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LE DESSIN D’ÉTUDE

Le dessin d’étude est une manière d’eau probatique où l’on essaie l’image spirituelle. En soi, la silhouette apparaît sous l’aspect de volumes colorés et vêtus de l’impossible beauté du rêve. Au moment de son plein épanouissement dans le cerveau, hâtivement on la traduit en traits dessinés. C’est le croquis ému, presque incons-

ciemment tracé, la plus parfaite expression de l’émotion pure. Quelques artistes l’exécutent dans un état semisomnambulique, et, en revenant à leurs croquis caressés en cet état, ils perçoivent nettement qu’une part de leur entité quotidienne fut étrangère à leur réalisation. Cet instant ineffable et rare, même dans la vie d’un artiste, explique certains travaux passionnément poursuivis pendant de longues heures consécutives, sans répit, sans autre soutien qu’un feu intérieur. Ce n’est pas pourtant une excitation semblable à l’inspiration volontaire de Balzac, de Gautier, de Flaubert, et obtenue par une hygiène sévère de l’esprit. Cette dernière, quand l’effort de volition est suffisamment conscient, vient présider à l’exécution régulière. L’autre est plutôt semblable à celle du littérateur qui, tout à coup, au milieu de ses travaux, sent monter en lui les magnifiques fleurs d’une affabulation nouvelle, et qui après avoir déposé sur quelques feuillets l’essence de sa conception, s’apaise, inerte, profondément soulagé comme une femme délivrée, engourdie dans le solstice qui suit la parturition.

Si le croquis ne semble pas toujours recéler tant d’âme, c’est que, aux yeux de tout autre que son créateur, il n’est pas un vase rempli d’un sang merveilleux. Pourtant, mieux que dans l’exécution définitive, l’artiste y reconnaît son rêve. C’est un phénomène curieux que cette émotion souvent frémissante venant se confondre en quelques lignes gauches. Pour le peintre, le tableau lui-même semble généralement négatif s’il l’oppose à sa première esquisse.

. — Le Calvaire.

Gravure sur bois de Hans Baldung Grien (vers J 470 i- 1550)

Nos musées offrent des milliers de croquis d’album, mais, — soit que leurs auteurs aient affectionné cette manière plus détaillée, soit que les difficultés à vaincre ou quelque autre motif les y ait poussés, — certaines de leurs pages portent des caractères plus définitifs.

L’étude d’un masque pour le Christ de la Cène de Léonard, semble tenir le milieu entre le croquis ému et l’étude d’après nature. On rencontre la même variété de dessins dans l’œuvre de Michel-Ange, dans celle de Burne-jones, de M. Fernand Khnopff, (étude pour Isolde) et de plusieurs autres artistes modernes. (Dürer ignore ce procédé). Ces maîtres ont poursuivi leur conception afin de l’incarner dans un être fictif, avant de recourir sérieusement à la nature.

D’ailleurs, il y a le dessin d’étude qui examine les possibilités, avertit des convenances et des concessions que l’image idéale devra faire à sa réalisation sur le plan tangible. Souvent, déjà, intervient le modèle. C’est une façon d’escrime préparatoire, une comparaison. Les séries de pages offrant des versions différentes d’une même pose étudiée d’après nature, représentent ce genre dans l’œuvre des artistes : les sanguines de Michel-Ange, à Vienne et à Paris ; la page de figures d’études pour L’ Adoration des Mages de Vinci, au Louvre ; des séries de petits dessins de Rembrandt.

Enfin, très peu différent de celui qui précède, il y a le genre de dessin auquel on fait le plus d'honneur. Il étudie complètement le modèle en sa pose définitive, c'est une prise en possession générale. Par lui on récapitule le connu et l’inconnu. L’intime mécanisme de la pose et sa logique se révèlent au cours de cette minutieuse analyse au crayon. Quelques peintres sont fanatiques de ce genre de préparation. 11 leur permet, en effet, d'être infiniment plus libre dans la réalisation définitive. Les problèmes de la statique, des jonctions, des proportions étant résolus, ils s’abandonnent à la joie d’inscrire une brillante solution, uniforme, pleine des correspondances dont ils furent avertis pendant l’étude. Burne-Jones, Franz Stuck, préparent ainsi leurs figures ; du reste, le procédé est ancien et subsiste entouré de respect.

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