne à en coDclnre qu'il y a exagération dans l'exigence d'nn accord abêUeté

Il y a ki deux dioses à poosklérer : — i* l'intérét général s'attache surtout aux grands Gaîts de

• Je ne parle pas de robscurité provenant d'une altération volontaire de la réalité historique, l.cs mémoires des amis de fcmpercur font assez connaître combien il s'inquiétait peu do la vérité , dans ses rapports oflicicls. — (Voycx les Mémoiret de Bomrrienmê, LU, p. 145).

lUiflitoBre ; -- ^ dmM la pliq>art des cas» ks téritéé qifi resMPteiit de ces fûts, se recoanaÎMent av^c oertitode , malgré tontes les différences accideiirtelles. — Si l'on veut bien comprendre ces deuK choses , on reconnaîtra que Tlfistoire ; prise dans sa généralité^ nous transmet la vérité avec des ga-^ ranlies suffisantes de certitude* liais , plus TÛÉtén rèt se particularise et porte sur des cârAonslanoss accidentelles, plus aussi l'Histoire devient incertaine. Il suffit à l'iotérèt général de savoir qu'Aa-* nibal a exécuté l'audacieux passée des Alpes, ot porté l'épouvante jusque dans Rome ; mais qu'il ait effectué ce passage peu* le Saint-Bemard, mi par le Mont-Cenis, voilà qui est asses indifférent. Aaiss!» qu'un général étudie cet événement, dans le but spécial d'apprendre de quelle manière ce passage a pu s'«zécuter» cette question particidièré lui offiica motns4e certitude; et qu'un numismate^ aprèssivoîr trouvé une pièce de monnaie, qu'il soupçonne de^ voir être punique, cherche à s*assurer si les Cortka*gînois n'ont pas campé dans le lieu même où il a trouvé cette pièce, c^point d'histoire pourra lui parai» tre«nvdoppé d'uneincertitude encore plus prc^oade. Le même fragment historique peut donc offrir plus ou moins de certitude, selon le genre d'intérêt par lequel on est guidé etle but qu'on se propose enl'étudiant. -*Mais, en définitive, lHist<Hre donne satisfaction à l'inlérèt général, enoe sens que, aialgré toutes les différences de détail qui peuvent exister entre les

divérses relations , on trouve dans chaeune d'elles » pour ptu que des amsidirations systématiques ne s*y «pposent pas , on fond essentiel d'une incontestable certitude.

L'intérêt général de l'histoire du Chnst, c'est l'intérêt religieux. Plus il a d'énergie , plus les contradictions y ou les différences historiques et chronologiques s'effacent et perdent leur importance. Il est complètement indifférent , au point de Tue religieux, que le Sauveur ait guéri un aveugle lors de son entrée à Jéricho» ou bien à sa sortie de cette ville ; qu'un événement quelconque ait eu lieu le jeudi, ou le vendredi; qu'en parlant du chant du coq , Jésus ait dit que cet animal chanterait une fois, ou deux fois, etc. ; car, dans un cas comme dans l'autre , le fait religieux est absolument le même. Cette conviction a dû servir de point de départ aux historiens évangéliques ; sans quoi ils auraient évité avec le plus grand soin ces différences dans les détails.

Lorsqu'un critique soupçonneux et défiant rencontrera chez eux une anomalie choquante, il ne pourra, à la vérité, se défendre de penser plus d'une fois : t Ah ! que n'aurait pas donné le bon « Matthieu, s'il lui eût été seulement permis de « jeter un coup-d'œil sur l'évangile de l'apôtre < son condisciple ! • Mais que dira-t-il , si on lui démontre que l'un connaissait l'évangile de l'aube , et que cette connaissance n'a eu aucune in-

fluence sur son récit ? Tous les critiques admettent que l'un des trois synoptiques, jpour le moins, a pu avoir un écrit de ses coopérateurs sous les yeux; et ils reconnaissent unanimement que Jean , ayant écrit le dernier , a connu les œuvres de ses prédécesseurs. Bien plus, nous pouvons montrer dans le même auteur, et sur le même fait, non-seulement deux, mais trois relations diverses, qui toutes diffèrent entre elles, d'une manière notable ; nous voulons parler de la triple et si remarquable relation de la conversion de Paul , dans les Actes des Apôtres, ch. 9, 22 et 26 ; sujet traité avec un grand discernement par Gieseler. Si ce fait prouve, d'une part, avec quelle exactitude scrupuleuse l'auteur des Actes a dû se servir des documents écrits, il montre, d'autre part, combien de semblables différences lui paraissaient devoir peu nuire à la crédibilité des Actes, dans leur ensemble. Assurément , cette indépendance d'esprit et cette candeur des évangélistes ont quelque cbose de frappant. Quand les hommes des temps apostoliques citent l'Ancien- Testament, on s'aperçoit ordinairement que leurs citations sont faites de mémoire ; ce qui entraine des différences inévitables. Ne devons-nous pas en conclure qu'en pratique ils reconnaissaient, dans la. parole de Dieu, une différence entre ce qui est essentiel et ce qui est de peu d'importance ? Les discordances de leurs relations nous mènent à la même conclusion , pour ce qui concerne les évè-

neihentB. La cétiâcienée ititime de k distiMtkm posée ci-detôuà, eùtre Tesèëtice et làfonïié, etàà^ tait donc dan» la primitive ëglil»6 ; tiàvA Hé Ty Voyôtis pas , je l'avoue , cotiàplèleikiettt fonâulée» telùoàe dans Origine et dans Chryàostôme < mais enfin éHe existait déjà.

On pourrait dire, à la vérité» ({ue, si les historiens sacrée faisaient peu de cas, pour éux^mèâies» de cefc contradictions dans les détails , ils auraient dû , ne fût-ce que par condescendance pour les lé^teuii soupçonneux, viser à une exactitude complète dbM les chosies même peu essentielles. £n effet, à cfaa<}ue époque , on rencontre des hommes qui , partout où ils portent leurs regards, apetçoiveîfit des difficultés voltigeant comme des mouches devant leurs yeux. Lorsqu'ils lisent l'Écriture saitite , les discordances qu'ils y remarquent, viennent donô se placer constamment entre leurs yeux el l'objet de là croyatièe , ^t fotment ainsi un obstacle à la foi. Hais, pour guérir ces hommes à faible vue , fàudrait-il donc , avant de lèâr dedaaiider 1à foi, pak'éôunr avec eux toutes Ces difficultés et leur montret qu'elles sont loin d^êfre insolubles P Noû assuréifrèWt 1 H n*y aurait guère à petdre àiét titt hotnme qu« des doutes aussi légère {>oUrraient induire à abandonner làlbi; comme iln'y auraitgaèfe à gagner chez Celui dont la foi serait due àde^tnotif^ aussi faibles, que la preuve d'une Confoimité abtolue entre les relations hiMoriques tles divers évan>-

UP parmi fiejrvicç , qpicopquô a Iç Cffiqp Ww pl^ç4 o^ poviraU #*çwp*cb^r d^ |qi r^pondi:^ p^r le^ b^llfv^ ^t fièrei p^rolfi# qqe prpAppç^ la r^ipç Çbrisn t'm?r TO d^ppa^nt la CQuroOTff : ^ Nofi mi bi^gm, f « mm mi b^a,-^Je n'm ai f^^ be^^n, et el^ls ne p^i^

SiipppsoQs qWiin 4? cep walade^ 4 1* \u^ f*tt>Je, ^MÎ ont tPuJQurs de^ moucha devant les yeux , se fi>t pr^^pté devapt PaMl , et q^k spp dj^ayr^ $ur le çfuciG^ U eût obj^té das discord^^nce^ ^mbl^d^lei^ à celles que Strauss reproche aux évangélistes, qQU" Qç^^mt V^Wf Pli le vinaigre , ou le ch^pt du çoq ; qu'ap pttpiiept pq* lecteur» ? Croiept-ils que TAp^r tr^ #e Akt livré k l'ap^ly^e dç T^iBnit^ qui e^^te wtre h vin ^igr« et M vipîaigre (V. ci-dçsk^p3 . p. itfi) . an * cçlle de» rapports de tepdre;»8e eptre l'jUo^Af^ « 3op ftpop, «te,? Nous crpyop^ , ppus , qp'îl eOt dit au ppstulspit : t Blop ^mi , U>^ bpiire « p*» pçgi epcprç sopoé. »

AdxQ^ttpoa que la subrtap^ dp Thistpirp ^rapd0\i#9 MQ)t réellç, les errçMni d^e» évaPgéllUes («i MPt est qu'elles pe ;M)iept p^ s^lemepi; ^pparçpte^) UQ ;)^pQtr^l)es pa$ à U «^W reUgi^u^e «pntei|P« d;^p# rÉvi^pgile, pe qpe le^ prreprs Iwtpnqpes d UP ppôte sppf à la t?éri(^ poétique ? Qu^p4 JHç^mère £ait «ptreppepdrç pp voyage d'4?nze joprs 4 T^Jép^^qpç^ Qt ^e Iç feit revepir qu>u bopt de trente ; <jP9i^d Shakespeare met en scène Kicbard IH par-

lant de Machia?el, ou quand il transporte la Bohême sur les bords de la mer ^ il doit bien certainement se rencontrer plus d'un pédant dont cela trouble t'adnûration ; mais je suppose que l'exactitude historique eût été observée, ces gens-là auraient-ils donc éprouvé une grande jouissance ? Si ne point se laisser troubler dans sa foi poétique par de pareilles méprises , est la marque d'un véritable goât poétique^ n'est-ce point aussi une preuve de la solidité du goût religieux^ de ne point se laisser ébranler dans sa foi religieuse par des erreurs semblables ?

Que n'a-t-il été donné à notre exégète d'aborder l'histoire miraculeuse des évangiles sans prévention! Comment cet esprit si pénétrant n'a-t-il pas compris la vérité de cette belle parole d'Augustin : •Dandumest « Deoeum aliquid facere passe, quod nos investigari non « possumus / • n aurait certainement porté un autre jugement sur les discordances de nos évangiles. Hais il a, au contraire, abordé le Nouveau-Testament avec ce préjugé : les miracles sont impossibles. Il était donc prouvé d'avance pour lui que les évangélistes étaient ou des imposteurs , ou des gens abusés ; or on sait combien il est facile à un juge d'instruction préalablement convaincu de la culpabilité d'un accusé, de troubler l'innocence et de la mettre en contradiction avec ses propres paroles. Notre critique, dans son examen des évangélistes, agit constamment comme s'il avait affaire à des gens auxquel»

on ne pût accorder la plus légère confiance. Si^ du moins , il s'était assujetti lui-même aux formes d'un tribunal criminel I S'il eût accordé à nos auteurs sacrés le bénéfice de cette règle > imposée par une sage législation (titre 2, ch. 6, § 389) aux tribunaux criminels de la Prusse : « Quand des té- « moins, ou des experts» sont divisés sur un point» « mais d'accord sur d'autres circonstances» celles- « ci doivent être regardées comme prouvées, pourvu « qu'elles soient indépendantes du point controver- « se , et que, d'autre part, les déposants ne soient « point suspects ! » Mais il s'en faut bien qu'il ait suivi cette loi si juste. Il a prononcé avec la liberté illimitée d'un juré , d'après l'opinion qu'il s'était faite avant les débats. Aussi l'injustice de son arrêt sera-t-elle avouée par quiconque n'a pas , à son instar, prononcé sur les prévenus, même avant leur interrogatoire.

WOTES DE L^AUTEUR.

NovB Dk u. PiaB IH^. — Il est yrai que les concessions de noire ex^te, an siijel de Luc , ne sont pas sans ré< serre. En efet, k la page 79 de la première partie, il nous dit en ncte que, lorsqu'il cite LuC| il laisse toujours pour incertain si c'est le disciple de ce nom , ou un inconnu d'une époque postérieure. A la page 681, je lis : « La question de savoir si une relation rient d'une personne plus rapprochée des témoins oculaires , ne peut se décider que par l'impression résultant d'un examen in> trinsèque ; or cette impression est tout aussi peu favorable à Luc qu'aux autres évangélistes.» — On sent ici une lutte entre le pyrrhonisme de l'auteur et sa conscience scientifique. Lorsqu'on effet (§ 12 de l'introduction) notre critique traite de l'authenticité des évangiles, il n'ose rien alléguer contre l'authenticité des Actes et de l'évangile de Luc $ il recomiail au contraire que nous avons une paissante garantie de leur composition par un disciple des Ap6tres. Sa mauvaise conscieace scientifique a donc pu seule le porter à bsérer clandestinement le contraire 4e cet aveu dans une note, et peut-être encore ailleurs. De cette manière, il s'est soustrait à l'obligation de se fTùHimcer eatéfmquement smr ee qu'U faut pemer de Luc.

Qu'oD y songe bien : — les Actes et l'éTangile sont dn i homme ; Tanteur des Actes dit qu'il a accompagné Panl dans ses voyages ; l'ëraiigile a donc été aossi composé par on disciple des Ap6tres, qu'il s'appelle on ne s'appelle pas Luc. Notre critique est donc amené, sans pouvoir s'en défendre , à l'aveu qu'il voulait précisément éviter ; car il doit reconnaître, bon gré malgré, que ces écrits viennent d'un disciple des Ap6tres; à moins qu'en désespoir de cause, il n'aille jusqu'à faire de l'auteur des Actes et de l'évangile un imposteur Httéraire. Mais le rqet des cmvres de Luc est si étroitement lié à edui des Épttres de Paul , que notre auteur, après avoir parlé id des œuvres prétendues de Luc, devrait nous parler aussi des écrits prétendus de Paul ; mais il accorde à ceux-ci une foi historique si ferme que , par considération pour eux , il admet les visions relatives au Christ r^susdté, comme nn fait incontestable. On le voit donc : sa note exprime seulement un désir de son ccsur, qu'il n'a su jostiiier devant sa conscience scientifique, et dont, par cette ratson, nous ne pourrons tenir aucun compte.

NoTB DB LA PAGB 147. — La promossc d'une oonposition xods^; foit d'abord penser à un ordre ehronologiqmef et c'est ainsi que Credner, dans son introducHom (p. 165), l'a entendu -, or, comme en général Luc ne suit pas un ordre plus chronologique que celui des autres évaagélistes , on le blâme de n'avoir point tenu sa promesse. Mais nous verrons plus bas , que l'expression TitÇn ypiftt» xif npûÇstç Tov 'liîîTov, bien qu'elle fasse d'abord penser éga-

lemeni à un ordre chronologique, a cependant ëlé employée en général pour exprimer une rédacti<m pluà complète. L'expression xaGsfiQç doit s'entendre ici absolument dans le même sens, comme le mot onMa$ty^ qui précède, le fait d^'à pressentir.

Note bb la pagb 216. — Si Lysanias II était fils de Lysanias P**, on peut admettre qu'il était âgé de 6 ans à Tëpoque de la mort de son père ; il avait donc 18 ans à la mort de Zénodor , et put en conséquence être nommé gouverneur par l'empereur. Il avait 67 ans dans la 15^ année du règne de Tibère. — Voyez Susskind, dans les Étudeset critiques, 1836, T cah., p. 445.

Note de la page 270. — Si, de nos jours, un assez grand nombre de critiques parlent de la tradition en termes trop dédaigneux , l'élasticité de cette expression en est sans doute en partie la cause. Notre polémique contre l'Église romaine nous porte facilement à considérer Ict tradition comme une espèce de conte en l'air, et sans consistance. Il n'en est pas ainsi cependant des traditions transmises par des hommes dignes de foi , et que ceux-ci ont reçues en seconde main de personnes également dignes de foi. Ce que nous croyons . le plus fermement dans la vie commune, ne repose- t-il pas sur de pareilles traditions ? Mayendorf n'a pas assez distingué le caractère des différentes traditions , lorsqu'il a dit, dans son Introduction aux Épures de Pierre, p. 12^, qu'en général, plus on avance dans la crifique, plus on

lrouT« de molifs de se mélUr de la trsuËtioo. «<— Fmi^ drait-il doac s*en méfier dtTanUge que de sarante» bjqp^dbèsaa fcàlies sans aaov» appai hiatori^a?

Non DB LA PÀGB 287. — Noos ne ponroas noas em^ pécher d'appeler de nouveau Tattention sur ce scepticisme historique, qui substitue perpétudlement, à Texpressioa afimatÎTe ett, Texpression conjecturale doit être, Strauss dit de Polycai*pe s « lequel a àà connaître Jean • ; en pariant de Papias, il paraîtrait avoir en peur de terminer enoM'e sa phrase par ce verbe si souvent répété doit s il emploie alors cette variante : « Papias , que Ton signale comme un 'Icûoéwov âxovomQc 9 Quel est donc ce procédé h l'aide duquel on change le sol historique le plus ferme en un sable mouvant ? Pour ce qui concerne Papias, le critique a du moins une raison apparente; car Ettsèbe avait déjà tiré du préambule de Papias la conclusion que celui-ci n'avait point été disciple des Ap6tre$, en opposition formelle avec Irénée qui l'appelle 'iwocwov icxouaTKic. Cette contradiction entre <feux autorité:» d*un si grand poids, mçt aussi Lucke dans Tembarra». Mais Eusèbe nous a fait connaître les mots de ce proémium , d'où il a tiré sa conclusion , en sorte qu'il nous est permis de porter par nous-mêmes notre jugement. Papias y dit, sans nul doute, qu'il avait appris des disciples des ApOtres les paroles prononcées par les Apôtres, et qu'il les avait recueillies ; mais pourquoi Eusèbe, pourquoi le EK Lacke n^ont-ils pas remarqué les paroles précédentes et affirmatives, dans lesquelles le Père apo$-

toliq«« indi^ la source première où il a poisë ses rm* seigneiÉenU , je veot dire ia parole tivante îles ApMres

ev&^mèmes : ^<roc itoH Tretpà tint npiopvtipùiv xaXâr ljpi«9ov x«c atàSk éftMniiJoveutot ? La prétention d'Etisèbe paraît é«fe la raieon ^tii Ta empêché de remarquer les paroles citées par l«i-niéme^ car, dans un passage de sa chroniqve (Oljmp. 220.), ila, sans hésitation, présenté de tto«n«au Papias oomMue tin disciple de Jean; tant il est irrai qae, dans Tantiquîté, l'Église était Bnanime sur ce peint .• — Mais, qoaftt à Polyearpe, il faut qoe le scepticisme soil arrivé à un bien haut degré, pour que le mot est soit ici changé en celui de doit être., (^oi ! Irénée, qui nous raconte avec une si vive émotion comment, dans sa jeunesse, Polycarpe lui avait Aiit part de «es relations avec lean ^usèhe, L* 5, eh* i^O), Irénée devint avoir été soumis à une illusion, lorsqu'il racontait ces faits si profondément gravés dans sa wémoire 7

NotB DE LA i^Aufe 2M. — Comment le D' Credner a^^il pu supposer que Papias a avait aucune connaissance de cet évangile 7 Voici par quelle voie il arrive à cette coft^ duston : Papias néus dit, dans Eusèbe^ « qu'il avait recueilli ayfc soin tout oe que les Âp6tres avaient rapporté concernant Jésus ; » or, qoute Gredner, fl n'avait cependant trairvé ^que l'é^angUe de Matthieu et celui de Marc. €e raisonnement Aonnerait à entendhre qile l'évé* -que d'Hiérù))olis avait^ "pac^dessus tout, recherché lei écri^ aur Jésus, » tandis que Credner cite laMnéme un passage , où cet évéque déclare qu41 s'était sttrtevt atta-

cbé à recueillir les traditions orales. Le but de séa travail ne TobUgcâit donc pas à parler de l'ëvan^le de Jean; ce qu'il a dit de Matthieu et de Marc ne paraît être qu'un renseignement donne en passant. S'il ne s'est serri d'aucun passage du vf^ évangile, cela peut être parement fortuit. Hais de ce qu'Eusèbe ne fait mention d'aucune citation semblable, s'ensuit-il qu'il n'en a trouvé aucune dans l'ouvrage de Papias 7 Nous ne le pensons pas ; il n'est pas fait davantage mention de eitoHons prises dans l'évangile de Matthieu , ou dans celui de Marc. Eusèbe a-t-il donc voulu parler de tous les livres cités dans ces écrivains de l'Église primitive? Ne se bomait41 pas bien plutôt aux livres sur lesquels pouvait planer quelque doute ? Cette dernière hypothèse est évidenmient la véritable; car, par exemple, en parknt de l'épltre de Polycarpe aux Philippiens (L. 4, ch. 14.}, il fait la remarque, que cet homme apostolique avait cité des passages de la 1*^^ épttre de Pierre, et il ne parle point an contraire des nombreux passages que le même Polycarpe a empruntés aux preroiei*s évangiles et aux épitres de Paul. 11 lui est même arrivé ici ce qui lui était déjà arrivé à propos de l'Apocalypse de Jean , de ne pas apercevoir des citations de livres pour lesquels il en cherchait. De même en effet qu'il n'a point remarqué les citations que &it Papia$ de l'Apocalypse , citations confirmées par Andréas et Aretkas, de même aussi îï n'a fait aucune attention à cette citation de la 1*^ épttre de Jean , dont nous avons parlé ci-dessus dans le texte, et que renferme l'épltre de Polycarpe.

NoTB.M LA PA6B 289. — Cette ëpltre de S. Ignace aux Romains n'offre que de très légères différences dans ses devx recensions. Environ cinquante ans après sa composition, elle était déjà connae d'Irénée, qui en cite, comme pins tard Eusèbe, des passages littéralement concordants âTee le texte que nous avons sous les yeux (V. EusfcBi, L. 3, ch. 36).

Note db la page 290. — La force inébranlable de ces preuves historiques pourrait paraître de nulle valeur, du moment où nous serions forcés de ne plus regarder l'Apocalypse comme l'ouvrage de l'Apôtre. Si le D*^ Strauss avait porté ses réflexions de ce côté, sa dialectique y eût trouvé des matériaux abondants, pour construire à ses doutes un rempart solide en apparence; d'autant plus qu'il aurait pu placer à l'avant-garde deux défenseurs de la Révélation, Néanderet Lucke. L'authenticité de l'Apocalypse est appuyée en effet par des témoins qui paraissent ne point le céder à ceux qui garantissent la rédaction du iv* évangile par Jean. Irénée était disciple de Polycarpe, et comme il nous l'apprend, il avait eu des entretiens avec ceux qui avaient connu Jean personneHement. Or il nous parle très positivement de l'Apocalypse, comme d'un ouvrage de Vkf6tre(Adv,h€fr., 5, 30;Eus. L.ô, c. 8.). Environ 40 ans après la mort de Jean , le martyr Justin , qui avait demeuré à Éphèse, témoigne que notre évangéliste était l'auteur de ce livre. Les évéques Andréas et Aréthas au v^ siècle, nous donnent une citation de Papias, qui avait échappé au savant Eusèbe (Voy. Rettig, dans les Études et cri-

— hSÙ —

tigueê , 1831, n*' 4.). Ponr la première fois dans i'ëglise orthodoxe, on Toit l'étèqne Déajê attaquer et Isire an 3* sîède ; encore, sa polémique ne s*appaie^-eUe que sur des raisons internes , et Ludie est réduit à terminer ainsi son enquête historique: « Les ju^^ento douteux, ou défavorables des anciens ne reposent ni sur une science historique positive , ni sur des reilierchas critiques concluantes ; la tradition de l'Église et les apparences exëgétiques jsont peur la composition de TApocalypse par l'Apôtre. «> Mais ce même Locke n'en soutient pas moins d*un autre côté que, « si l'apOtre Jean a réellement écrit Tévangile et les épltfes qui portent seo nom , il ne peut être l'auteur de l'Apocalypse. » Q«e deviennent donc les preuves historiques q«e ce savuit exégèle a produites en faveur du iv* évangile , et qu'il regarde comme inébranlal^les ? Convenons-en : d'après tous les principes de la saine critique, des preuves externes aussi frappantes de Taut^enticité d'un écrit, lars même qu'on pourrait leur opposer des critères internes aussi spécieux d*inautlienticité, nous aotoriseot safisamment à tenir pour suspects les doutes des critiques. Aussi, dans les différentes périodes de Thistoire «odésiassique, tontes les fois que TApocalypse a été attaquée sérieuae- . ment, nous avons vu des défenseurs s'élever de tinis côtés *. Voyez d'ailleurs comme les adversaires de l'a*^

* L« mémoire qui a para dans la ÙÉmite éwangiUfm delSM (n* «B et (Miiv.— Voyez aussi i6Sft« n* i4.)f engage le combat avec tant d'bàbileté , que l'on pent attendre de son anteor an travail digne d'être opposé à la critique de Lucke.

lbcmi«ité'Mil varië^ d'époque en époque, dans leur apprèèktilott dei argam^iiis pour et contra. Coittbrm, par ctémpto^ ih ont ju^ diversement rarguteent tiré éa style de l'Ap^eflfypse ! Cenaîneftieftt kUr objection la plus forie se tire de cette différence de style, que tout iectenr remarque en passant de rëvangtie à l'Apoealypse* ) or cette diffi*etilté, àé^ nmabléftient amoindrie par les recherches de Winer et par les remarques de Lnoke^ ne troute^t^idll^ pis one explication plaitsible dans l'emploi du style prophétique? Si en outre on croit, avec Lucke et Nc^ander, devoir placer la rédaction de TApocalypse avant Tan 70 , tandis que celle de Tcvangile a eu lieu dans les dix dernières

* Je n'sime pâ^t ài vt^r les apologistes (raher trop Rgèfrc*meiH des objectiez de ce genre ; maiâ |e ne peax eependimt pas me le di^imufer : il y a» daos ta littéraiurc, blendes etemp^ d'écrivains qai, soft par disposition d'fsprit , sdit par des circonstances extérieures, ou bien h caose dtt sujet qu'ils tfaitétit, sont tout-à-fait différents d'eux -mémsb. Rénnissons qtielques excïhpres de ce genre. Dn pareil recueil seritit d^unè bèirte importaneé po«r^ ta crrttque ; mais if ri'a pad ^tàbù^ ùié entrepHs, que je stfcbe. ^ L'inAuence do temps sur le style se manifeste en deux sens opposés : tel écrirain devient avec le temps plos concis i tel autre plos diifus. Rappelons-nons à quelle admirable largeur de stj^le se sont graduellement élevés deux bommes, Gcétbeet Néander, qm, sous toUt autre railpôrf, n'èflrent àticttà pokit de compaTtfisbn» On petft, 80i»s ce point de vne, léiir cdttrparer dans Tantiquité le maître arttique de la plastique da Style. Quelle distance de Maton dans les Loà à PUton dans Ses antres dialogues ! Aussi VriypeHritiiiu d'ASt et de SOcber s'est emparée de ce fait , . et s'est appuyée sur lui , pour nier que Platon fût l'auteut des LùU, tan^ que partout ailleurs la

anoées da i'''^ siècle, quelle iné(anior|diose n'a. pas po subir le style de Tauteur en vingt ans environ, sarloul si, à Tépoque où il a composé l'Apocalypse, il gobéraençait à écrire en grec? Après les nouvelles recherdies qui ont modifié les conclusions de Semler et autres, devons-nous donc considérer tous les témoignages en faveur de l'Apocalypse comme une preuve de la fragilité du jugement critique des Pères chrétiens 7 Non certes. On a tellement battu en brèche Topinion suivant laquelle le

phrase la plus élégante se déploie avec aisance , portée sur les ailes gracieuses do nombre , dans l'ouvrage du Weillard pins que septuagénaire ( Platon était Agé de 7d ans lorsqa'il composa les Lois) 9 le» périodes se traînent quelquefois languissantes, interminables et pleines d'incohérences (Comparer BaaiBAaaT» Syntaxe grecque, page A55). Une différence de style à peu près égale à celle qui eiiste entre l'Apocalypse et l'évangile , frappera le lecteur qui Toudra comparer le style du Dialogue de oraioribuê, par Tacite, avec celui des Annaiee. 11 parait que Tacite composa ce dialogue à l'âge de 24 ans , et it en avait de 50 à 60 lorsqu'il écrivit les Annalee, — Mais on a rarement Toccasion de distinguer divers âges ches les auteurs de ranti< qoité , la plupart d'entre eux n'ayant commencé à écrire que dans un &ge très avancé. Veut -on des documents pour prouver l'influcDce des circonstances extérieures et accidentelles sur le style ? On n'a qu'à comparer les homélies de Ghryaostôme sur les Actes des Apôtres avec les autres homélies de ce Père. Leur infériorité provient, sans doute, de ce qu'elles ont été composées à'une époque où les esprits, à Comtanlinople, étaient profondément troublés par l'insolente tyrannie des Goths. Les prodigieuses variations du style d'Apulée , sur lesquelles Rhunken a le premier appelé l'attention, sont restées jusqu'à

caractère de l'Apocalypse ne permet pas d'attribuer ce iÎTre à Jean, les derniers critiques ont trouvé des rap* ports si nombreux de ddctrine et de style entre l'évangile et les épltres de Jean d'une part, et l'Apocalypse de l'autre, que Ton a eu recours à nn moyen terme très sufisant pour mettre à Tabri le jugement critique des premiers Pères. En effet, d'après Thypothèse de Lucke, l'Apocalypse a été composée par un disciple de Jean ; le fond de ce livre a été puisé dans les discours de l'Apôtre aux

ce jour sans explication. Si ridentité de rauleor des Métamorphosée eiâeVjépologie ne nous était connue par la tradition, personne ne s'aviserait de soutenir fette identité. Quelles différences n'offrent pas les divers ouvrages latins de Luther, pour la couleur classique de l'expression ! Si le style d'un auteur a jamais eu un cachet tout-à-fait à part , c'est assurément celui d*Hamann. Cet habile écrivain n'a pas seulement un style à lui ; on peut dire, avec Uégel, que son style, c'est lui même. Qui donc expliquera la différence totale de son style dans ses Ckmêidirationi bibliquu^ dans ses biographies, on dans ses autres ouvrages ? J'ai été à portée de puiser aux meilleurs sources des renseignements sur les causes présumées de ce changement de style, spécialement près du vénérable éditeur des œuvres d'Hamann : or on h'a pu me donner aucune solution satisfaisante. Qui reconnaîtrait, dans les faibles sermons de Swifl aussi insignifiants par le style que par le fond, le satirique qui ne pouvait traiter d'autres sujets sans laisser le sel tomber à pleines mains ? Qui pourrait s'attendre à trouver dans Gœthe l'auteur des Lettre» tfun paeteur de village , et non pas bien plutôt celui du Meuager de kVandebeck T Nous ne nous étendrons pas davantage là dessus ; ce thème serait digne toatefoif d'être traité par un homme de mérite.

— 48â — églises 4' Asie; enfiDl^rédacUon est antérievre à TaD 70; Jean a donc pu en avoir eoimaissaoee, et l'on doit penser qu'il ne trouva, dans cette reproduction de ses visions prophétiques, aueune infidélité qui Tobligeàt à un désaiev*. « Il est ineontestaUe , dit le savant et impartial Banmgarten-Ousiu^ , que repiaion publique de l'Égiiae sur les livres saints, s'est fixée de très bonne heure; et OD ne peut lui refuser^ en ce qui touche le Nou* veau-Testame«it , d'avoir procédé avec circonspection et prononcé avec connaissance de cause. Car les résultats de la critique se réunissent pour attester que les livres canoniques du Nouveau -Testament ont tout en leur faveur. Enfin il y a une différence évidente et oœsidérable entr'eux et tous les autres livres qu'on a prétendu placer sur la mteie ligne. » Je suppose d'aHlenn que, pour complaire aux critiques, on pkcftt l'évangile de Jean sur le même rang que PApocalypse (et le D' Lucke proteste solennellement contre cette conduite), qu'en résullemiit-ill Que le iv^ évangile a pour base une relation émanée Ae Jean^, du moins pour le finid**.

* Néander, en rejetant ces oenjeeturest aime mieax sapposer que le rédacteur de TApocalypse évita de répandre son H?re , en sorte qa'H ne fut connu qu'après sa mort, et après celle de Fapôtre Jean ; dreonstence qui explique, dit-il » coaMnent il a été attribué à ce deraier. Voilà dans quel labyrialbt de conjectures arbitraires on se jette pour ne pas se vendre sas témoignages si décisifs qai nous garantissent Fauthenticilé de l'Apocalypse î

** Le D' Paulus, qai n'est pas moins choqué par le oaraelèie

- «86 — Mais la jpodition de k critl^iM TÎs-à-TÎs de l^étaogile n'est pas du teut la méMie que vis^vis de TApecalypse. En effet, l'éTatigile eaneorde si bie» avee les éf tires , re^ commes eoaime iticotitestaUeineiii aathèmiqiieB , ^û*9B ae ipeut rabandomier sans étt*e obligé d'abandoBoer aussi les épttres. D'un autre rôté^ ce que la tradition rapporte de Jean, nous révèle un caractère parfaitement conforme à celui qui se manifeste dans Tëvaugile et dans les épttrès. Il y a au contraire entre* l'évangile et les épttres d'un c6lé, et l'Apocalypse de Tautre , une différence de Uagage et d'idées qui frappe vivement au premier abord. Ajoute! à cela que l'évangile a parcouru les siècles sans qu'un seul doute se soit élevé sur son origine apostolique , tandis que l'authenticité de TApocalypse a donné lieu à diverses contestations. Enfin les adversaires de l'Apocalypse ont trouvé, dans la personne du prêtre Jean, un homonyme de l'Apôtre, auquel ils ont attribué cet ouvrage, et ils ont é|é ainsi dispensés de recourir ù l'hypothèse odieuse d'une imposture. Mais, comme l'auteur du IV* évangile dit avoir été aux pieds de la croix pendant les derniers moments du Christ (Jean, 19, fi6, 35.), il ne reste, dans l'opinion de Bretschneider et de Strauss, qu'à considérer comme un imposteur l'homme si pieux qui l'a composé.

dogmatique du iv* évangile , que le D' Lucke par celui de l'Apocalypse, a adopté dernièrement une opinion analogue C^Hfui/et d'Heidtlberg, 26* année, n** 5, p. 45S.).

Note di la pai» 309.— Nous jioutoiu montrer, par des eieiBples frappants pris dans Thistoire ménie de la RësurreetioD, que la manière dont les ëvangélistes exposent et groupent les faits, a pu souvent produite des discordances très graves en apparence, quand il n'en existe pas dans la pensée véritable des évatigélistes. Par exemple, Luc nous parle, au verset 34 du chapitre 24, d'une apparition de Jésus à Pierre, dont il n'a pas éié question précédemment. Chez le même évangéliste (24, 50), le récit de l'Ascension est amené de telle sorte que, si les Aptes des Apètres n'étaient pas là pour nous apprendre le contraire , on ne douterait pas , d'après le récit de l'évangile seul , que Jésus ne fût remonté au ciel dès le jour qui suivit sa Résurrection. Pareillement, en ne considérant que la manière dont les Actes enchaînent l'Ascension avec ce qui précède, on serait conduit à penser qu'elle eut lieu à Jérusalem (Comp. v. 4); et Ton peut s'étonner, quand on rencontre les Apètres hors de Jérusalem au V. 12. Noos ajouterons ici un exemple tiré de l'histoire de Jésus devant les tribunaux. Jean nous dit (19, 12) que Pilate chercha à sauver Jésus, dès qu'il eut conversé avec lui : mais le récit qui précède ne nous at-il pas indiqué à chaque pas ce désir du gouverneur? Supposez que Jean n'eût pas donné lui-même le récit qui précède, il eût paru en contradiction avec les autres évan-

On aurait pu soutenir aussi, de la manière la plus positive, que Jean n'avait aucune connaissance des apparitions de Jésus ressuscité, s'il n'avait, par bonheur, ajouté

le 21*^ chapitre à son évangile. D'un autre c6té, on semble autorisé à conclure de Matthieu (28, 7. 10) que Jésus ne s'est pas manifesté à ses disciples à Jérusalem , mais seulement en Galilée ; or cependant on voit, d'après la remarque, à la vérité très incidente, du v. 16, que Jésus lui avait commandé de se rendre en Galilée, ce qui suppose une apparition de Jésus , dont Tévangéliste n'a pas parlé ; on est donc amené à penser que cette apparition en Galilée n'est mentionnée de préférence à toutes les autres aux v. 7 et 10, que parce qu'elle était la plus importante, qu'jl s'y trouvait 500 Chrétiens galiléens (I Cor* 15, 6), et que le Seigneur l'avait prédite avant sa mort (26, 39).

Note de la page 314. — Après avoir tracé le portrait de Gœthe, Eckerman ajoute (t. 1", préface, p. 10) : « Je suis bien éloigné de croire que j'aie pu faire une « peinture complète de l'intérieur de Gœthe. Cet esprit « extraordinaire était comme un diamant à facettes , qui « réfléchit dans chaque direction des couleurs différen-. « tes. Il ne se montrait pas le même dans des rapports a différents, et avec des personnes diverses. Je ne puis « donc que dire: voici mon Gœthe. Et ce mot ne doit a pas &'entendre seulement de la manière dont il s'est « offert à moi , mais surtout de la manière dont j'étais « capable de le comprendre et de le reproduire. Les por- « traits de Ranch, de Darve, de Stieler et de David ont Cl tous un haut degré de vérité ; et cependant ils portent a tous, plus ou moins, le cachet de l'individualité qui

« les a prodnita. Et ai œla eat déjà vrai da la pfayskiiie- « mie matérielle, oombiea ne le sera-ce pas davantage ^ «I quand il s*agira des imaBoes fifîtîves et însaisiaaaUea • 4a f esprit ! •

Non m u ràius 380,^ — Il y a ^uel^ue temps, To^- Bion d'après laquelle Xénephon est le seul auteur qui nous ait laissé ub portrait fidèle du sage d'Athènes, avait peur elle TaiMeotiiueot presque général; muis ou en e«i bien revenu maintenant. Pour se eonvainqre qu'elle n'est pas 9ou(enat>le, U sufit de considérer le peu d'importance des fiûts rapportée par Xénophon, ainsi que le pénurie et les contradictions de son récit dans .ce qu'il oonlîent de philosophique *. Le philosophe qui a conquis Tadmiration de l'antiquité et qui a été le modèle de Platon^ d'£i)clide , d'Antisthèue , ne put être l'enuemi de tout idéal ; il ne put se montrer incapable de rechercher les dernières raisons des choses. Comment aurait-il su nourrir et fortifier chez tant d'hpmmes émioents un esprit de rechercher scientifiques, dont il eftt manqué complètement lui-même ?

NoTB PB Li ?AGB 427. — Il y a assurément des mythes grote^qu^^, de la nature du conte, qui ont été précédés . paF d'autres myth^ plus simples. Tels sont principalement ceux que Ton rencontre dans les cauvnes de$ néo-

• V. sur ce point, Dissen, De philoiophiâ morati in XenophontU 4$ Sôcralê tommemtariii tradiià, 1812.

platoDΫieD8, dans ks Mékmiiùrplumê d'Apulée, dtns les MwtfkiMa de PhlëgoD, dftas la vie d'ApolioahM , dans la rektMo niythtqse de la tie de Pythagore par JamMique et Porphyre. Des mythes phis anciens fomienl généraleneot la base des écrits de ce, genre * ; mais lenr compoeilioD prend bientôt le caractère d'in conte de fées.

Eal^^e de ees Btytbes qne SchnedEtnburger vent parler 7 Alors nons deaMuderone quel est le rapport de temps entre cette période 8econ4aire du déreloppenient mythique et la période primordiale. Qu'on prenne ponr exem* pie le rapport des contes orientaux sur Alexandre contenus dans Vlêhmitrninmè de Nisemi ^ , et des légendes grecques rapportées dans Onésicrîte , si amateur du merveilleux, ou même dans Quînle-Curce. Que Ton compare encore les fables romanesques sur Arthur , Charlemagne et Amadfts , av4Hs les chroniques légendaires qui les ont précédées.

Quand des légendes historiques se transforment en contes fantastiques, voici ce qui arrive : — ou cette sorte de pç^élip imaginaire n'est visible que dans des contrées éloignées du théâtre de l'histoire ; --^ ou elle ne se lève que longtemps après le coucher du soleil historique; el, même alors, la conscience de son caractère non-historique ne se perd jamais entièrement. C'est ce que l'on peut

* Voyez CHiêioire des seieneeSf par Mbinbrs , I , p. 559 ; Baor , Gaiêitede Tubingue, 1852, t. iV, p. 178.'

** Nisamî, l'on des poètes persans les plus c^llèbres, florissai^ au in* siècle de notre ère. (Note de l'Éditeur,)

remarquer en partieulier pour les légendes d'Arthur et de Chja*leniagne *. Dans une infinité de eas , ces légendes romanesques n'ont aucune prét^itioa à la vérité historique ** . Il en est absolument de même pour les myikes : ils ne commencent à se transformer en eontei que du jour où la foi à leur vérité est ébranlée et se soutient à peine à force d'art, comme au temps du néo-platonisme . La seule prétention de ces mt^thes, revêtus de la forme du conte, est d'être regardés comme des jeux de l'imagination et rien de plus.

* La légende des can^Mignes de Gharlemagne contre les Sarrasins se trouve bien dans an maDOscrit d'un moine romain du diiième siècle (Voyez Pute , Archive» pomr la eounamance de thistofrealUtnande^ part. 5« p. i&8); elle était donc déjà répandue environ 150 ans après la mort de Fempereor; mais elle n'était certainement alors qu'à l'état de bruit populaire, et n'obtenait créance qo'aaprès des ignorants 'âoignés du Heu de l'événement Ainsi le moine de Saint-Gall j a pris une foule <f anecdotes, mab absolument rien de mythique, quoiqa'assu* rément l'occasion fût des plus belles.

** Voyez à ce sujet des observations frappantes de Muller, Bradai $t critiquée, i8S6, &• cah.

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