A. — LES CONVENTIONS
Certaines peuplades, incapables d’identifier un portrait, réalisent pourtant une manière de sculpture rudimentaire, mais on ne peut raisonnablement prétendre qu’un besoin de beauté les poussa à ce modelage, on ne peut dire que ce travail primitif résulta d’une transposition volontaire et consciente de la nature. Il apparaît, du reste, sous l’aspect d’images divines, sans aucune des apparences de la vie, sauf de vagues souvenirs des formes humaines.
D’autre part, malgré quelques preuves de barbarie qu’offrent les fouilles géologiques, niant un degré de civilisation estimable à certaines tribus éteintes qui nous ont pourtant laissé des pierres ou de l’ivoire couverts de dessins — des dessins et non pas des sculptures — figurant des êtres humains ou des animaux, on peut affirmer qu’un peuple dessinateur possède une culture de l’intelligence et une souplesse de conception excluant l’idée de barbarie.
Il est donc peu probable que la sculpture soit postérieure au dessin pur, et il est certain que dans sa pra-
tique originelle et conçue comme le peut un peuple puéril, le modelage est mieux à la portée de celui-ci que l’abstraction du trait. Toutefois, strier géométriquement une surface et se tatouer ne ressortent pas de Fart graphique, non plus que les tracés symétriques scolaires, et l’épure du mécanicien, de l’architecte ou du constructeur. Quand le véritable dessin se montra, il fut ambitieux de reproduire textuellement la nature. C’était, néanmoins, du dessin dans le sens exact du mot. Seulement plus tard, il devint une passion de l’homme d’une évolution plus complète.
Immédiatement des conventions s’établirent et se transmirent instinctivement d’âge en âge. Et la première de ces conventions n’est-elle pas la base du dessin ou le trait lui-même? En effet, si les couleurs ou l’impression colorée a une réalité du moins temporelle, l’ensemble des traits ou le contour est construit, créé intégralement par l’homme. En abordant cette question, la convention du contour, nous touchons, non seulement à la véritable racine physique du dessin, mais à son essence même, la transposition, purement, sans le secours de l’interprétation. C’est le vaste espace inexploré ou faiblement éclairé, qui s’étend entre l’artiste et son œuvre réalisée.
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Miniature de Jean Bandol, dit Jean de Bruges, (dates connues : 1373-1378). Charles V recevant un manuscrit.
(Musée Meermanno-Westlireenianum, La Haye).